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Rendus de monnaie inexacts ou appoint exigé :
Les distributeurs boivent la tasse

Les automates ont mal à l'euro. Depuis l'introduction des pièces et des billets dans la nouvelle devise, rien ne va plus du côté des distributeurs de café, sandwichs et autres barres chocolatées. Ici les monnayeurs s'emmêlent dans les rendus de monnaie, ailleurs les machines réclament obstinément l'appoint, d'autres, nostalgiques, continuent à exiger du franc.

Pour Bruno Benveniste, gérant de BSA, qui exploite un petit parc de 120 machines, la faute revient principalement aux experts: «Ils avaient prévu que les gens allaient épuiser leurs francs dans les distributeurs et que cela allait prendre un peu de temps.» Du coup, le passage des automates à l'euro a été étalé sur le mois de janvier. Sauf que «le vent a tourné beaucoup plus vite que prévu» et que les gens se sont très vite débarrassés des francs. Heureusement, le gérant de BSA avait anticipé. Dès le 2 janvier, il fait son petit sondage et découvre que «70 à 80 % de [ses] clients ont les poches pleines d'euros». Il met tout le monde sur le pont et, quelques jours plus tard, toutes ses machines conversent avec la nouvelle monnaie.

Ennuis. Scénario tout à fait différent chez SLG, à la tête d'un parc de 1 600 machines. «Nous avons programmé le passage sur l'ensemble du mois de janvier, explique Jean-François Fusil, directeur des ventes. Nous ne pouvions pas faire autrement.» Impossible d'aller plus vite: il faut au bas mot une demi-heure d'intervention par machine. Et le travail doit être soigné. Parce qu'autrement, les ennuis sont assurés. Comme à Libération. Vous glissez une pièce d'un euro dans une machine, celle-ci vous rend des francs, et de préférence n'importe comment. Ou encore: on vous demande de faire l'appoint pour un yaourt à un euro, vous glissez la pièce et il ne se passe rien. Autre dysfonctionnement: vous mettez un euro, puis deux, puis trois, comme dans un puits sans fond. Sans résultat.

Les spécialistes fournissent toutes sortes d'explications. Quand on règle un monnayeur pour le passer en euros, il faut effacer ses mémoires ­ on dit «biberonner» ­ et, ensuite, reprogrammer dans la nouvelle devise. Une erreur, et les prix peuvent être multipliés par dix. Parfois l'inverse: «Si vous vous trompez, raconte Jean-François Fusil, et qu'au lieu de 5 euros vous programmez 50 centimes d'euro, on vous vide la machine en un tour de main. Ça nous est déjà arrivé...» Autre programmation délicate, celle du montant maximum que la machine est censée recevoir: s'il y a maldonne, le monnayeur s'emballe. Dernier écueil, sans doute le plus épineux pour les gestionnaires, l'insuffisance des pièces en euros. SLG témoigne: «En septembre, nous avions commandé 200 000 pièces d'euros, en 50, 20, 10 et 5 centimes. Jusqu'à aujourd'hui, nous n'avons été livrés qu'à hauteur de la moitié de ce que nous avions réclamé.» Les banques bottent en touche, invoquant l'engorgement côté des transporteurs de fonds. Et voilà pourquoi les distributeurs demandent obstinément de faire l'appoint. Car tant que les monnayeurs ne sont pas remplis jusqu'à la gueule de petites pièces, la machine est programmée pour n'accepter de servir que les seuls clients qui la nourrissent en menue monnaie!

Recul. L'eurobilan est tout sauf grisant. SLG prévoit un recul de 30 % de son chiffre d'affaires en janvier... Et le passage à la monnaie unique lui a coûté au bas mot 690 euros (4 500 francs) par automate, rien que pour changer le monnayeur. BSA considère, lui, que l'opération euro aura rogné 25 % de son revenu de janvier. Le client ne s'étonnera donc pas de l'augmentation du prix du petit noir en janvier (lire ci-contre). D'autant, insistent les gestionnaires, que les fournisseurs ne se sont pas gênés pour relever, en août dernier, le prix des denrées, du café en grain aux cannettes.

Par Catherine MAUSSION Le samedi 19 janvier 2002 - l'article d'origine