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Référendum sur la Turquie: réactions mitigées à l'initiative de Chirac




PARIS (AFP) - La proposition de Jacques Chirac de réviser la Constitution pour garantir aux Français la tenue d'un référendum sur l'adhésion de la Turquie dans l'Union européenne a suscité des réactions mitigées parmi les opposants comme parmi les partisans de cette entrée.

Le président du groupe UMP à l'Assemblée, Bernard Accoyer, s'est félicité de cette initiative. Il a fait valoir que le "choix" du chef de l'Etat était "celui d'un européen convaincu, attentif à associer le peuple français au plus près de la construction européenne".

Nicolas Sarkozy, ministre de l'Economie et futur président de l'UMP, avait été le premier à évoquer le recours à un référendum sur l'adhésion de la Turquie à l'UE, afin de découpler la question de cet élargissement de celle de la ratification de la Constitution européenne.

La député Nadine Morano (UMP, Meurthe-et-Moselle) estime dans un communiqué que cela "permet de lever l'ambiguité qui pesait sur le référendum d'adoption de la constitution européenne que certains voulaient, à tort transformer en référendum pour ou contre l'arrivée turque. Ainsi, il existait un risque sérieux d'aboutir à un vote négatif de nos compatriotes".

En revanche, le président de l'UDF, François Bayrou, partisan du oui à la Constitution européenne mais opposé à l'entrée de la Turquie en Europe, a affirmé que "l'annonce d'un référendum pour dans dix ans est une manière de duper les Français".

Selon lui, "pour servir à quelque chose, le vote des Français ou celui du Parlement (sur la Turquie) doit avoir lieu avant la décision" du Conseil européen d'entamer ou non les discussions avec Ankara, le 17 décembre.

"Comment penser qu'après des années de négociations, d'exigences, de concessions réciproques, on demande au peuple français de dire non, alors que ses dirigeants n'auront pas osé le faire quand il était encore temps ?", ajoute M. Bayrou.

Laurent Fabius, numéro deux du PS, partisan du non sur la constitution européenne, a ironisé sur "une consultation dans quinze ans", ajoutant "ce n'est pas sérieux".

Opposé à la constitution européenne et à l'entrée de la Turquie en Europe, le président du Front National, Jean-Marie Le Pen, a souligné que "Chirac (voulait) à toute force que la France ratifie la Constitution" dans un communiqué.

M. Le Pen a réaffirmé qu'"en disant non au référendum sur la Constitution européenne, les Français diront non aussi à l'entrée de la Turquie".

De même, le souverainiste Philippe de Villiers a estimé que "la proposition faite par Jacques Chirac d'un référendum sur la Turquie aux calendes grecques est un faux semblant et un écran de fumée".

M. de Villiers appelle "tous les Français qui veulent bloquer l'entrée de la Turquie à voter non au référendum sur la Constitution".

Le porte-parole du PS, Julien Dray, partisan du oui à la Constitution européenne, a pris "acte" de la proposition de Jacques Chirac.

Relevant que M. Chirac avait estimé que la garantie d'un référendum pour tout nouveau membre ne devrait pas concerner la Roumanie, la Bulgarie et la Croatie, M. Dray a souligné qu'il "ne peut y avoir de référendum concernant strictement l'entrée de la Turquie dans l'UE".

Le parti communiste a quant à lui dénoncé une manoeuvre. "Comment justifier cette précipitation, alors que la question ne se posera au mieux que dans dix ou quinze ans?", s'interroge-t-il. L'objectif de ce débat "serait-il de ranimer les peurs et les divisions pour mieux faire oublier la constitution ultra-libérale de Giscard?".