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Le concert des souverainetés
plutôt que le nouveau désordre mondial

Éléments pour une analyse géopolitique souverainiste
élaborés par le CONSEIL NATIONAL SOUVERAINISTE
suite aux attentats de New York et Washington .

 


L'anarchie meurtrière d'un monde sans Etats.
o Les élites de notre temps ont imposé depuis plu-sieurs années à l'humanité un monde radicalement nouveau et prétendument idéal où l'économique prime le politique, où les frontières sont des obstacles voués à disparaître, où les Etats sont considérés comme superflus et importuns, un monde où il n'y a de place que pour le jeu foisonnant des réseaux anonymes de toutes sortes.
Dans cette mondialisation sans Etat, naissent et prospèrent, en osmose avec les principes sur lesquels elle se fonde, des "O.N.G." bien particulières, celles de la drogue et de l'argent sale, de la prostitution ou des armes, celles du terrorisme aussi.
Les attentats de New York et de Washington sont le pur produit de ce monde nouveau. Même si leurs causes profondes sont multiples, d'un bout à l'autre de la chaîne leur réussite a reposé sur l'absence, l'insuffisance ou la défaillance des Etats : ils ont bénéficié de leur incurie ici, de leur laxisme ailleurs, de leur complaisance souvent et ont été perpétrés en prenant en défaut la vigilance de celui qui était visé, les Etats-Unis.
Ainsi donc, le nouvel ordre mondial n'existe pas.
o Depuis le 11 septembre en revanche, partout l'Etat est de retour et relève la garde. Aux Etats-Unis comme dans les pays qui se sont senti menacés à leur suite (mais également après l'explosion de Toulouse comme après la tempête de Noël 1999) on s'est tourné vers l'Etat : pour rechercher et punir les coupables, protéger la population, indemniser les victimes, empêcher la récession. La nécessité de l'Etat dans son rôle protecteur des citoyens est réapparue en pleine lumière.
Dans cette crise, les organisations supranationales, l'OTAN comme l'Union européenne, ont été mises sur la touche ou réduites à un rôle de figuration. Lorsque les choses sérieuses surviennent, lorsqu'il faut agir vite, fort et bien, les nations seules peuvent le faire; les structures supranationales paralysantes sont inadaptées et heureusement sans voix. Pour bâtir leur grande coalition contre le terrorisme, les Etats-Unis se sont adressés directement aux Etats et à eux seuls. Cette grande coalition est l'union sacrée des Etats pour les Etats.
Au plan national comme à l'échelle internationale, on a ainsi pris conscience que mieux vaut un Etat, quel qu'il soit, que pas d'Etat du tout, et que l'ordre mondial repose sur l'existence et la force des Etats.

Le danger du choc des civilisations
o Par une formule maladroitement forgée sur le célèbre "Ich bin ein Berliner" de Kennedy, certains ont placé le débat français sur les attentats du 11 septembre, sous un mauvais jour. Il ne s'agit pas de savoir si nous sommes américains ou anti-américains, pas plus que si nous sommes pro-arabes ou anti-arabes, pro-musulman ou anti-musulman, ni si nous sommes de bons et loyaux alliés des Etats-Unis ou leurs serviles vassaux. Nous sommes tout simplement français.
Et si nous nous trouvons ainsi confrontés à ces tristes dilemmes, c'est parce qu'à force de vouloir placer notre politique étrangère sous le seul impératif de l'harmonisation européenne, nous n'avons plus de vision spécifiquement française du monde et de ses problèmes et, partant plus d'analyse française des crises. En un mot, nous n'avons plus de politique arabe, plus de politique étrangère même, dignes de ce nom. Et cela nous condamne, dans les actuelles circonstances à un suivisme humiliant et parfois contraire à nos intérêts comme à ceux du monde, ou à un esprit de contradiction aussi vain que stérile ne présentant aucune alternative crédible à la politique américaine.
o La logique du choc des civilisations, qui repose en fait sur l'idée du choc des religions, est une logique de blocs, dont on sait par expérience qu'elle est une logique de guerre qui aboutit à des affrontements meurtriers d'ampleur mondiale.
Or cette logique est, malgré les déclarations affichées, celle qui fonde la construction européenne. Celle-ci nous enserre dans une série de cercles identitaires et politiques concentriques, censés nous protéger du monde et du Tiers-Monde, cercles qui, en fait nous enferment et nous ligotent : l'Europe, l'ensemble atlantique, l'Occident. Elle ignore toutes les solidarités qui nous unissent, par la langue, l'histoire ou des affinités plus profondes, à d'autres peuples, d'autres continents, d'autres civilisations.
Ces affinités sont propres à chaque nation européenne et ne leur sont pas, la plupart du temps, communes. C'est la raison pour laquelle les coopérations européenne et atlantique ne doivent pas être exclusives d'autres coopérations institutionnalisées que nous devons développer, telles que la francophonie ou le dialogue méditerranéen.
Un telle diplomatie, tous azimuts, fondée sur de multiples coopérations et non pas repliée sur l'Europe et polarisée sur les Etats-Unis, est seule en mesure de conduire à la paix et seule susceptible, compte tenu de ses atouts en la matière de redonner à la France la place qui lui revient dans le monde.
o Concernant le monde arabe, le fait qu'il se sente frustré et humilié depuis de longues années porte en lui le risque de le voir se constituer en un bloc solidaire autour des terroristes, de l'intégrisme islamique voire de l'islam lui-même contre l'ensemble euro-atlantique, ou pire encore, de voir tout le tiers-monde s'unir contre l'ensemble des pays riches selon une ligne de fracture "nord-sud". L'exemple de la fusion des nations européennes en une fédération, en incitant les autres civilisations à faire de même, ne fait que renforcer ce risque.
La réponse souverainiste consiste au contraire à soutenir et à promouvoir partout, dans le monde arabe comme ailleurs, le principe d'affirmation nationale de chacun des pays concernés, sans exception, et sa prééminence sur toute éventuelle agglomération religieuse ou régionale. Pour cela, il nous faut d'abord, et plus que jamais, nous affirmer nous-mêmes comme nation. C'est d'ailleurs la politique qu'avait menée le général de Gaulle pour distendre les liens du bloc soviétique et qui a effectivement contribué à le disloquer. Ce fut également la politique de Richelieu face au bloc allemand du Saint Empire.
La France restera ainsi sur le terrain qui a toujours été le sien et lui a fort bien réussi : la défense de sa propre souveraineté, de son indépendance et le soutien aux peuples qui luttent pour la leur.

Lutter d'abord contre le terrorisme qui nous menace
o Le 11 septembre, ce n'est pas la France qui a été agressée. Il n'en reste pas moins que la lutte contre le terrorisme est aussi notre affaire. D'abord parce que nous y avons été confrontés directement nous-mêmes à maintes reprises sur notre sol, ensuite parce que le terrorisme, en tant que tel, doit être combattu.
Nous devons en conséquence exprimer notre solidarité avec les Etats-Unis et ce, non pas parce ce sont les Etats-Unis, mais de la même manière que nous le ferions pour tout autre pays ou tout autre peuple confronté à une agression du même type. Une nation qui subit la violence sur son sol est en droit de réagir : nous adhérons au principe universel de légitime défense. A condition bien sûr que celui-ci ne vienne pas masquer d'autres intentions. L'action des Etats-Unis serait ainsi indéfendable s'ils devaient tirer prétexte de leurs malheurs pour développer leur impérialisme militaire, économique et politique, impérialisme qui les a mis dans la situation où ils se trouvent.
Notre solidarité exige par ailleurs une complète réciprocité. Les Etats-Unis doivent cesser de soutenir, comme ils l'ont fait si souvent au détriment de nos intérêts voire au péril de notre sécurité, certains terrorismes, extrémismes ou intégrismes parce qu'ils ne les menacent pas, et comme par compensation de la lutte qu'ils mènent contre certains Etats musulmans qu'ils ont décidé d'anéantir ou de vassaliser.
o Pour ce qui nous concerne, nous devons lutter contre le terrorisme chez nous et pour nous avant de le faire chez les autres et pour les autres. Au lieu de quémander auprès des Américains un rôle de figuration en Afghanistan, la France doit s'en prendre aux individus et aux groupes qui agissent sur son territoire, quelles que soient leurs cibles, et contre les individus et groupes qui la prennent pour cible, d'où que parte et transite la menace.
A cet effet, pour empêcher les terroristes de circuler librement à l'intérieur de l'Union européenne, la première urgence est de rétablir un contrôle aux frontières nationales. Il est en effet préférable d'opérer un premier contrôle au passage de la frontière "extérieure" de l'Union et un deuxième lors du passage des frontières "intérieures". Cela suppose que la France dénonce immédiatement la principale disposition du traité d'Amsterdam et le traité de Schengen.
o A une échelle plus modeste, mais de même nature que le terrorisme supranational qui vient de se manifester spectaculairement, il existe sur notre territoire, des zones dites "de non-droit" qui font le lit du communautarisme, c'est-à-dire où l'Etat ne fait pas respecter la loi commune, des poches d'anarchie où germe la graine d'un terrorisme de bandes et de banlieues. Il existe aussi des attentats impunis. Il faut avoir la volonté et se donner les moyens de mettre un terme à ces situations inacceptables.
o Par ailleurs, il convient de souligner que, dans la lutte contre un ennemi terroriste, donc invisible et multiforme, seule une cohésion sans faille permet de triompher. Elle empêche les complicités, les négligences, l'indifférence qui sont nécessaires aux terroristes pour réussir leurs opérations. Cette cohésion, cette solidarité des citoyens, s'appelle civisme et patriotisme.
On voit bien que ce civisme ne se cristallisera qu'à l'échelle nationale. Le monde occidental tel qu'il est et tel que la mondialisation anglo-saxonne l'a façonné est contesté de toutes parts. Aussi sa défense ne saurait être suffisamment fédératrice et mobilisatrice. Il faut à la lutte des raisons françaises.
Les médias ont souligné et admiré la réaction patriotique des Américains face à l'agression dont ils ont été victimes. Ce patriotisme est un patriotisme américain, c'est-à-dire national et non pas occidental. De même notre patriotisme doit-il être non pas occidental, atlantique ou américain, ni même européen, mais tout simplement français.

Décembre 2001