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Le dossier fiscal de Gaymard délogé

Il a été volé avant le scandale entraînant sa démission

 

Par Eric AESCHIMANN et Fabrice TASSEL

mardi 08 mars 2005 (Liberation - 06:00)




Les suites de l'affaire Gaymard prennent une allure autant bizarre qu'étrange. Et ce n'est pas seulement un problème de logement. Cela devient une histoire de bureau mal fermé.

Dès dimanche, l'Express révélait que le dossier comprenant la déclaration de revenus de l'ex-ministre de l'Economie, poussé à la démission il y a dix jours par les révélations sur son appartement de 600 m2, a été dérobé. Avec quatre autres dossiers, volés dans les bureaux de la direction des services fiscaux de Paris-Sud, place Saint-Sulpice, à Paris. Hier, l'hebdomadaire, via son site en ligne, assurait que ces dossiers sont ceux de Claude Chirac, fille du chef de l'Etat, et des ex-Premiers ministres socialistes Laurent Fabius et Lionel Jospin. Parmi les déclarations dérobées figure aussi celle de la ministre des Affaires européennes, Claudie Haigneré. Samedi, Thierry Breton, le nouveau ministre des Finances, a porté plainte contre X pour «vols de documents administratifs».

La date du fric-frac n'est pas connue avec précision. Dans un communiqué, Thierry Breton précise que la direction des impôts a prévenu Hervé Gaymard de la disparition des documents le 4 février. Le ministre a diligenté une enquête administrative, dont les conclusions ont été remises le 1er mars à son successeur, qui a donc décidé de porter plainte et a demandé à ses services «des propositions pour renforcer la sécurité et la confidentialité des documents fiscaux». Depuis la publication, en 1989, de la feuille d'impôt de Jacques Calvet par le Canard enchaîné, il est de tradition que les déclarations «sensibles» ­ celles des hommes politiques, PDG ou personnalités du show-biz ­ restent dans le coffre des chefs des directions locales du fisc. C'était visiblement le cas des cinq déclarations en question.

Certains suggèrent que le vol de la place Saint-Sulpice pourrait expliquer pourquoi la presse a appris tant de choses sur le patrimoine immobilier de Gaymard. Problème : aucune des informations (le montant du loyer, le métrage de l'appartement, le coût des travaux, etc.) données en dix jours de polémique n'avait de rapport avec la situation fiscale du ministre. Quand au montant de son ISF, c'est le cabinet du ministre qui l'avait communiqué à Libération. On peut seulement noter que la date du 4 février se situe trois jours après que l'information sur l'appartement du ministre a filtré une première fois, dans un «confidentiel» de RTL, le 1er février. A l'époque, l'information était passée inaperçue du grand public, pas du milieu politique ­ d'ailleurs, alerté, l'Elysée s'était alarmé des conséquences possibles. Quelqu'un, sentant venir la tempête, a-t-il voulu disposer de munitions ? A quelles fins ?

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