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La grande distribution craint de manquer de pièces euros la semaine prochaine

 

par Laurence BENHAMOU

PARIS, 3 jan (AFP) - Plusieurs centaines de grandes surfaces rendaient encore la monnaie en francs jeudi faute d'euros, et l'ensemble de la grande distribution, qui a assez d'euros pour tenir jusqu'à lundi, s'inquiète du réapprovisionnement en pièces, indispensable pour la semaine prochaine où démarrent les soldes.

"Environ 300 à 400 magasins, surtout des supermarchés, à Paris mais aussi en province, ne peuvent rendre la monnaie qu'en francs. Il faut qu'ils soient approvisionnés en euros dans les deux jours", a souhaité jeudi Jérôme Bédier, président de la FCD (Fédération du Commerce et de la distribution), lors d'un point de presse. "Fin décembre nous avions reçu un peu moins de 80 % des euros demandés", a précisé M. Bédier, soit 800 millions de pièces sur le milliard demandé, sachant que les billets ont mieux été livrés. "Nous n'avons pas de marge de manoeuvre : nous devons être réapprovisionnés très rapidement, dès lundi, car le besoin d'euros va continuer à être fort ces prochains jours", a-t-il averti, en lançant un appel aux banques et aux convoyeurs.

"Si les Français comprennent que les billets de 500 F doivent être changés dans les banques, et qu'il essaient de faire l'appoint, si les banques nous assurent le réassort (ndlr : réapprovisionnement) dans des conditions pas trop sportives, le climat ne sera pas modifié, le passage à l'euro sera massif et rapide, et dans quinze jours le gros de l'opération sera derrière nous", a espéré M. Bédier. Si les livraisons de pièces n'avaient pas eu du retard fin 2001, les magasins auraient eu des pièces pour deux ou trois jours de plus, selon lui.

Lors du point de presse, Gilles Lardy, directeur de l'émission et de la circulation fiduciaire à la Banque de France, a souligné que les livraisons de pièces continuent, tout comme la fabrication à l'usine de Pessac (Gironde) qui sort encore une dizaine de millions de pièces par jour. "Nous sommes persuadés qu'il y a trop de pièces", a-t-il confié en aparté, rappelant que la Banque de France a déjà livré aux centres de stockage 6,5 milliards de pièces, alors que l'économie française n'en nécessite que 4,5 milliards. Mais il n'a pas précisé combien de pièces sont déjà "dans le circuit", chez les commerçants ou les particuliers. Il est vrai que pour amorcer une pompe, il faut injecter davantage qu'en régime de croisière. "Mais il faut que la circulation des pièces soit fluide, qu'il n'y ait pas de stockage, et que les acteurs habituels les remontent rapidement aux banques", a-t-il ajouté, notamment les commerçants et les points habituels de récolte de monnaie, type péage d'autoroute.

Dans les hypermarchés, comme Carrefour ou Leclerc, des échanges de pièces entre magasins ont comblé les trous. Mais les moyennes surfaces s'en sortent moins bien. Chez Monoprix, certains magasins ont eu moins de 30 % des pièces demandées, parfois aucun billet : pas question pour eux de rendre des euros! Actuellement 20 Monoprix (sur 233) doivent rendre en francs", a protesté Camille Jacquemont, conseiller de la présidence de Monoprix. "Il y a des problèmes à Paris, Marseille et Annecy", a noté M. Jacquemont. "La moitié de nos pièces de 1 euro sont parties dans la seule journée d'hier, vu l'afflux des billets de 500 F. D'ailleurs j'ai demandé qu'on les refuse pour de petits achats. Et puis nous avons eu des kits pour commerçants incomplets, où manquent par exemple les pièces de 2 euros".

"Nous sommes inquiets pour les jours à venir", a conclu le représentant de Monoprix.