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Les collectionneurs se prennent au jeu |
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samedi 27 juillet 2002
La plupart ont commencé par mettre les pièces de côté, puis se sont pris au jeu. Ils constituent leurs collections prise après prise. Mais, à côté de ces néophytes, les collectionneurs plus chevronnés n'hésitent pas à y mettre les moyens. Dans les échoppes spécialisées, on trouve les euros vendus par séries complètes. Rue Vivienne, à Paris, où se concentrent plusieurs boutiques de numismatique, les huit pièces allemandes ou portugaises se monnayent de 11 à 15 euros, jusqu'à quatre fois leur valeur faciale qui se monte à 3,88 euros. Il faut compter jusqu'à 30 euros pour les séries finlandaises ou grecques. Sans parler des «micro-Etats» Monaco, Saint-Marin, le Vatican pour lesquels les prix s'envolent. Nicole, 53 ans, a commencé par curiosité. Voulant découvrir les pièces des autres pays, elle est allée chercher au début de l'année le poster proposé par la Banque de France dans la succursale de Châlon-sur-Saône où elle réside. Elle a aimé la variété des faces nationales, puis est «partie en chasse», aidée par sa boulangère qui lui met les pièces de côté, aidée aussi par un collègue parti en Espagne pour ses vacances. Elle a même donné le virus à son fils parisien, avec qui elle fait des échanges. Minutie. «On observe un vrai phénomène. Ces gens ne sont pas des collectionneurs, ils s'intéressent à ce qu'ils ont dans leur poche», observe Catherine Audval qui dirige un groupe de presse spécialisé dans la numismatique. Autrement dit, c'est la collection qui vient à eux. Les plus minutieux inscrivent leurs prises sur un petit tableau qu'ils tiennent à jour, pays par pays. Certains achètent des classeurs spéciaux, vendus dans les boutiques de numismatique, pour les ranger. Nicole vient de débourser une vingtaine d'euros pour s'en procurer un. Mais, pour elle, pas question de débourser un euro... pour acheter des euros. Une prévention que tous les collectionneurs ne partagent pas. Hier, sur le site d'enchères eBay, les offres se montaient à 1,50 euro pour 20 centimes autrichiens, à 20,50 euros pour 50 centimes monégasques ou encore à 12,50 euros pour les huit pièces finlandaises. Difficile, pour le collectionneur néophyte, de comprendre comment des pièces en libre circulation dans douze pays peuvent s'échanger pour une valeur supérieure à ce qui est indiqué dessus. Les boutiquiers mettent l'accent sur les frais de recherche et d'emballage. «Si la marge est raisonnable, ce n'est pas discutable», estime l'un d'eux, rue Vivienne, qui réalise tout de même une marge minimale de 11 euros sur chaque série nationale qu'il met en vente. L'un de ses homologues, Serge Siauvaud, se réjouit de ce marché de «nouveaux collectionneurs». Dans la vitrine de Saint-Marc Collections, toujours rue Vivienne, les «plaquettes» de huit pièces allemandes ou espagnoles à 11 euros côtoient les finlandaises (25 euros) et les monégasques (120 euros). «Les pièces qui ont déjà circulé ne sont pas en assez bon état pour la plupart des collectionneurs, explique le gérant. Celles que nous vendons sortent directement de rouleaux neufs.» Le commerçant se fournit directement auprès des banques centrales par l'entremise «d'amis ou de gens qui voyagent». Dans son arrière-boutique, derrière un bureau encombré de coffrets de pièces, un tiroir porte une étiquette «Vatican, San Marin». Serge Siauvaud en retire de petits coffrets cartonnés, soigneusement présentés. Les 3,88 euros à l'effigie de Jean-Paul II se vendent 500 euros (le prix était encore de 400 euros voici deux semaines). Quant aux pièces de Saint-Marin, elles montent à 300 euros. Spéculation. Pourquoi une telle inflation ? Ces pièces ont été frappées en quantités limitées. Et elles s'adressent avant tout aux collectionneurs. Inutile de vadrouiller place Saint-Pierre à la recherche de pièces vaticanes : elles ne sont pas en circulation. Les huit pièces, en revanche, sont utilisées à Monaco mais, explique un autre commerçant de la rue Vivienne, «une forte proportion a filé directement vers le marché de la collection». Ce dernier s'insurge contre la spéculation «pure et dure» qui atteint les euros des «micro-Etats» et refuse de les écouler. Parmi les pièces les plus prisées figurent aussi les 1 et 2 centimes finlandais. Une loi adoptée en Finlande à l'automne 2000 spécifie en effet que les paiements en liquide doivent être arrondis aux 5 centimes les plus proches, rendant inutile le recours aux plus petites valeurs en circulation. Du coup, celles-ci ont été frappées en quantité limitée. Face à l'engouement des collectionneurs, la Banque de Finlande avait décidé en janvier de procéder à une émission supplémentaire, pas suffisante pour éviter la flambée : selon une numismate, le centime d'euro finlandais se traite pas moins de cinq euros.
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