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Des aveugles spoliés de leur invention |
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Sarrians (Vaucluse) DE NOTRE ENVOYÉ SPÉCIAL
Le parquet de Paris vient d'ouvrir contre X une information judiciaire pour contrefaçon après la plainte déposée par M e s Portejoie et François, avocats des inventeurs. « La BCE n'a acquis aucun droit pour l'utilisation de ce dispositif breveté. Il s'agit donc d'une contrefaçon », estime M e Portejoie. Ce litige a douché l'enthousiasme des propriétaires du brevet. « Au départ, une amie imprimeur n'a pas pu honorer une commande en braille, raconte Claudine Bonis, co-inventeur. On a alors imaginé les lettres en relief adaptables à tous types d'emballages et lisibles par tous. » Le groupe découvre que seuls 30 % des aveugles lisent le braille. « Après l'adolescence, l'apprentissage du braille est difficile, dit Alain Roux. Il y a 60 000 non-voyants en France et entre 700 000 et 800 000 personnes souffrant de dégénérescence maculaire liée à l'âge. Notre dispositif peut aider beaucoup de gens. » Le Setvie (support éclectique tactile et visuel d'identification et d'échange) voit le jour. Il doit faciliter la vie quotidienne des aveugles ou déficients visuels. « Eviter de confondre une bouteille de soude avec une bouteille d'huile, se tromper de médicament... », cite pour exemple Alain Roux. Les applications sont légion. Coup de grâce Fin 1997, les inventeurs testent leur projet auprès de l'Union européenne des aveugles (EBU). « Son directeur à Paris l'a trouvé révolutionnaire, complémentaire du braille », se souviennent-ils. A Sarrians, l'association Handitech, mandatée pour développer la pratique de Setvie, espère récolter 80 % des retombées financières pour des projets humanitaires. Mais à l'automne 1999, l'EBU dénigre par courrier l'intérêt de l'invention. Un revirement, pour les inventeurs. Le coup de grâce intervient quand Laurent Fabius vante à la télé les billets euros identifiables par les aveugles. « Cela rentrait dans le champ d'application de notre brevet ! » s'insurge Alain Roux. Selon M e Portejoie, ses clients n'ont découvert qu'en mars 2002 que l'EBU a été le consultant de la BCE... Après l'échec d'un règlement amiable, l'affaire est désormais entre les mains de la justice. |