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Son déficit a atteint 2,6 % du PIB en 2001 et devrait s'élever à 2,7 % encore cette année, selon les estimations de la Commission européenne. En moyenne, et malgré ces dérapages allemands, les Quinze ont réussi à tenir leurs déficits à 0,5 % du PIB; la France est à 1,5 %. Ane efflanqué. L'Allemagne arrogante, qui lors de la préparation de l'union monétaire réclamait des critères particulièrement stricts de rigueur budgétaire, des sanctions pour les contrevenants, et s'inquiétait que les pays dits du Club Med ne puissent suivre, se retrouve prise à son propre piège. «L'élève modèle est passé cancre», titrait vendredi le quotidien Süddeutsche Zeitung, signalant que l'Allemagne pourrait recevoir un avertissement de la Commission européenne. «Même les Portugais font mieux que nous», ajoutait le quotidien populaire Bild, revenant sur la principale cause du drame: l'effondrement de la croissance allemande, qui est tombée à 0,6 % seulement l'an dernier et ne devrait guère faire mieux cette année. A l'appui, le Bild publie la photo d'un âne efflanqué, illustration de l'économie portugaise selon le cliché allemand. Il pourrait désormais servir de modèle au pays des Mercedes, ironise le Bild. Le ministre des Finances, Hans Eichel, qui s'était donné comme but de consolider les finances publiques allemandes, avec pour cap un budget équilibré en 2006, est pris en étau par le crash particulièrement brutal de la croissance allemande. «Le creusement du déficit allemand est essentiellement dû à la conjoncture, observe Hans von Löffelholz, expert en finances publiques de l'Institut de recherches économiques d'Essen (RWI). D'un point de vue structurel, le gouvernement Schröder a plutôt obtenu de bons résultats.» Le ratio intérêts de la dette publique par rapport aux rentrées fiscales a été ramené de 15,6 % en 1998 à 13,9 % en 2001, et 13,6 % attendus cette année. Le taux des dépenses de l'Etat par rapport au PIB a aussi été réduit de presque 50 % en 1997 à 48,5 % l'an dernier, même s'il reste encore loin de l'objectif fixé: revenir à son niveau d'avant la réunification, autour de 45 %. Discours décrispés. Malgré sa dernière place au classement européen, le gouvernement allemand conserve ainsi une petite marge de manoeuvre, estime l'expert du RWI. «Selon les calculs de notre institut, le déficit allemand cette année serait plutôt de 2,2 %, ce qui laisse une marge au gouvernement pour des programmes d'investissement public, qui seraient urgemment nécessaires pour soutenir la conjoncture.» L'institut berlinois DIW exhorte aussi le gouvernement Schröder à un plan d'investissement public. «Le gouvernement devrait exploiter à fond la marge de 3 % de déficit que lui laissent les critères de Maastricht», plaide Dieter Vesper, expert en finances publiques du DIW. La mauvaise passe actuelle aura peut-être au moins cette vertu: décrisper un peu les discours économiques au pays jadis donneur de leçons. Par Lorraine MILLOT |