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La BCE se fait du souci au sujet de la reprise


FRANCFORT (AFP) - La BCE commence à se faire du souci sur l'état de la reprise économique en zone euro en raison de la morosité persistante des consommateurs, sur fond de craintes terroristes, ce qui pourrait ouvrir la voie à une baisse de ses taux d'intérêt.

"Si nos prévisions d'un renforcement de la consommation des ménages ne se concrétisent pas, nous réexaminerons en conséquence notre évaluation de la situation", a déclaré son président Jean-Claude Trichet dans une interview mercredi au quotidien allemand Handelsblatt. C'est la première fois depuis son arrivée à la tête de l'institut d'émission en novembre dernier que le Français évoque aussi nettement la possibilité d'un assouplissement monétaire.

Comme pour appuyer le message, l'un de ses collègues au conseil des gouverneurs de la BCE, le président de la Banque de Belgique Guy Quaden, a affirmé dans une interview au quotidien Le Monde daté de jeudi qu'"il nous reste des munitions disponibles" pour réduire les taux, "si les perspectives d'inflation le rendaient possible et si les perspectives d'activité le rendaient souhaitable".

Un geste dès la semaine prochaine lors de la réunion mensuelle de la BCE sur les taux reste improbable de l'avis des économistes. Car les gardiens de l'euro continuent à penser que "le scénario le plus probable est celui d'une reprise", ainsi que l'a réaffirmé M. Quaden.

Mais les interrogations sur sa vigueur se renforcent mois après mois. Après avoir fait longtemps preuve d'un inébranlable optimisme, la BCE a commencé à infléchir son discours, et ce alors que les pressions gouvernementales se font plus franches.

En cause: la demande intérieure. Si les investissements des entreprises et les exportations, soutenus par la hausse du commerce mondial, sont un peu repartis malgré l'euro fort, la consommation des ménages reste atone.

Elle n'a augmenté que de 0,1% au quatrième trimestre 2003 en zone euro. Quant à l'Allemagne, qui compte à elle seule pour un tiers de son PIB total, elle en est à sa deuxième année consécutive de recul.

Le taux de chômage élevé (8,8%) et les réformes sociales douloureuses et impopulaires menées dans de nombreux pays, à commencer par la France et l'Allemagne, contribuent à dégrader le moral des consommateurs. Pour ne rien arranger, les attentats de Madrid ont alourdi le climat.

"Tant qu'il n'y aura pas eu d'amélioration dans ce domaine, la reprise économique de la zone euro ne sera pas convaincante", a prévenu cette semaine un autre membre du conseil de la BCE, le gouverneur de la Banque d'Irlande John Hurley.

Pour Emmanuel Ferry, économiste de la société de Bourse Exane, "la confiance des ménages est nettement plus vulnérable que celle des industriels aux menaces terroristes suscitées par les attentats de Madrid".

Cette absence de relais du côté du Vieux continent commence d'ailleurs à préoccuper les Etats-Unis, seuls avec l'Asie à tirer la croissance mondiale et confrontés à un marché de l'emploi toujours morne en pleine année électorale.

Le secrétaire américain au Trésor John Snow a appelé cette semaine la zone euro à faire davantage d'efforts. "Leur croissance lente fait du tort à notre croissance. Cela fait du tort à notre capacité à exporter", s'est-il inquiété.

Dans ces conditions, le débat autour d'une baisse du taux principal de la BCE, resté inchangé depuis juin 2003 à 2%, le double du niveau en cours aux Etats-Unis, va revenir sur le tapis.

"Par rapport à nos prévisions de décembre, nous pensons que les chances de voir la BCE réduire ses taux encore une fois cette année ont grandi", souligne Otmar Lang, économiste de la Deutsche Bank .