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Marchés publics: petits arrangements entre prévenus

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PARIS (AP) - Les fonds secrets ont bon dos. Soupçonné par la justice d'avoir reçu deux millions de FF (300.000 euros) en 1995 pour voter le budget du conseil régional d'Ile-de-France, l'ancien élu écologiste François Donzel a soutenu lundi devant le tribunal correctionnel de Paris que cet argent provenait en réalité des fonds secrets de Matignon.

Cet ouvrier du livre, à l'époque président du mouvement Alliance pour l'écologie et la démocratie (AED) à la région, a affirmé avoir été contacté fin 1994 par les balladuriens pour qu'il soutienne la campagne présidentielle du Premier ministre de l'époque. "Brice Lalonde était trop chiraquien, les Verts trop sectaires", a-t-il expliqué.

"J'ai dit qu'on soutenait M. Jospin pour la présidentielle, mais pour les municipales, pourquoi pas", a-t-il ajouté. Cette promesse faite, Nicolas Bazire, directeur de cabinet d'Edouard Balladur, lui aurait promis de l'aider. Et début 1995, le président du conseil régional et ministre du Travail, Michel Giraud, lui aurait remis deux fois des enveloppes pour un total de deux millions de FF.

Le président, Jean-Louis Kantor, visiblement sceptique, a rappelé les dépositions de M. Bazire qui a déclaré: "Je me vois difficilement remettre des fonds secrets à un inconnu, dont je ne connais pas le parti, qui ne soutenait pas le candidat Balladur". Il jugeait par ailleurs la somme "extravagante".

Mais François Donzel a réponse a tout. Après avoir soutenu à l'instruction qu'il avait fait imprimer des tracts pour 40.000 FF, puis versé le reste de la somme à des dissidents cubains, il s'est interrogé lundi sur l'honorabilité de l'entourage de M. Balladur qui a "toujours nié avoir remis des fonds spéciaux".

Un point sur lequel il a obtenu le soutien de Michel Giraud. Suspecté par l'accusation d'avoir utilisé une partie des fonds détournés en marge des marchés publics de la région pour acheter les voix de M. Donzel et de ses proches, il a assuré qu'entre les deux hommes "il n'a jamais été question du vote des écologistes au budget".

Il a raconté comment l'entourage d'Edouard Balladur lui avait remis à deux reprises des "enveloppes Kraft agrafées" pour qu'il les remette à M. Donzel. "Je n'avais jamais accompli de mission de ce type", a assuré l'ancien ministre indigné par ce "rôle de petit télégraphiste".

A l'éclatement de l'affaire en 1997, il s'en serait ouvert à M. Balladur. "Et à surprise, surprise et demie", a insisté M. Giraud selon lequel l'ancien Premier ministre aurait été dupé par son entourage et jamais averti de ces versements. AP.

 

Giraud et Bérégovoy accusés au procès des marchés franciliens

PARIS (Reuters) - Un ancien élu écologiste au Conseil régional d'Ile-de-France a affirmé devant le tribunal de Paris avoir reçu plusieurs millions de francs en espèces, au début des années 1990, de la part de l'ancien Premier ministre socialiste Pierre Bérégovoy et du RPR Michel Giraud.

A la 18e audience du procès des marchés publics d'Ile-de-France, François Donzel, 60 ans, a précisé que la gauche comme la droite voulaient, à des fins électorales, financer les partis dissidents qu'il avait créés ou projeté de créer dans la mouvance écologiste.

Selon le dossier d'instruction, Michel Giraud, qui était alors président RPR du Conseil régional d'Ile-de-France et ministre du Travail, a personnellement remis en 1995 deux millions de francs à l'élu écologiste.

Jugé pour corruption, Michel Giraud, 75 ans, a reconnu ces faits lors d'une audience précédente, affirmant que l'argent provenait des "fonds spéciaux" de Matignon et qu'il avait agi à la demande du chef de cabinet du Premier ministre de l'époque, Edouard Balladur.

"Je l'ai fait sans aucun sentiment de culpabilité", a-t-il dit.

Mais d'anciens collaborateurs d'Edouard Balladur, lors de l'instruction, ont démenti cette version, soulignant que Matignon n'avait aucun intérêt à financer le parti de François Donzel, l'AED (Alliance pour l'écologie et la démocratie), groupe dissident de Génération écologie créé en 1993.

Selon l'accusation, Michel Giraud a en fait utilisé des fonds de corruption versés par les entreprises de BTP en échange de l'attribution de marchés de construction de lycées, pour "acheter" les voix d'AED au Conseil régional et favoriser l'adoption du budget de la région.

A la barre, François Donzel a raconté avoir également rencontré deux fois, à l'été et à l'automne 1992, le Premier ministre socialiste Pierre Bérégovoy qui cherchait à ménager des appuis écologistes à la gauche pour les législatives du printemps suivant.

Un ex-conseiller de Pierre Bérégovoy a reconnu à l'instruction, dans une déclaration lue à l'audience, que 600.000 francs en espèces provenant des "fonds spéciaux" de Matignon avaient été remis à François Donzel sur ordre du Premier ministre.

François Donzel, à la barre, a précisé que c'était en fait "un million de francs pour lui et un million de francs pour chacun des deux autres responsables de (son) parti".

Pierre Bérégovoy s'est suicidé le 1er mai 1993.

Selon des documents lus à l'audience, l'élu écologiste a aussi bénéficié d'un emploi fictif à Elf en 1993, pour 53.000 francs par mois, qu'il cumulait avec un emploi de correcteur au journal L'Equipe, payé 25.000 francs par mois.

A la barre, François Donzel a assuré avoir réellement travaillé comme "conseiller politique" d'Alfred Sirven, alors directeur des affaires générales d'Elf.

L'enquête a établi enfin que François Donzel avait effectué deux dépôts d'un total de 2,7 millions de francs en espèces sur ses comptes personnels en 1992 et 1993.

L'accusation soupçonne cette fois une autre remise de fonds de corruption du Conseil régional en provenance du BTP, car l'élu écologiste venait d'être nommé à la commission d'appel d'offres.

 

 

 

 

 

 

.. AP