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Le pire des cauchemars européens
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mercredi 06 mars 2002 16:03:08 GMT
BRUXELLES (Reuters) - Le pire cauchemar des responsables européens est peut-être en train de se réaliser. En décidant mardi de fermer son marché à l'acier européen, l'Amérique de George W. Bush pourrait bien avoir choisi la voie de l'affrontement commercial après avoir décidé de faire cavalier seul en matière de politique internationale. Les Européens s'étaient déjà rendus à l'évidence après les attentats du 11 septembre et ses conséquences sur la politique étrangère américaine: les Etats-Unis n'entendent plus s'embarrasser d'alliés encombrants qu'il leur faut consulter. Les illustrations les plus flagrantes de cet unilatéralisme sont le court-circuitage de l'Otan dans la guerre en Afghanistan et l'absence de coopération avec les Européens pour tenter de mettre fin au conflit entre Palestiniens et Israéliens. "On a affaire à un phénomène sans précédent", note un ministre des Affaires étrangères des Quinze en expliquant que le secrétaire d'Etat américain Colin Powell, pourtant sensible aux thèses européennes, ne rappelle même pas ses homologues de l'UE. "Jamais on n'a vu autant de mépris pour les autres", ajoute-t-il sous le couvert de l'anonymat. "Il y a à la fois absence très sensible de consultation, théorisation de l'unilatéralisme et militarisation de la pensée". Jusqu'à présent, cet unilatéralisme politique s'était accompagné d'une étonnante propension au multilatéralisme commercial rassurante pour les alliés européens des Etats-Unis. Traditionnellement, les Républicains sont plus "ouverts" sur le plan commercial que les Démocrates, souvent enclins à céder aux appels au protectionnisme lancés par leur base syndicale. UN TOURNANT DANS LA POLITIQUE AMERICAINE? "Ils font la guerre tout seuls mais ont besoin du reste du monde pour le commerce", souligne-t-on dans l'entourage de Pascal Lamy, commissaire européen au Commerce extérieur. Ce dernier pouvait d'ailleurs s'enorgueillir d'une excellente collaboration avec son homologue américain - et ami - Robert Zoellick sur toute une série de litiges commerciaux qui empoisonnaient les relations transtatlantiques. La "guerre de la banane" s'est achevée fin 2001, permettant de lever des sanctions américaines sur de nombreux produits européens, et la "guerre du boeuf aux hormones", dernier affrontement transatlantique générateur de sanctions, notamment sur le Roquefort, est en voie d'être résolu. Après avoir attaqué les garanties accordées par les gouvernements européens à Airbus sous Bill Clinton, l'Amérique de George Bush a fait profil bas sur ce dossier. Les Etats-Unis ne sont pas non plus montés au créneau pour obliger l'Europe à accepter de commercialiser des semences d'Organismes génétiquement modifiés (OGM). Mais la décision sur l'acier risque de changer la donne. Pascal Lamy a tenté mercredi de relativiser l'importance de ce geste en expliquant qu'il s'agissait d'une décision motivée par un "jeu de politique intérieure" et que le lobby de l'acier avait toujours réussi à faire entendre sa voix à Washington. Mais il est clairement inquiet sur la suite des événements. "Quand les Etats-Unis sont confrontés à un problème domestique de politique intérieure et à des pressions internationales, c'est la pression domestique de politique intérieure qui l'emporte", a-t-il reconnu. UN DANGER POUR LA REPRISE ECONOMIQUE Si cette tendance se confirme, les conséquences risquent d'être très importantes pour la relation transatlatique. En avril, l'Union sera autorisée par l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à instaurer des sanctions pouvant aller jusqu'à quatre milliards de dollars sur des produits américains dans l'affaire des Foreign Sales Corporation (FSC). Ce régime de défiscalisation des entreprises exportatrices américaines a été jugé illégal par l'organisation genevoise et les Etats-Unis ont épuisé toutes les possibilités d'appel. Jusqu'à présent, les responsables européens se disaient confiants dans les assurances données par Robert Zoellick, qui avait annoncé sa volonté d'amender la législation américaine pour éviter l'instauration de sanctions au regard desquelles toutes les autres guerres commerciales transatlantiques ressembleront à des chamailleries de jardin d'enfants. Mais il n'est pas certain que le représentant américain au Commerce extérieur garde la haute main sur ce dossier. "Le Congrès est très divisé et les démocrates sont remontés", souligne un responsable de la Commission. Les considérations électorales risquent en effet de peser lourd quelques mois avant l'échéance du 5 novembre 2002, lorsque toute la Chambre des représentants et un tiers des sénateurs seront renouvelés lors d'un vote crucial pour Georges W. Bush. Le risque d'une guerre commerciale de grande ampleur, que le chef de la diplomatie européenne, Javier Solana, dit redouter beaucoup plus que les traditionnelles frictions politiques transatlantiques, existe donc bel et bien. La reprise économique qui semble se confirmer aux Etats-Unis et en Europe n'y survivrait probablement pas. "Même si cela ne nous replonge pas dans la récession, cela ralentirait toute tendance à la reprise", a estimé Jens Waechter, économiste à la Deutsche Bank à Francfort. |