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Tandis que lArgentine paie, au prix dune crise sociale et
dune faillite financière sans précédent, un
choix suicidaire darrimage forcé de sa monnaie au dollar,
les pouvoirs publics français sentêtent dans une politique
aux effets exactement similaires : le dogme de la monnaie unique européenne,
réputée intouchable et irréversible,
et à laquelle on nhésitera pas à sacrifier
demain lensemble de léconomie française, voire
la société elle-même ! En effet, en cas de crise,
il faut bien trouver un levier dajustement pour sen sortir
: lorsque la dévaluation et le déficit budgétaire
sont interdits, ce qui est désormais le cas pour nous, il ne reste
que la baisse des revenus. Brrrr....
La légèreté des uns
1) On nous dit : Le système économique sadaptera
à leuro.
Au nom de lEurope, la France abandonne le Franc (Traité de
Maastricht) et sest engagée à maîtriser ses
comptes publics (Pacte de Stabilité Budgétaire). Mais si
notre pays traversait demain une crise économique grave, il ne
pourrait ni dévaluer sa monnaie, ni diminuer les souffrances de
nos compatriotes en augmentant les dépenses sociales pour venir
en aide aux plus démunis. Il ne resterait alors à lEtat
que linstrument de la diminution des traitements et pensions des
fonctionnaires, et aux entreprises la baisse des salaires ou les licenciements,
sinon la délocalisation
2) On nous dit : De toute façon, sortir de leuro maintenant
entraînerait une catastrophe économique.
Au contraire, cest lentrée en vigueur de leuro
qui est catastrophique. Tout dabord, les marchés financiers
ne croient pas à cette nouvelle monnaie : ils en vendent plus quils
nen achètent. Depuis son entrée en vigueur le 1er
janvier 1999, leuro a en effet perdu 25% de sa valeur par rapport
au dollar, jugé plus sûr par les investisseurs internationaux.
En outre, nos entreprises sont pénalisées, parce que la
France est le deuxième pays le plus imposé dEurope
: le supplément de concurrence amené par leuro se
traduit par des pertes de parts de marché national. En effet, le
prix des produits espagnols, allemands ou italiens pèse 7 à
12 points dimpôts en moins. Leuro va donc acculer les
entreprises à se délocaliser pour fuir lenfer fiscal
français, ce qui fera accroître le chômage dans notre
pays.
3) On nous dit : Il faut attendre. Peu à peu, leuro
concurrencera le dollar.
En réalité, leuro se déprécie sans cesse
face au billet vert, et on voit mal pourquoi cela changerait. Nous sommes
donc les perdants de la confrontation des monnaies sur le marché
mondial. Cette compétition nen est dailleurs pas réellement
une, puisque la monnaie unique européenne est le tremplin vers
une future monnaie universelle. En létat actuel des rapports
de forces internationaux, on voit mal comment cette monnaie mondiale pourrait
être autre chose que le dollar.
Le lâche soulagement des autres
4) On nous dit : leuro est là. Pour les particuliers,
le plus dur est passé.
Attendons de connaître le nombre de chèques erronés
( en 1959, pour passer des anciens aux nouveaux Francs, il fallait simplement
diviser par 100. Et pourtant, un tiers des chèques émis
en 1959 et 1960 nétaient pas valides...). Attendons de connaître
une première évaluation des stocks de faux billets en devise
européenne qui circulent dans la zone euro. Attendons de décompter
les escroqueries de personnes âgées grâce au démarchage
téléphonique de sociétés douteuses. Enfin,
attendons de voir comment la conversion des Francs va permettre au fisc
dexercer son inquisition sur lépargne de nos concitoyens.
2) On nous dit : De toute façon, nous avons signé
un traité, nous ne pouvons en sortir.
Pour sortir de leuro, il suffit dune simple déclaration
politique de rétablissement du cours légal du Franc. En
effet, en politique, lorsque lessentiel est en jeu, le droit des
peuples prime sur le droit international. Ainsi, précisément
parce que les intérêts vitaux de la France étaient
menacés, De Gaulle nhésita pas à quitter lorganisation
militaire intégrée de lOTAN en 1966, alors même
que notre pays avait adhéré au Pacte Atlantique en 1949.
Pour autant, la terre ne sest pas arrêtée de tourner,
et il n y a pas eu de guerre entre la France et ses alliés.
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