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L'hypothèse de croissance de Chirac et Jospin fragilisée

 


jeudi 04 avril 2002 15:34:38 GMT


PARIS (Reuters) - La flambée des prix du pétrole consécutive à la crise au Proche-Orient fragilise un peu plus l'hypothèse de croissance de 3% sur laquelle Jacques Chirac et Lionel Jospin ont tous les deux construit leurs programmes économiques.

Les économistes estimaient déjà, avant la remontée des prix du brut, que cet objectif - qui permettrait aux deux principaux candidats à la présidentielle de baisser les impôts et de réduire le chômage - serait difficile à atteindre.

Ces programmes se fondent sur une croissance de 3% pour les cinq prochaines années "qui excède l'évaluation généralement retenue de la croissance potentielle de l'économie française", constatent les économistes de la Chambre de commerce de Paris.

"Pour atteindre 3% il faut réunir plusieurs conditions : un environnement international qui favorise les exportations, une reprise de l'investissement des entreprises et des prix du pétrole et de l'essence qui ne lèsent pas le pouvoir d'achat des consommateurs", explique Nicolas Claquin, économiste au CCF, pour qui la croissance française sera plutôt de 2,5% en 2003.

La crise au Proche-Orient fragilise un peu plus l'hypothèse de Jacques Chirac et Lionel Jospin d'une reprise économique rapide, estiment les économistes.

"Pour l'instant nous maintenons notre hypothèse de croissance de 2,7% en 2003, mais si le pétrole se maintient au dessus de 25-26 dollars cela aura un impact sur le pouvoir d'achat des ménages dont la hausse a déjà été diminuée en 2002 et donc sur la croissance", prévoit Olivier Eluère, économiste au Crédit lyonnais.

Ce risque a aussi été pointé jeudi par le président de la Banque centrale européenne (BCE) qui a maintenu ses taux d'intérêt. Wim Duisenberg a déclaré que la flambée des prix du pétrole pourrait peser sur la croissance de la zone euro en phase de reprise.

Le ministre de l'Economie et des Finances, Laurent Fabius, a aussi estimé jeudi que la reprise économique mondiale pourrait être freinée voire stoppée si le baril de pétrole atteignait les 30 dollars.

L'EQUILIBRE DES FINANCES DIFFICILE A ATTEINDRE EN 2004

"Avec la reprise économique et les événements très graves au Proche-Orient le prix du pétrole est en train de flamber avec des répercussions à la pompe et cela peut avoir des conséquences économiques négatives", a-t-il déclaré sur Europe Un.

Laurent Fabius a ajouté que, pour le moment, l'impact pétrolier n'était pas visible sur l'économie française, qui est "en train de redémarrer" avec une fin de premier trimestre "meilleure qu'anticipé" et une reprise qui "pourrait être violente dans le bon sens".

"Trois pour cent, c'est ce que nous avons fait en moyenne depuis cinq ans. L'hypothèse de 3% est une hypothèse raisonnable (...) à condition que la flambée du pétrole ne dure pas", a-t-il prévenu.

S'ils sont en phase sur la croissance, Lionel Jospin et Jacques Chirac divergent sur l'ampleur des baisses d'impôts et des dépenses nouvelles ainsi que sur le retour à l'équilibre des finances publiques.

Le président-candidat prévoit 30 milliards d'euros de diminutions d'impôts sur cinq ans alors que le Premier ministre-candidat veut les réduire de 18 milliards. Les dépenses nouvelles (justice, police, logement, jeunes) sont évaluées à quatre milliards par le camp Chirac et à huit milliards par le camp Jospin.

Compte tenu du moindre coût de son programme (dépenses et diminutions d'impôts), Lionel Jospin maintient l'engagement de son gouvernement d'équilibrer les finances publiques en 2004, alors que Jacques Chirac reporte l'échéance à 2007.

Les économistes estiment généralement que l'équilibre sera difficilement atteint en 2004 et que l'objectif de 2007 paraît plus plausible.

"La croissance pourra difficilement atteindre 3% pour chacune des cinq prochaines années et dans ces conditions l'hypothèse d'un équilibre en 2004 est trop optimiste compte tenu de la faible croissance attendue en 2002", explique Anne Beaudu, économiste au Crédit agricole.

par Guy Debache