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Le rebond de l'euro face au dollar est à la fois une mauvaise et une bonne nouvelle pour la croissance

 


Le rebond de l'euro face au dollar est à la fois une mauvaise et une bonne nouvelle pour la croissanceen Europe car s'il risque de peser sur les exportations il devrait dans le même temps convaincre la BCE de ne pas relever ses taux tout de suite. (Heinz Wiezeler - AFP/EPA/Archives)

Sur les 35 économistes interrogés dans le cadre du panel AFP/AFX, 32 estiment que le conseil des gouverneurs de la Banque centrale européenne, qui a aujourd'hui sa réunion mensuelle de politique monétaire, maintiendra à cette occasion son taux d'intérêt directeur à 3,25%. Un niveau qui n'a plus bougé depuis le 8 novembre.

"La BCE n'a aucune raison de se précipiter. L'inflation recule, l'activité économique n'est pas encore réellement repartie malgré l'amélioration du climat général et la hausse de l'euro contribue de toute façon à rendre les conditions monétaires plus restrictives", souligne Ulrich Beckmann, de la Deutsche Bank.

L'embellie que connaît actuellement l'euro sur le marché des changes, où il revenu à un plus haut depuis quinze mois face au dollar, autour de 94 cents, a en effet pour conséquence de réduire l'inflation importée dans la zone euro : les prix des biens que les Européens achètent à l'étranger, à commencer par la facture pétrolière libellée en dollars, sont mécaniquement réduits.

"Le redressement de l'euro, combiné à la baisse des prix du pétrole, fournit à la BCE une marge de manoeuvre supplémentaire pour maintenir le statu quo sur les taux", souligne la banque M.M. Warburg, dans une note d'analyse.

La récente bonne surprise du taux d'inflation dans la zone euro plaide aussi en ce sens. Il est revenu 2% sur un an en mai, selon une estimation provisoire, après 2,4% en avril.

Un chiffre qui a permis mardi au ministre autrichien des Finances Karl-Heinz Grasser de proclamer que la hausse des prix était "sous contrôle", une manière pour lui de faire un appel du pied à la BCE pour qu'elle se tienne tranquille.

L'institut monétaire a pour mission première de dompter l'inflation, mais il ne veut pas prendre le risque d'étouffer la reprise en Europe, encore illustrée mardi par la nette amélioration du moral des ménages français en mai, qui a effacé d'un seul coup cinq mois consécutifs de baisse.

Lors de sa dernière intervention publique, le 21 mai à Bruxelles, le président de la BCE Wim Duisenberg a d'ailleurs rassuré les marchés financiers, en estimant qu'il n'y avait "pas lieu de s'alarmer" et que la politique de la banque restait encore adéquate pour le moment.

"Compte tenu des incertitudes qui pèsent sur l'activité, la BCE va sans doute chercher à retarder encore un peu le début de la phase de relèvement des taux", en conclut Christoph Weil, économiste de la Commerzbank.

Elle ne restera toutefois pas les bras croisés éternellement. Ces derniers mois, la banque a commencé à préparer le terrain à un resserrement monétaire en durcissant très nettement son discours sur les prix. Sa crédibilité est en jeu car l'inflation dans la zone euro n'est plus revenue depuis mai 2000 sous les 2%, le seuil maximal toléré sur le moyen terme par la BCE.

Les regards sont désormais tournés vers sa réunion suivante le 4 juillet, "dont l'issue est très incertaine", reconnaît Emmanuel Ferry, de la société de Bourse Exane. Sur les 35 économistes du panel AFP/AFX, 21 estiment que la BCE va utiliser l'arme des taux entre juillet et fin septembre. Si elle maintient le statu quo également le 4 juillet, elle pourrait dans ce cas attendre le 12 septembre pour agir, dans la mesure où aucune conférence de presse n'est prévue dans l'intervalle, font valoir certains économistes.

AFP , jeudi 06 juin 2002, 7h25