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Dérives financières à la DCN: 72
prévenus jugés à partir de lundi à Marseille
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MARSEILLE (AP) - Le procès des dérives financières commises au sein de la Direction des constructions navales (DCN) à l'arsenal de Toulon (Var) s'ouvre lundi matin devant le tribunal correctionnel de Marseille, en charge des affaires militaires. Il doit durer six semaines. Au total, 72 prévenus comparaissent pour prêt illégal de main-d'oeuvre et escroquerie en bande organisée. Le préjudice pour le contribuable a été chiffré par le juge d'instruction Françoise Issenjou en charge du dossier à quelque 30 millions d'euros. C'est le mode de fonctionnement, au cours des années 1990, de tout l'arsenal de Toulon, le premier port de guerre français, qui sera passé au crible pendant un mois et demi d'audience. Fausses factures, surfacturations de travaux, commandes imaginaires, marchés truqués, système D généralisé, soupçons de corruption: c'est un procès de la démesure que présidera Vincent Turbeaux. Ce magistrat a été dispensé d'audience pendant deux mois pour préparer ce volumineux dossier. Afin de pouvoir accueillir la totalité des prévenus, les débats se tiendront exceptionnellement dans la grande salle du tribunal de commerce de Marseille, réaménagée pour l'occasion. Le siège de l'accusation sera tenu par le procureur de la République Marc Rivet. Parmi les principaux mis en examen, figurent Jean-Yves Helmer, ex-délégué général à l'armement, aujourd'hui en poste à la banque Lazard. Trois directeurs de la DCN comparaîtront à ses côtés. Sont également renvoyés devant le tribunal correctionnel vingt-neuf chefs d'entreprise, dont certains sont d'anciens employés de la DCN. La plupart se voient reprocher la rédaction de fausses factures et surfacturations ou la conclusion de fausses commandes, afin d'améliorer un quotidien qu'ils estimaient difficile. La lecture de l'acte d'accusation ressemble trait pour trait à un roman d'espionnage, avec ses petits et ses grands secrets, ses dépenses pharaoniques, ses voyages du bout du monde, son système de cadeaux, ses jolies filles, ses dossiers à tiroirs et même ses agents de l'ombre. L'ex-ministre de la Défense, Alain Richard, est cité comme témoin à la barre. Ce sont deux gendarmes têtus, l'adjudant-chef Henri Caillet et le maréchal des logis chef Jean-Pierre Jodet, qui ont mis au jour le système, avant d'être étrangement sanctionnés par leur hiérarchie. L'affaire avait débuté par les confidences d'une ex-employée de la DCN, qui avait évoqué des abus de pouvoir au sein de l'armée. Progressivement, la "gratte", comme on l'appelait alors, cette manière fictive de se créer indûment des budgets, a littéralement gangrené tous les échelons de la DCN, placée sous l'autorité du ministère de la Défense. Le détail des investigations menées par la juge est un véritable inventaire à la Prévert du système D militaire à tous les niveaux. Réfection des bateaux, équipement des frégates, entretien des sous-marins, équipement des bureaux, vente de turbines, de joints ou de câbles: tout était prétexte à fausses factures. Depuis, les effectifs de la DCN ont été considérablement réduits: 13.000 salariés aujourd'hui contre 14.700 à la fin 2001. De leur côté, les prévenus devraient arguer d'un manque de personnel structurel pour justifier leurs dérives. AP |