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Par Maurice G. Dantec
Si un jour, le malheur veut qu'un historien du futur
doive se pencher sur l'époque que vit présentement la France,
il devra d'abord revêtir un costume antiseptique, et posséder
de réels dons d'anatomiste, pour ne pas dire de médecin
légiste.
Il devra s'agir d'un analyste scrupuleux, il aura à recenser et
classer ce qui fut, dans l'Histoire des idées, et de cette nation,
ce qui revient pratiquement au même, la pire dégringolade
intellectuelle qu'un peuple ait connue depuis des époques quasiment
immémoriales ; il devra s'approcher encore, muni de sa loupe, de
ses gants et de son masque de protection, et investir le grouillement
des métastases purulentes que de petits "pamphlétaires",
ou "anti-pamphlétaires", ne cessent de développer
dans le cancer généralisé au stade terminal que connaissent
les idéologies modernes, dont la France fut à la fois l'utérus,
et le sépulcre.
D'abord, émettons ce triste constat : dans un pays sans plus la
moindre vision politique, ni le plus petit espoir d'en recouvrer une un
jour prochain (ni même lointain), toute critique du pouvoir post-soixantuitard
est subtilement décrite comme un " Rappel à l'ordre
" autoritaire et foncièrement anti-libéral, et aux
réminiscences plus que troubles, par ceux qui, en vaillants clercs
de notaire de la République, veillent sur la bonne marche des choses,
et des esprits, en régime démocratique. Depuis que l'ordre
établi est justement devenu celui de la contestation institutionnelle,
vous ne pouvez plus qu'ânonner les clichés dûment autorisés
au sujet de l'invariable "société du spectacle",
que tous abhorrent, et à laquelle chacun, de son plein gré,
collabore.
Ainsi, depuis quelque temps, des opuscules divers nous enjoignent de ne
plus faire entendre notre voix disgracieuse dans l'harmonie universelle
démocratique et, au cas où, préparent dans les têtes
une nouvelle offensive des pouvoirs en place contre la littérature
qui refuserait de se mettre au pas.
Cette offensive a ses avant-gardes : des livres de commande rédigés
à la va-vite par des " historiens des idées ",
pour les armées de journalistes incultes qui officient dans la
presse nationale-contemporaine. Elle a ses troupes à pied : quelques
pigistes nécessiteux qui écrabouillent de leurs talons bottés
toute bouche qui voudrait s'ouvrir à contre courant de la merdique
tendance actuelle.
Elle a aussi ses brigades blindées : l'ensemble des dispositifs
et procédures judiciaires permettant à tout un chacun d'intenter
un référé contre un livre ou un auteur qui n'aura
pas l'heur de lui plaire, ainsi Renaud Camus, attaqué par Catherine
Tasca et Laure Adler, ainsi Pierre Jourde, à qui l'on veut chèrement
faire payer sa liberté de ton, ainsi Michel Houellebecq qui faillit,
il y a peu, écoper d'une fatwa républicaine, au nom des
droits de l'Homme. Who's next on the black list ?
Pour cette nouvelle offensive en règle, il fallait un " livre
de combat ". Un professeur de Paris-VIII s'est chargé de produire
ce " pamphlet ", encore plus mal torché que prévisible,
mais qui permettra aux analphabètes lettrés du journalisme
français d'y puiser quelques phrases extirpées de leurs
pages (cela leur évitera de les lire), pour maintenir l'acte d'accusation
contre leurs cibles favorites, écrivains comme il se doit.
Ce "petit livre orange" qui vient de paraître, sous le
titre délicieusement Orwellien de : "Rappel à l'ordre
: Enquête sur les nouveaux réactionnaires", on me dit
qu'il s'en prend à moi, parmi bien d'autres, alors je l'ausculte
: j'y constate d'abord l'amalgame consacré tant de fois selon l'habituelle
méthode des professeurs de l'université post-moderne : aphorismes
isolés de tout contexte explicatif, glissements de sens sémantiques
à profusion, ton indexatoire et récriminant, anathèmes
diffamatoires qui, si j'étais de son camp, me ferait le traîner
lui et son éditeur en justice, j'y reviendrai, bref, rien de plus,
rien de moins que ce que d'autres, oh, bien d'autres, ont connu avant
moi.
Il est clair que cet historien du futur, cet anthropologue de la disparition
intellectuelle d'une nation tout entière, on se doit de lui souhaiter
bien du courage, tout autant qu'un authentique dédain pour la dégoûtation.
Je vais essayer de lui faciliter la tâche. Sans
tout ramener aux charges (anti)personnelles dont m'affuble le souriant
binoclard à moustaches socialo-chiracquien, je me dois quand même
de ventiler quelque peu les épaisses divagations mysticologiques
que monsieur Lindenberg agite tout autour de moi, en se servant de mes
textes, coupés, triturés, hachés menus et mis à
bouillir, selon la bonne vieille cuisine de rebouteux stalinienne qui
aura tant fait ses preuves, en matière d'expédients, comme
de méthodes expéditives. Cher historien malheureux du futur,
ne m'en veux pas si je démantèle une à une les fumeuses
exégèses que ce monsieur m'a consacrées, c'est que,
tu le verras, l'adage "plus le mensonge est gros, plus il a de chances
de passer", de sinistre mémoire, est désormais la mesure
moyenne de tout ce qui, peu ou prou, se publie comme "essais critiques"
dans la République des Zarzélettres, que le monde entier
nous envie. Dès le commencement de ta lecture, tu noteras d'abord
que "nous" faisons tous partie d'une sorte de "nébuleuse"
vaguement
coalisée, aux origines diverses, et variées (nous y reviendrons),
et aux "contours mal définis". Mais il ne fait aucun
doute que cette extragalactique et surprenante invasion de la Planète
France par ces aliens "nouveaux réactionnaires" semble
le fruit d'une volonté de " retour à l'ordre établi
", à des " valeurs d'autorité hiérarchique
" que la "République" et la "Nation",
voire les idéologies en perdition du XXe siècle (communisme
en tête) auraient représenté, depuis des éons,
pour "les masses populaires", totalement "désorientées",
tu le sais, par la fermeture des usines Moulinex, le réchauffement
global de la planète, et le problème des retraites de la
Sécurité Sociale.
Il est tout à fait exact, tu le remarqueras, mon humble témoin
du futur, que la plupart des critiques de la " mondialisation "
économique en cours se sont en effet cristallisées sur ses
mots fleurant bon la IIIe République de nos ancêtres et les
encriers-à-dictée-extraite-de Jean-Paul Sartre ou de Jean
Dutourd : Jules Ferry, les Hussards Noirs, la Commune, la Paix-dans-le-monde,
les saines Valeurs Républicaines de Déroulède-et-Clémenceau,
l'Union Sacrée en somme, de la défense du "service
public" à celle de l'exception nationale-culturelle. Pour
Lindenberg, et quelques autres de sa caste, toutes les critiques formulées
envers le "monde" d'aujourd'hui sont donc unanimement "nationalistes-républicaines",
représentées politiquement en gros par une autre "nébuleuse",
qui irait de feu le Pôle Républicain de Chevènement
au MNR de Bruno Mégret.
Tu saisis je pense la manuvre, elle est en effet usée.
En tout cas, en ce qui me concerne, on peut dire que monsieur Lindenberg
commence par se tirer une balle de gros calibre dans le pied gauche, ce
qui risque de lui causer pour quelques temps des matins douloureux.
C'est que voilà, cher interlocuteur d'une bibliothèque sans
doute en proie à un bombardement ou à un autre, en aucun
endroit dans mes écrits, et en particulier les deux tomes du Théâtre
des Opérations incriminés, tu ne trouveras semblables interpellations
à l' "extension du domaine de la lutte" contre la "
société marchande ", ou en tout cas, et nous verrons
pourquoi : JAMAIS sous cette forme. Au contraire. Et mieux encore : au
contraire du contraire.
Car tu pourras de tes yeux constater comment je m'en prends à chaque
page ou presque de mon "Journal Métaphysique" au dualisme
mortifère dont cette nation s'est faite le héraut, en parfaite
" Marianne " à la tête coupée, et donc au
corps à jamais divisé en deux, comme le savait en effet
ce vieux salopard réactionnaire de Maurras : D'un côté,
les néo-actionnaires, pour reprendre Philippe Muray, du "situationnisme
institutionnel", représentant la "gauche moderne",
ouverte (de tous ses orifices), tolérante (surtout envers l'intolérable),
multiculturelle (c'est à dire incapable de concevoir un DESTIN
MANIFESTE pour 400 millions d'Européens et les flux migratoires
qui s'en viennent), ludique et festive, donc commémorative et culpabilisatrice,
bref la bourgeoisie post-socialiste néolibérale modèle
Woodstock-Benetton International qui voudrait bien perpétuer Mai-68
(la version gauchiste pépère post-situ-hypercool-tu voâs)
dans les Ministères, les offices de tourisme,
les agences de publicité, la télévision, et je ne
parle pas de l'Université. De l'autre côté : la cohorte
des petits pamphlétaires médiamondains et hargneux comme
des teckels, souvent en cure aux Îles Égée ou à
Venise entre deux " brunches" au Fouquet's, ou à la "Closerie",
et qui pérorent à n'en plus finir sur la "société
du spectacle", la " domination de la marchandise ", le
"capitalisme-roi", la "banque juive", l' "oppression
israélienne", et l' "impérialisme américain",
désormais représenté par les restaurants Mac-Donald's
que de vaillants agro-terroristes de province, aux généreuses
bacchantes de "gaulois" illustratives de notre bande-dessinée
favorite, "démontent" à coups de pioches, quand
il ne les font pas tout bonnement sauter au plastic bretonnant. La France
progresse, tu le constates. Alors cherche, fouille dans les quelques exemplaires
de mes ouvrages qui, peut-être, auront réchappé à
l'apocalypse, et tâche de trouver, où que ce soit, une seule
assertion qui me rangerait dans l'un ou l'autre de ces CAMPS. Je t'épargne
la besogne, mon vieil ami, tu ne la trouveras pas, pour la bonne raison
que non seulement elle n'existe pas dans mes livres, mais qu'en plus je
les place tous deux, ces "camps" aux lignes de démarcation
à aüsweiss idéologique, bien en évidence, nommément,
à poil et face à face, ou dans une position pire encore
si tu préfères, comme les deux constituants duals du nihilisme
planétaire.
Et voici donc notre professeur socialiste bien embarrassé
avec votre humble serviteur. Comment lui faire rendre gorge ? Car il s'agit
de cela, tu l'auras compris, image à peine possible de moi-même
à peut-être trente ou quarante années de distance
: Je n'appartiens strictement à AUCUNE coterie. Je ne dois donc
strictement RIEN à PERSONNE : Ni à Sollers, ni à
Debray. Ni à BHL, ni à Alain de Benoist. Ni à J.F.
Kahn, ni à Benamou. Ni à Badiou, ou Bounan, et ni à
Alain Minc, ou Poivre d'Arvor. Ni à Catherine Millet, et ni à
Régine Déforges. Ni à Bernard Pivot, ni à
Jean-Marie Messier. Ni à Alexandre Jardin, ni à Guillaume
Dustan, ni au Prix " pouêt-pouêt ", ni à
mes fréquentations au Queen's, ni à madame Dugland ni à
monsieur Dugenoux, bref, comme je l'ai dit je ne dois rien à personne,
sauf à H.P. Lovecraft, et à Philip K. Dick, qui tous deux,
pas de veine, sont morts et enterrés depuis un bail et n'ont jamais
été considérés comme des écrivains
sérieux par les branleurs qui passent leur temps à user
les banquettes fameuses que les culs d'Hemingway ou d'Aragon usèrent
avant eux, pour épater la Galerie de Montparnasse.
Je n'ai aucun ami bien placé dans la presse post-branchouille ou
son adversaire néo-jacobine. À l'exception de la NRF, quelques
revues au tirage fort modeste, dont Cancer ! - vilipendée comme
il se doit par notre prévôt de la sociale-démocratie
- et un ou deux "websites" à peine moins que confidentiels
acceptent parfois de publier ma prose. Il faut donc me faire payer cet
état civil qui les emmerde tant : pas d'études universitaires
et pourtant je plaque un petit rigolo post-moderne sur à peu près
le terrain qu'il veut. Pas né, comme disait Céline, à
"Tarnopol-sur-le-Don, mais à Courbevoie, Seine", et dans
mon cas Grenoble, pouah-la-province ! et le Dauphiné des révoltes
en plus, et pire encore, petite enfance et adolescence à Ivry-sur-Seine
! et avec des parents intellectuels communistes, depuis la Résistance,
qui eurent le toupet de ne pas accepter la dictature de Thorez, Marchais
et leurs sinistres apparatchiks de choc, et se firent virer comme des
malpropres pour cela. Et pour finir le zigoto part s'exiler en Amérique
du Nord, pratiquement
comme s'il y demandait son asile politique ! Quel cursus ! Avec Yvan Le
Bolloch, Charles Pépin, Dieudonné ou Amélie Nothomb,
on se sent au moins QUELQUE PART.
Si l'on a accepté, il y a près de dix ans, et du bout des
lèvres, de parler de mon roman "obèse et hors normes"
dans les Inrocks, Technikart, Nova Mag, Télérama, ou Le
Nouvel Obs', tu verras que depuis, les qualificatifs "nouveau réactionnaire",
voire "white trash de la littérature" sont des sobriquets
dont ces placards à balais du journalisme m'ont déjà
affublés à de multiples reprises, rien de nouveau donc sous
le soleil radieux du socialisme.
Lindenberg, tête de pont de l'offensive "anti-réactionnaire"
devait faire mieux. Imiter la Miss-Bouquins du Nouvel Observateur, en
me traitant "d'Eminem de la littérature" sur 95 pages,
ca risquait de ne pas s'avérer suffisant, même si au demeurant
on a vu pire, ces derniers temps. Il a donc essayé, par tous les
moyens possibles dont un "historien des idées" de Paris-VIII
est pourvu, et ils sont légions, de me faire entrer de force dans
les cases de sa petite rhétorique au prix, on va le voir tout de
suite, du mépris des faits, et pire encore, des ÉCRITS.
L'ensemble du livre est rempli d'approximations grossières à
mon sujet (voir par exemple page 57, où l'on apprend que je serais
"fasciné" - comme d'autres coupables "venus de la
gauche athée" - par Pie IX et son syllabus anti-moderniste
: non m'sieur le professeur de Paris-VIII, je suis juste un chrétien
hétérodoxe), et je n'aurais certes pas la place de faire
ici une revue de détail, je vais donc, si tu le permets, mon cher
archéologue de la civilisation française depuis longtemps
disparue, me pencher un peu plus profondément sur l'espèce
de biographie, tout-à-fait impayable, dont l'auteur m'affuble à
partir de la page 89, et qui synthétise peu ou prou ce qu'il a
parsemé sur les 88 pages précédentes (à l'exception
de celles consacrées à Houellebecq qui comme moi, tiens
? en prend lui aussi pour son grade nommément : fiche de police
culturelle visiblement bien à jour). Après une petite mise
en train sans trop l'air d'y toucher - il y aura plus dérangeant
par la suite - nous prévient d'emblée l'auteur, on attaque
direct, sur le mode : moi-je-suis-prof-moi-je-m'y connais-pensez-donc
: " Dantec pastiche les "grands théoriciens" des
sciences sociales, ne reculant pas plus qu'un Taguieff devant le jargon
philosophique le plus abscons" - c'est moi qui souligne. En deux
ou trois
locutions principales, tout est dit : l'auteur de polar cyberpounke est
renvoyé à sa banlieue de white-trash post-coco dont il n'aurait
jamais dû - surtout - SORTIR. Je ne peux comprendre (je n'ai pas
le brillant cursus du professeur Lindenberg) les grands philosophes aux
langages parfois abscons (Bergson, Whitehead, Deleuze, Abellio, on le
leur a souvent reproché), donc : je les PASTICHE, bien sûr.
Bon, ensuite, plus banal, ce Pinkerton de la littérature m'accuse
de "répugnance" envers les "utopies socialisantes".
Je le reconnais, monsieur Lindenberg, et c'est ma très grande faute
: mes narines délicates, sans doutes trop "aristocratiques"
à votre goût, ont du mal à supporter l'odeur des vastes
charniers communautaires dont les deux SOCIALISMES concurrents ont agrémenté
l'atmosphère du siècle qui est parti à la ferraille,
il y a un an et quelques poussières. Comme je l'ai déjà
demandé : avez-vous un camp, ou un programme de rééducation
à me proposer ?
Maintenant bien lancé, Lindenberg peut se permettre de franchir
un degré décisif dans la grossièreté mensongère
: désormais les mots injurieux, de ceux qui peuvent valoir "
normalement " un procès en justice, comme on le fait de nouveau
à M. Renaud Camus, pour un motif bien plus anodin, sont lancés,
ou plutôt - on n'est pas " professeur des idées "
pour rien - glissés au milieu d'une phrase à peine plus
épicée que les autres : "On sent également un
certain racialisme chez lui et une conscience très aiguë des
conflits de civilisation."
Oh, comme l'amalgame est joliment esquissé : si vous êtes
conscient que les civilisations forment des diagrammes en lutte évolutionniste
- selon des lignes de coupe paradoxales qui se surajoutent - alors, bien
sûr, vous ne pouvez "sentir" que le racialiste, autant
dire dégager l'odeur d'un dogue allemand. Déjà "
conflit de civilisations ", dans un monde de rave parties, de flûtes
à bec et de colliers à fleurs, ce monde de lait et de miel
que la démocratie des droits de l'homme a apporté avec elle
durant le temps de son existence (enfin terminée !), oui déjà
ces mots sont suspects, comprenez le bien, mon cher historien du futur,
dans peu de temps ils me conduiront en cour, voire en prison, et qui sait
? si je me lâchais vraiment, quel " article de loi antidiscriminatoire
" on ne me foutrait pas au train.
Mais il y a mieux, tout est possible à l'espace
de la rébellion festive par tous et pour tous : "En effet
ce sont là impressions de surface, qui ne vont pas au cur
de sa pensée. En réalité Dantec possède un
système bien au point. " Je tenterais de te résumer
plus tard ce qu'est ce fameux "système" que j'ai "mis
au point" , mais remarques-tu, mon lecteur du futur d'après
l'effondrement terminal, oui, remarques-tu qu'au préalable, ce
professeur multidiplômé ne s'est pas rendu compte qu'à
de nombreuses reprises, non seulement j'affirme ma suspicion envers TOUS
les "systèmes" de pensée, mais plus encore je
décris le mien comme un processus critique constamment rouvert,
depuis ses fermetures, par lequel j'aborde, et je dissous, pour les ressouder,
autant que faire se peut, les grandes machines théologiques ou
politiques qui forment l'horizon de nos connaissances actuelles.
Non, mais tu te crois où, vulgaire auteur de série noire
et de SF-pour-les-masses-abruties? Tu ne sais donc pas que nous avons
fait des années d'études pour ne rien savoir, et surtout
ne rien comprendre ? Retourne dans ton " neuf-quatre ", hé,
tête d'uf d'autodidacte, je t'en foutrais moi
Lindenberg n'est alors plus à une corniflerie près, il peut
en rajouter, on connaît la musique, justement, et " depuis
les années 30 ", justement. On apprend ainsi un peu plus loin
que " Popper tient chez Dantec la place qu'occupe Comte chez Houellebecq
" et que je nourrirais " la même aspiration que lui à
un gouvernement des savants ". Là, mon lecteur du futur, marque
une pause pour étouffer ton rire. Tu vas en avoir besoin, et ce
n'est rien en comparaison du " final ". Si quelqu'un trouve
quelque part dans un quelconque de mes écrits une telle "
aspiration " désuète, et bien digne de ce positiviste
de Comte, je voudrais qu'il me la fît parvenir, en toutes lettres.
Car si jamais quelque chose pouvait encore me faire vraiment m'esclaffer,
ce serait ce genre de propositions de simplet. Les savants FONT partie
du complexe militaro-industriel depuis au moins 1940, et je préfère
ne pas remonter à l'Âge du Fer, on pourrait encore se moquer.
Vouloir leur participation aux affaires du monde, depuis monsieur Nobel,
c'est franchement se foutre de la gueule dudit monde, ce que fait monsieur
Lindenberg, au demeurant. Car il n'en a pas fini avec moi, ââh
que non. C'est que j'ai - vois-tu - commis l'Irréparable, le crime
des crimes, l'insulte suprême aux droits de l'homme et de la république
en danger.
D'abord, je me suis permis de citer un aphorisme - excellent - de Jean
Madiran, tiré d'un livre (paru en 1960 !) et suivi d'une tentative
d'explication de la trajectoire de ce catholique de combat qui achève
son parcours dans les rangs des néo-païens à la Le
Pen. Un astérisque bien salé permet à tout lecteur
consciencieux de savoir ce que je pense de cet itinéraire et de
cette présente "cohabitation". Mais monsieur Lindenberg
n'en a que faire, ce n'est pas pour cela qu'il a été mandaté,
et payé (bien, je l'espère) : il décrète in
petto que je pratique l'APOLOGIE de cet auteur, ce qui, bien entendu,
ne peut mériter que l'opprobre public, à défaut d'un
peloton d'exécution.
Vient alors, vois comme la liaison est subtile, l'apothéose des
damnations : j'ai osé consacrer 18 pages "serrées"
à ce salopard d'écrivain collabo de Drieu la Rochelle. Mais
où est le pilori ? nom d'un Être Suprême
la guillotine,
oui ! et tout de suite ! Comme l'agité du bocal en son temps, il
n'y a donc personne pour me foutre une fatwa démocratique au cul
? L'Époque s'est affaiblie
les islamistes peut-être,
un jour, entre deux concours de Miss Monde ? C'est qu'il faut que t'explique
maintenant, avant d'en finir, quel est le fameux "système"
que j'aurais mis au point, dans mon garage secret, pour " réhabiliter
" Drieu. Et attention, hein, c'est " avec une adhésion
telle qu' aucun auteur qui ne soit venu du giron maurrassien-hussard ou
néodroitier à la Alain de Benoist, venu lui aussi de la
droite extrême, n'en avait apportée depuis des lustres".
C'est moi qui souligne, là encore.
Je me demande à qui ce lui aussi s'adresse, de la part de ce monsieur
Lindenberg, et s'il s'agit de moi, c'est alors qu'il est, lui, un de ces
analphabètes lettrés comme il en pullule tant de par le
monde, car s'il m'avait vraiment lu, il aurait tout de suite compris que
mon passage éclair dans les "rangs" de la droite extrême
- vers l'âge de 23-24 ans - fut aussi bref et amer que celui que
j'avais suivi avec les trotskistes et les "autonomes" une demi-douzaine
d'années auparavant. Et que je pus, en revanche, en tirer les enseignements
que mes Journaux eurent, plus tard, pour vocation d'essayer de partager
avec quelques lecteurs.
Monsieur le procureur de la république, je tiens à attirer
votre attention sur le fait qu'un odieux énergumène se faisant
passer pour un écrivain de science-fiction a conçu le complot
anti-démocratique visant à ce que l'auteur collaborationniste
Drieu La Rochelle soit enseigné dans nos écoles, "sous
entendu : comme ses amis Aragon et Malraux", ce qui est un scandale
absolument intolérable, qu'il faut lui faire payer à tout
prix.
Car il faut bien considérer ceci, ombre improbable qui me lit dans
je ne sais quelles conditions de désastre absolu, je n'ai eu envers
Drieu aucune compassion particulière pour son cheminement politique,
dont j'ai simplement essayé d'entrevoir la tragique et fatale complexité.
Je me suis contenté d'extraire de son uvre NON-LUE, des textes
qui me semblaient pertinents en ce début-fin de siècle,
sur le plan de la théorie de la littérature. Ce qui fait
de moi, comprends-tu, un néo-droitier de la pire espèce,
façon Alain de Benoist, voire Martin Bormann.
Pire encore, ceci apporte la preuve indubitable que "sans inquisition,
ni vigilance maniaque" - n'est-ce pas ? - "on peut considérer
que Dantec restaure une bibliothèque politique qu'il est très
difficile de distinguer dans une librairie d'extrême-droite ou dans
les stands d'une fête bleu-blanc-rouge". Ah, mon vieil ami,
d'ici à ce que tu lises ces lignes mon corps et peut être
ma bibliothèque tout entière auront disparu. Comment faire
pour inviter ce pamphlétaire de bulletin paroissial à venir
prendre connaissance des volumes qui constituent cette bibliothèque,
sans commettre une terrible faute de goût pour mon entourage, comme
pour ces nombreux et nobles ouvrages ? Comment faire, dis le moi si tu
peux un jour, pour que ce pauvre lunetier d'amphithéâtre
comprenne que j'ai bien " d'autres références et d'autres
bibliothèques ", comme il ose feindre de s'en questionner
lui-même (tout en les citant, très partiellement, pour se
dédouaner).
Alors puisqu'il faut en finir, finissons en UNE BONNE
FOIS POUR TOUTES. Baroud d'honneur, messieurs, vous allez être servis.
Je n'ai, monsieur le professeur Lindenberg, plus rien à voir avec
la France depuis des années déjà, et encore moins
avec Paris, ce bocal des agités, condensé de jus de tuyau
d'évier où toutes les formes d'idées pouvant évoluer
dans les égouts de la zérocratie se reproduisent en colonies
violemment neuroparasitaires, et je m'en suis exilé pour des raisons
complexes qu'en fait votre livre me permet de tirer au clair en toute
simplicité : je ne suis pas du côté du " libéralisme
" européen qui aura exporté ses " lumières
" un peu partout dans le monde, et jusqu'ici en Amérique.
Je ne suis pas non plus du côté de ceux qui voudraient prendre
sa place, en le modernisant sauce ATTAC, ou Coalitions Zécolo-Zanarchistes
de toutes obédiences. Et encore moins de ceux qui prétendent
le vaincre en poursuivant son uvre destructrice, désormais
retournée contre lui, c'est-à-dire contre nous tous. Je
n'ai rien à voir non plus avec les prétendus critiques "
post-situationnistes " du capital marchand, puisqu'ils ne font désormais
qu'alimenter le discours préformaté des intellectuels bourdivins
et autres " contestataires institutionnels " qui rendent désormais
toute véritable critique-scientifique IMPOSSIBLE. Et encore moins
avec les petits pit-bulls du nationalisme républicain, version
Syndicalisme Uni des Débiles profonds ou nazillons-à-keffiehs
suceurs de talibans. Je ne rejoins non plus en rien les doctes "critiques"
de la démocratie des Droits de l'Homme quand ils accusent l'Amérique
d'être son agent porteur, car, en dépit de ses fondations
paradoxalement rationalistes, voire grâce à elles, l'Amérique
est le lieu UNIQUE où une transformation du christianisme est encore
possible. Il existe au moins deux occidents : L'un a vécu sous
l'ère Clinton sa dernière grande "illumination"
spectaculaire, elle s'est éteinte avec l'action de césure
définitive que les attentats du 11 septembre ont propagée
entre l'Ancien et le Nouveau Monde. L'autre, qui couvait sous la cendre
depuis les ORIGINES, vient tout juste d'être réveillé.
Un peu comme le 7 décembre 1941. Mais en mille fois plus TERRIBLE.
Quelqu'un se souvient-il du mois d'août 1945 ?
Nous ne sommes donc plus du même Monde, monsieur
Lindenberg, vous comme bien des soi-disant "nouveaux-réactionnaires"
que vous épinglez dans votre dormitif ouvrage, vous appartenez
au même : celui qui a choisi de se faire en se défaisant,
comme votre Europe de Choux de Bruxelles et sa Monnaie Unique, comme votre
armée de pious-pious qui protège les génocidaires
serbes, mais ne peut même pas traverser la frontière de l'Ouzbékistan
pour foutre une trempe à quelques bandits fanatiques et incultes
! Ici, en Amérique, depuis le 11 septembre 2001, une mutation métapolitique
sans précédent est en train de voir le jour. Elle séparera
définitivement le Nouveau Monde de ses ex-colonies zéropéennes,
elle laissera la France de Chiracospin, et de vous même, face à
vos hérésies nihilistes et dévolutionnaires (sic
! en effet, pour vous reprendre).
Cette Amérique se tournera vers les nations prêtes à
affronter, avec elle, leur DESTIN MANIFESTE. C'est pour ca que je suis
parti de votre pays de cocagne, monsieur Lindenberg, je vous laisse à
vos Forpronu et à vos Sarkozy, à vos Julien Dray et à
vos Luc Ferry, à vos Le Penismes et à vos Chiracquies. Ni
gauche, ni droite, en effet, messieurs du bocal des agités : L'Ouest.
Le vrai.
Montréal, Amérique du Nord française,
le 7 décembre 2002.
@ maurice dantec, 2002
http://frkc.free.fr/revuec/
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