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Raffarin sort le bâton



Face à l'obstruction menée à l'Assemblée par la gauche et l'UDF, le Premier ministre a choisi d'engager la responsabilité de son gouvernement. Un passage en force qui exclut tout débat. Et porte un coup à son image consensuelle.


Le patelin Jean-Pierre Raffarin montre les dents. En engageant le 49-3 pour faire passer sans débat parlementaire sa réforme électorale, le Premier ministre prend le risque d'écorner l'image consensuelle qu'il s'efforce de donner. Mais, englué dans une discussion impossible et contraint de satisfaire les desiderata de Jacques Chirac et des dirigeants de l'UMP, Raffarin n'avait pas d'autre choix. Résultat : ce passage en force ressemble à une victoire à la Pyrrhus.

8 h 30, hier. Le chef du gouvernement vient à l'Assemblée s'adresse r aux députés UMP. Et tirer les leçons du débat de la veille : « Il y a une démarche flagrante et manifeste d'obstruction. Je ne souhaite pas laisser s'abîmer l'image du Parlement. » Il leur annonce alors ce qui est déjà un secret de polichinelle : le gouvernement va engager sa responsabilité. La décision sera prise, comme le veut la règle, deux heures plus tard au cours du Conseil des ministres.

Il reste à Raffarin à se justifier devant les parlementaires. Endossant le rôle du « méchant » qu'Alain Juppé lui a laissé dans cette affaire, le Premier ministre affronte l'hémicycle. L'oeil des mauvais jours, il répète que sa réforme est « juste et équilibrée ». Avant de lancer, dans une ambiance surchauffée : « Le Parlement, c'est le débat, pas le désordre ! » Et d'expliquer qu'il faudrait 170 heures pour débattre des 12 000 amendements déposés par la gauche et l'UDF : « Moi, j'ai besoin du ministre de l'Intérieur pour lutter contre la délinquance et le terrorisme. » Sa majorité l'applaudit. Pas tout le monde. Une quinzaine d'UMP reste ostensiblement les bras croisés. La gauche, elle, est hilare. Pour la première fois depuis neuf mois, elle a réussi à pousser à la faute la majorité. Alors que Jospin n'avait jamais eu recours au 49-3, Raffarin, malgré ses 362 élus, l'utilise au premier obstacle politique.

Bayrou exaspère Matignon
De son côté, François Bayrou « allume » le Premier ministre : « Ecrire la loi électorale, pour le bénéfice d'un seul parti, est-ce cela s'occuper de la France d'en bas, est-ce cela un Etat impartial ? » A cet instant, Raffarin écoute à peine le président de l'UDF. Et pour mieux l'humilier, il envoie Jean-François Copé, « seulement » secrétaire d'Etat aux Relations avec le Parlement, lui répondre. Dans les couloirs, Maurice Leroy, bras droit de Bayrou, rit jaune : « On a échappé à Hubert Falco ou à Nicole Ameline (NDLR : respectivement secrétaire d'Etat aux Personnes âgées et ministre déléguée à la Parité). »

Car c'est bien Bayrou que Raffarin et Chirac ont décidé de mettre au pas. Le chef du gouvernement a pesé les risques politiques. « Le timing est bon car l'attention des Français est focalisée sur la crise irakienne », justifie un proche. Un autre complète : « Nous sommes au bout de la logique destructrice de l'UDF. Cette composante de la majorité a une stratégie incompréhensible et systématiquement agressive. On a autre chose à faire qu'à gérer la crise existentielle de Bayrou. » Mais le Premier ministre y voit aussi le moyen de remettre un peu de discipline au sein de l'UMP, où quelques états d'âme commencent à poindre. Si la menace de censure est nulle, Raffarin risque pourtant gros. Car, c'est sa méthode fondée sur le dialogue qui en prend un coup. Quant au combat, il n'est guère noble : en pleine crise irakienne, les Français apprécieront-ils ainsi qu'on « tripatouille » les modes de scrutin ?