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Sur le marché d'Aligre, on pense encore en francs
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« J'avais du mal à vendre des poissons plus de 100 F (15 €). Aujourd'hui, si ça ne dépasse pas 20 €, ça passe » « Avant, quand je prenais 200 F (30 €) au distributeur, je savais que ça allait me suffire à faire un marché », poursuit Isabelle Roussel. Désormais, cette mère de famille de 42 ans a la nette impression « de ne pas arrêter de retirer de l'argent ». Simple impression ou état de fait confirmé ? « Pas de doute, les prix ont augmenté », constate Michèle Maurin, une autre habitante du quartier. Un avis partagé par les commerçants eux-mêmes. « La hausse est de 10 % en moyenne », estime rapidement Matthieu Debusne, jeune patron de la poissonnerie Paris-Pêche. « Dix pour cent ? Au moins ! », réagit aussitôt une cliente, le porte-monnaie à la main. « Les demandes des clients ont changé, argumente le poissonnier. Du temps du franc, j'avais du mal à vendre des poissons à plus de 100 F (15 €). Désormais, tant que ça ne dépasse pas 20 € (131 F), ça passe. C'est le cas, par exemple, du turbot, qui est aujourd'hui à 16,90 €, soit 111 F/kg. » Difficulté à comprendre les étiquettes ? C'est probable. « Avec les prix, je commence à mieux me repérer, assure Isabelle Roussel. Pour les achats quotidiens, comme le journal, le café ou le pain, je n'ai plus de problème. » Mais elle enchaîne aussitôt : « Pour les produits moins habituels, c'est vrai que je fais encore la conversion. Même quand il s'agit d'une petite somme. » Assurément, ici comme ailleurs, le franc n'est pas mort. « Je pense toujours en francs, en particulier quand je fais mes courses, comme tout le monde », concède Rémy Costaz, qui tient un stand de fruits et légumes. « Il y a des clients qui parlent toujours en francs, et ça va durer encore longtemps », confirme Patrick Hayée, dont la boucherie est abritée sous la très sélecte halle du XVIII e siècle. « Je viens d'arrêter le double affichage systématique, mais j'ai décidé de laisser les francs sur les balances, poursuit le boucher. Comme les tickets continuent d'afficher les sommes en euros et en francs, c'est plus pratique pour les clients. » Non loin de là, ses sacs de provisions à bout de bras, Isabelle Roussel opine du chef : « Le double affichage, c'est très bien. Ça aide tout le monde, en particulier les personnes âgées. » « Pour l'acheteur, la hausse est importante » « Au début, on se trompait au niveau de la conversion, reprend Patrick, le boucher. Souvent, d'ailleurs, l'erreur était à notre désavantage. Quand les clients la remarquaient, ils nous la signalaient. Aujourd'hui, les problèmes sont derrière. » L'avis semble partagé. « La première semaine de janvier, il y a eu un peu de cafouillage car nous n'étions pas assez préparés, notamment au niveau de la conversion », se souvient Colette Leraitre, la fromagère de la rue d'Aligre. « Lors du passage à l'euro, les problèmes venaient surtout des banques, signale Olivier Facon, caviste du célèbre bar à vin le Baron rouge. C'était un peu difficile d'avoir de la monnaie, des bordereaux de remise d'argent, de trouver des distributeurs suffisamment approvisionnés. Maintenant, c'est réglé. » Il n'en reste pas moins que « les commerçants ont alourdi leurs étiquettes et les clients se sont également mis à arrondir les prix ». Pour Michèle Maurin, 48 ans, les coupables de la hausse sont à rechercher du côté des centimes : « Les centimes, il y en a tellement que ça agace. Donc on les oublie. Mais toutes ces petites pièces, une fois additionnées, cela fait beaucoup. Et, à l'arrivée, pour l'acheteur, la hausse est importante... » « Avec l'euro, les gens sont un peu dans le cirage », résume, en plaisantant, Philippe. Installé sur la place, ce grand brun de 40 ans fait la promotion de ses crèmes lustrantes en cirant les chaussures. Avec l'arrivée de la monnaie unique, le prix de sa boîte de cirage est passé de 30 F à 5 € (32,58 F). Un badaud s'est arrêté, l'air perplexe : « Cinq euros ? ça fait combien en francs ? » |