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(AFP/JACK GUEZ.)
LA « jurisprudence Balladur », qui rendait incompatible la
fonction de ministre avec le statut de « mis en examen » dans
un dossier financier, est bel et bien enterrée. Bernard Tapie sous
Pierre Bérégovoy, Alain Carignon, Gérard Longuet
et Michel Roussin sous Edouard Balladur et, enfin, Dominique Strauss-Kahn
sous Lionel Jospin avaient démissionné pour cause de mise
en examen dans des dossiers politico-financiers.
Sous Raffarin, ils seraient restés. Même si, cette fois-ci,
le cas de figure est un peu différent, puisque Renaud Donnedieu
de Vabres a été nommé ministre alors qu'il était
déjà mis en examen : la nouvelle « jurisprudence Raffarin
» privilégie désormais la règle de la «
présomption d'innocence ». Le nouveau Premier ministre accepte
donc que son ministre des Affaires européennes soit mis en examen
pour « blanchiment d'argent » et « infraction à
la législation sur le financement des partis politiques ».
Donnedieu de Vabres reste au gouvernement Hier matin,
après un jour d'hésitation, où, selon nos informations,
Matignon a quand même envisagé de demander la démission
de Donnedieu, la décision définitive est tombée à
la sortie du Conseil des ministres. Le porte-parole du gouvernement a
réaffirmé l'attachement du Premier ministre au principe
de la « présomption d'innocence ».
Renaud Donnedieu de Vabres, dont le cas sera plaidé le 19 mai prochain
devant la Cour de cassation, a donc sauvé son fauteuil (nos éditions
d'hier). Vieilles de près de quatre ans, ses deux mises en examen
sont liées au dossier du Fondo, une petite banque italienne suspecte
aux yeux de la justice d'avoir blanchi des fonds en espèces en
provenance du Parti républicain. Dans ce dossier, la juge d'instruction
Laurence Vichnievsky soupçonne François Léotard et
Renaud Donnedieu de Vabres d'avoir « blanchi » une somme de
5 millions de francs (762 245 €) en liquide dans le but d'acheter
l'ancien siège du PR. « Fonds secrets », disent les
deux hommes, mais la justice n'a pas encore pu trancher et le dossier,
pour cause de vice de procédure soulevé par les mis en examen,
est toujours devant la Cour de cassation. « Je n'ai rien à
me reprocher », a réaffirmé hier sur France 3 le nouveau
ministre des Affaires européennes. Reste une question. En nommant
le double mis en examen Donnedieu de Vabres, Jean-Pierre Raffarin et Jacques
Chirac savaient-ils qu'ils créaient un précédent
? Plusieurs sources gouvernementales depuis deux jours assurent qu'il
s'agit d'un « oubli », et d'une « bourde ». «
Donnedieu a été nommé suite au refus de Nicole Fontaine
d'accepter ce poste, cela s'est passé vite », glissent plusieurs
« communicants » du gouvernement.
Or, selon nos informations, Renaud Donnedieu de Vabres
a au contraire fait état de son statut de « mis en examen
» avec le Premier ministre, avant sa nomination, et il a été
décidé, compte tenu de l'ancienneté des faits, de
passer outre, sans anticiper la levée de bouclier, lundi, de Vincent
Peillon, le porte-parole du PS. « Donnedieu est quelqu'un de loyal,
si on lui avait demandé, il aurait démissionné sans
broncher », assure un de ses proches.
Autre élément plaidant pour une bonne connaissance du sujet
par le Premier ministre : Jean-Pierre Raffarin était membre du
bureau politique de Démocratie libérale en 1998 quand le
parti d'Alain Madelin a déposé plainte dans l'affaire du
Fondo, contre les léotardiens. A l'époque, le sujet avait
provoqué de vifs échanges entre les deux camps.
MATIGNON, HIER MATIN. A l'issue du Conseil des ministres,
Renaud Donnedieu de Vabres a finalement été confirmé
à son poste de ministre des Affaires européennes, malgré
ses mises en examen.
Laurent Valdiguié
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