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Les ratés de la formation des personnels au maniement des euros

Formés avec des billets factices de type Monopoly, le personnel de caisse des commerçants et des agences bancaires a du mal à s'adapter au changement de monnaie. Des tests montrent des taux d'erreur très importants, de l'ordre de 3 % à 5 % du chiffre d'affaires quotidien des entreprises. La Commission européenne s'inquiète des lourdes pénalités infligées, en Italie et en Belgique, aux commerçants qui perdent des billets.

Le personnel de caisse des commerçants et celui des agences bancaires sera-t-il prêt à manipuler les euros et détecter les faux billets à partir du 1er janvier, alors qu'actuellement ils sont formés avec des billets factices de type Monopoly ? A deux mois de l'introduction de la nouvelle monnaie dans le public, c'est l'un des thèmes qui agite la communauté financière.

D'autant que des tests grandeur nature, réalisés dans certaines enseignes après les stages de formation, montrent les difficultés recontrées par le personnel, même avec les billets factices. Ces simulations ont mis en avant un taux d'erreur très important, alors même que les caisses enregistreuses étaient équipées d'un outil de calcul de rendu de monnaie. Chez McDonald's, le taux d'erreur représentait jusqu'à 5 % du chiffre d'affaires journalier. Dans le test effectué chez Carrefour, il atteignait 3 % du chiffre d'affaires quotidien, alors que, dans un tel magasin, le taux d'erreur s'établit normalement autour de 0,01 %. La marge bénéficiaire dans l'alimentation sur un magasin Carrefour étant de 1 % seulement, le magasin testé était, virtuellement, en perte à la fin de la journée. Une décision sur la possibilité d'utiliser de vrais billets pour faciliter l'apprentissage du personnel a été prise au mois de septembre par le groupe de travail banking committee de la Banque centrale européenne (BCE). Selon les instructions de la BCE, dans les pays où les banques et les commerces ont déjà été livrés en billets, ces stocks peuvent être utilisés pour former le personnel de caisse. Tandis que dans les autres pays, où la préalimentation en billets n'a pas encore débuté, les établissements financiers et les commerçants peuvent, par l'intermédiaire de leur banque centrale nationale, obtenir dès maintenant des coupures en euros pour réaliser leurs opérations de formation.

Concrètement, ces décisions n'ont guère été suivies d'effet. "La Banque centrale européenne a accepté ces deux points mais elle ne communique pas sur cette décision, explique-t-on à la Commission européenne. En théorie, en France par exemple, où les établissements financiers n'ont pas encore reçu les billets en euros, un commerçant peut aller voir sa banque pour lui demander des espèces afin de former son personnel. Mais, dans les faits, rien n'est fait. La décision de la BCE est bonne, mais elle reste secrète." Il appartient à chaque banque centrale nationale de mettre en application ces nouvelles règles. "En Finlande, la banque centrale nationale autorisait auparavant l'utilisation de vrais billets pour la formation du personnel, mais à condition que l'envoi des billets soit fait par des transporteurs de fonds, à charge pour l'entreprise ou la banque de payer le coût du transport. La chaîne de distribution finlandaise Kesko avait ainsi compté qu'elle devrait payer 500 euros pour chaque livraison alors qu'elle devait mener 600 actions de formation", poursuit-on à Bruxelles.

En France, la situation est plus compliquée qu'il n'y paraît, car, les premiers billets ne devant être livrés qu'à partir du 1er décembre, les établissements financiers ne peuvent piocher dans les stocks. "Nous avons l'autorisation officielle de la BCE d'être alimentés en coupures, mais les procédures actuelles ne nous permettent pas de le faire. La Banque de France nous dit qu'elle a bien reçu les indications de la BCE, mais comme elle n'a pas donné de consignes il ne se passe rien", rapporte un banquier. A la BCE, on s'étonne de l'émoi de la communauté financière : "Pour nous, c'était clair, et on pensait que les instructions allaient redescendre sur le terrain."

MISE AU POINT

Devant l'agitation de la communauté financière et des associations de commerçants, la Banque de France a adressé en fin de semaine dernière un texte de mise au point à la profession bancaire, leur indiquant que les banques pourraient prochainement disposer de billets dans la plupart des succursales de la Banque de France. "Nous leur donnons la possibilité de retirer à partir du 5 novembre des billets en euros pour les formations", explique-t-on à la Banque de France.

Il ne s'agira pas de kits spéciaux, mais de paquets de billets conditionnés tels qu'ils seront livrés le 1er décembre. Les commerçants devront s'adresser à leur banquier pour se fournir en billets. Cette récente décision de la Banque de France n'a pourtant pas empêché la chaîne de magasins C & A de se voir répondre, mardi 30 octobre, par l'institut d'émission qu'il était strictement interdit d'utiliser la monnaie de la phase de préalimentation à des fins de formation !

Les problèmes rencontrés sont d'autant plus importants que les spécimens utilisés actuellement sont fort différents des vrais billets. Selon les règles édictées par la BCE, ils doivent être imprimés sur une seule face et être 25 % plus grands ou plus petits que les véritables billets. Mais si elle peut limiter la contrefaçon, l'utilisation de billets factices ne permet pas de former correctement le personnel à reconnaître les signes de sécurité. Concrètement, une banque française envoie du personnel à la Banque de France se former avec des vrais billets en euros, ce personnel étant chargé ensuite de l'entraînement des employés du réseau. Mais, les vrais billets ne sortant pas de la Banque de France, le formateur utilise, de son côté, des billets factices qui ne présentent aucun des signes de sécurité. "Actuellement, toutes nos agences sont en phase de formation avec des spécimens, et nous serons obligés de refaire des sessions de réajustement lorsque nous aurons les vrais billets", explique un banquier.

Cécile Prudhomme
LE MONDE | 01.11.01 | 11h20