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BRUXELLES (Reuters) - Le Portugal dans le rouge, la France
et l'Allemagne en dérapage plus ou moins contrôlé
et l'Italie incertaine: les mauvaises nouvelles s'accumulent pour la zone
euro, qui connaît sa première crise budgétaire.
La situation est indéniablement la plus préoccupante pour
le Portugal, qui a pulvérisé la barre fatidique de 3% du
PIB pour le déficit de ses finances publiques en 2001.
Le nouveau Premier ministre portugais Joao Durao Barroso a annoncé
mercredi soir que la Banque centrale européenne (BCE) faisait désormais
une estimation de 3,9% pour l'an dernier.
La Commission européenne a déclaré jeudi qu'elle
n'avait d'autre choix que de lancer à l'encontre du Portugal la
"procédure de déficits excessifs" du traité
de Maastricht, une "première" depuis de lancement de
l'euro le 1er janvier 1999.
Cette procédure peut aboutir à des "recommandations"
adoptées à la majorité qualifiée des Quinze
dont le non-respect entraîne l'instauration de sanctions très
lourdes.
Le Portugal risque en effet d'être privé de fonds de la Banque
européenne d'investissement (BEI), de devoir effectuer des dépôts
sans intérêts ou d'être mis à l'amende.
Dans l'intervalle, la politique économique et budgétaire
du pays est placée sous surveillance par les instances de l'UE.
Pour la Commission, l'annonce de ce chiffre constitue une amère
consolation pour le camouflet subi en février dernier.
A l'époque, l'exécutif européen avait proposé
de déclencher la procédure d'alerte rapide à l'encontre
du Portugal (et de l'Allemagne) parce que son déficit pour 2001,
estimé alors à ... 2,2%, s'approchait dangereusement de
la barre des 3,0%.
LES POIDS-LOURDS DE LA ZONE EURO DERAPENT
Le gouvernement socialiste portugais, qui ne voulait pas subir un tel
blâme à quelques semaines des élections législatives
de mars dernier qu'il allait d'ailleurs perdre, avait manoeuvré
avec l'Allemagne pour que les Quinze bloquent le déclenchement
de cet "avertissement" sans frais.
"L'annonce du Premier ministre portugais justifie a posteriori notre
proposition", a déclaré Gerassimos Thomas, porte-parole
du commissaire chargé du dossier, Pedro Solbes.
Mais les problèmes du Portugal, qui pèse moins de 2% dans
le PIB de la zone euro, ont des implications mineures au regard des dérapages
constatés en France, en Allemagne et en Italie, qui représentent
à eux trois 75% du PIB d'Euroland.
Le résultat de l'audit des finances publiques commandé par
le nouveau gouvernement de Jean-Pierre Raffarin, qui a été
rendu public jeudi, illustre l'ampleur des difficultés.
Avec un déficit qui devrait osciller entre 2,3 et 2,6% en 2002,
le gouvernement prenant la limite haute de cette fourchette, la France
est elle aussi placée sous surveillance.
"On prend note de cette annonce et on attend de voir la réponse
du gouvernement français en termes budgétaires et de politique
économique, particulièrement les actions que le gouvernement
français compte prendre pour assurer une consolidation budgétaire
continue en 2002", a déclaré Thomas.
UN AVERTISSEMENT LANCE A LA FRANCE?
Il a rappelé que la France avait jeudi dernier, à Madrid,
accepté de rendre toute baisse d'impôt neutre du point de
vue du déficit, de prendre sans délai des mesures de contrôle
des dépenses publiques ainsi que les mesures nécessaires
pour parvenir à une situation proche de l'équilibre en 2004.
Ceci obligera la France à pratiquer d'importantes et impopulaires
réformes structurelles destinées à stimuler l'activité,
à diminuer le niveau de ses dépenses publiques et notamment
à réformer son système de retraites.
Sera-t-elle pour autant destinataire d'un avertissement?
"Il est beaucoup trop tôt pour répondre à cette
question", a expliqué Thomas en précisant que l'analyse
se ferait sur la base de "trois critères" -- l'écart
entre l'objectif initial (1,8%) et le résultat final, l'importance
de la marge sous la barre des 3,0% et l'analyse des politiques budgétaires
du pays.
La situation n'est guère plus brillante chez les deux autres poids-lourds
d'Euroland, plombés par une croissance molle.
L'Allemagne, qui a échappé de peu à un avertissement
en février dernier malgré un déficit de 2,7% en 2001,
ne compte pas faire mieux que la France en 2002, avec 2,5% cette année.
L'Italie a également connu un dérapage en 2001, son déficit
s'étant élevé à 1,6% au lieu de 1,1% prévu.
Dans ce contexte, les promesses de ces quatre pays de revenir à
une situation proche de l'équilibre, voire à un déficit
zéro, en 2004 ont une crédibilité réduite
pour les huit pays de la zone euro qui ont assaini leurs finances publiques.
L'Allemagne prévoit d'y arriver avec une croissance de 2,5% en
2003 et 2004, ce que le directeur du Fonds monétaire international
(FMI), l'Allemand Horst Koehler, juge irréaliste, alors que la
France, optimiste, table sur une hausse de l'activité de 3% l'an
prochain pour honorer ses engagements.
"Cette crise budgétaire risque de se transformer en crise
politique si ces pays exigent une révision du Pacte de stabilité",
estime un haut responsable de la Commission.
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