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FRANCFORT (AFP) - La Banque centrale européenne (BCE) a laissé jeudi ses taux d'intérêt inchangés et fait savoir qu'elle ne se laisserait pas influencer par les appels à la détente monétaire de pays comme l'Allemagne ou la France qui s'inquiètent des effets de l'euro fort. Ferme face aux politiques, l'institut d'émission s'est dans le même temps montrée un peu plus optimiste sur l'inflation et s'est inquiétée de la faiblesse de la consommation domestique en zone euro, ce qui ne ferme pas complètement la porte pour l'avenir à un assouplissement de sa politique de crédit, selon les analystes. Le taux d'intérêt directeur de la BCE, confirmé à 2% lors de sa réunion mensuelle à Francfort, n'a plus bougé depuis maintenant neuf mois. Et les gardiens de l'euro n'entendent pas se faire dicter leur conduite. "Nous ne devons être influencés d'aucune façon" en matière de politique monétaire, "nous devons prendre nos décisions en toute indépendance", a déclaré le président de la banque Jean-Claude Trichet lors d'une conférence de presse. Une manière de répondre à l'Allemagne, à la France ou encore au Luxembourg qui avaient abandonné la réserve diplomatique d'usage et appelé sans détour la BCE à faire un geste en faveur de la croissance. Une croissance qui reste désespérément molle en Europe, alors qu'elle est nettement repartie aux Etats-Unis et même au Japon. Les tensions avec Francfort risquent toutefois de persister. Le chancelier allemand Gerhard Schroeder a immédiatement réitéré son appel à Berlin. "Je dois accepter la décision de la BCE et je le fais. Mais je n'ai pas changé d'avis", a-t-il déclaré. Les perspectives économiques dans la première économie de la zone euro restent il est vrai incertaines: le chômage a encore fortement augmenté le mois dernier, les immatriculations de voitures ont reculé tandis qu'en janvier les entrées de commandes ont chuté, selon des statistiques publiées jeudi. La récente remontée du dollar face à la monnaie unique (+6% depuis mi-février) a fait un peu retomber la pression pesant sur la BCE. Ce dont M. Trichet n'a d'ailleurs pas manqué de se féliciter, en soulignant que les marchés des changes semblaient avoir "intégré" les préoccupations de la banque à ce sujet. Dans l'immédiat, l'institut d'émission semble donc parti pour maintenir encore assez longtemps son statu quo monétaire: certes l'inflation est au plus bas depuis plus de quatre ans en zone euro, mais elle devrait prochainement remonter un peu, a-t-il fait valoir. "C'est reparti pour un tour. Les présidents de la BCE changent mais les erreurs d'appréciation restent", a critiqué Marc Touati, économiste de la banque Natexis Banques Populaires, qui a estimé que la banque devrait sans tarder ouvrir les vannes du crédit, sa politique ayant un effet "restrictif". Même son de cloche pour Emmanuel Ferry, de la société de Bourse Exane, pour qui les déclarations de M. Trichet "ont plutôt déçu les marchés", en qualifiant le niveau actuel des taux d'"approprié", une manière de leur signifier qu'ils ne devraient pas bouger à court terme. "La BCE a voulu sans doute reprendre la main après les espoirs récents de baisse de taux", a-t-il ajouté. Pour autant, M. Trichet n'a pas complètement douché les espoirs de détente monétaire, en cas de détérioration de la conjoncture. Il a ainsi qualifié les perspectives d'inflation de "favorables", ce qu'il n'avait plus fait depuis novembre dernier, et s'est inquiété de l'atonie persistante de la consommation intérieure, au sujet de laquelle il y a, a-t-il dit, "des incertitudes". "La confiance est ce qui manque", a-t-il reconnu, en promettant de surveiller de près l'évolution des mois à venir. |