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Au-delà du scrutin, Laguiller veut une grève générale


PARIS (Reuters 14 avril 2002 17:46:09 GMT par Gérard Bon) - Créditée par les sondages d'un score historique pour l'extrême gauche, Arlette Laguiller a souhaité lors d'un grand meeting à Paris que son résultat favorise une "mobilisation générale" du monde du travail au lendemain des élections.

La candidate de Lutte ouvrière a enflammé près de 6.000 sympathisants au Zénith en expliquant que le vote en sa faveur ne serait pas stérile, comme le disent ses adversaires, mais éminemment politique.

"Même si cela ne remplace pas les luttes, ce sera un encouragement formidable pour les préparer", a-t-elle lancé.

"Il faut une mobilisation générale comme ce pays en a connu en juin 1936 ou en mai 1968, assez forte pour inspirer au grand patronat la crainte salutaire de tout perdre s'il ne cède pas aux exigences vitales des travailleurs", a-t-elle ajouté.

Créditée de 8 à 11% des intentions de vote, la pasionaria trotskiste a confirmé la volonté de son parti d'occuper le terrain des "luttes" aux dépens du Parti communiste, dont le candidat, Robert Hue, culmine à 5,5% dans les sondages.

Elle a confirmé qu'elle ne donnerait aucune consigne de vote pour le second tour et s'est félicitée d'avoir "ouvert les yeux" du Premier ministre, en ironisant sur les efforts du candidat socialiste pour "découvrir" le monde du travail.

"Même s'ils gauchisent le langage, ils ne font pas de propositions nouvelles", a-t-elle souligné, réaffirmant que son propre programme, qui va de l'interdiction des licenciements collectifs au vote des travailleurs immigrés à toutes les élections, n'était utopique que "d'un point de vue patronal".

LE MAGOT D'ARLETTE

Arlette Laguiller, dont le refus de désistement peut coûter l'Elysée à Lionel Jospin, a attaqué le Premier ministre.

"Les travailleurs et Jospin ne sont pas du même monde", a-t-elle martelé, en se réjouissant de voir que les deux sortants de l'exécutif représentaient désormais "moins de la moitié des électeurs".

Surpris par l'ascension fulgurante de la candidate trotskiste, les ténors de la gauche plurielle ont multiplié les mises en garde contre un vote "sans lendemain" et une organisation présentée comme bolchévique, opaque et rigide.

Les politicologues ont toutefois noté que plus la "momie rouge" était critiquée et plus les intentions de vote en sa faveur montaient, en dépit d'un léger tassement ces derniers jours.

A deux reprises, la militante a pleuré à la télévision parce qu'on l'interrogeait avec insistance sur les rouages de Lutte ouvrière. Du coup, Arlette Laguiller, qui se présente pour la cinquième fois, est apparue plus humaine.

Elle s'est également assuré un franc succès en avouant dans un magazine : "oui, j'ai un compagnon mais je le cache".

Le député Vert européen Daniel Cohn-Bendit semble cependant l'avoir blessée en écrivant, avec son frère Gabriel, un violent pamphlet contre cette militante docile, selon lui, d'une "secte" désignant son vrai dirigeant Robert Barcia comme un capitaliste et soulignant que son nom avait longtemps été tenu secret.

Arlette Laguiller a en effet consacré une bonne partie de son discours a répondre à ses détracteurs, y compris aux "grands candidats" qui ont laissé "à leur meute" le soin de l'attaquer.

"Je détiens le record toute catégorie du candidat le plus diffamé, le plus injurié de toute cette campagne", a-t-elle lancé.

"On a traité Lutte ouvrière de secte, on a parlé de ce qui serait le magot d'Arlette, on a même écrit que je dormais sur ce magot, que je boursicotais, il y en a d'autres qui ont dit qu'à LO, il était interdit de se marier, d'avoir des enfants, et même, comble de la stupidité, qu'il était interdit d'acheter un appartement", a-t-elle ajouté.

La candidate avait auparavant expliqué aux journalistes que ce "magot" était constitué par les fonds versés par l'Etat, comme à toutes les formations politiques, et qu'il était placé à la Poste, sous forme de Sicav.

Arlette Laguiller a réservé la "palme" de la "stupidité" aux frères Cohn-Bendit "qui ont ramassé tout ce qui traînait depuis quatre ans dans les poubelles de leurs confrères pour en remplir une pleine page", publiée par un quotidien national.

La candidate continue sa campagne cette semaine avec notamment un déplacement à Rennes mardi.