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«La désinvolture de Chirac»
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Par John HENLEY Le lundi 08 avril 2002 Hôtels. Depuis quatre ans et demi que je suis en poste à Paris, j'ai beaucoup écrit sur les affaires de Jacques Chirac. Sur les emplois fictifs accordés à des militants RPR de la Mairie de Paris, ou l'énorme arnaque des pots-de-vin versés pour décrocher les marchés publics dans les HLM et les lycées. J'ai fait les contrats bidon de la Sempap, les listes électorales pas vraiment «casher» de certains arrondissements de la capitale, les millions dépensés (en cash, toujours) pour des billets d'avion et des chambres d'hôtels dans d'exotiques et lointaines destinations. J'ai couvert la cassette Méry, le retour de Schuller, les problèmes d'Halphen, la campagne de Montebourg. Et dans beaucoup de ces articles, je me souviens avoir écrit une phrase du genre : pour Chirac, impliqué dans plusieurs autres scandales de corruption, ces dernières révélations risquent de compromettre sa course à la réélection. Sujet tabou. Je ne l'écris plus aujourd'hui, bien sûr, car c'est faux. Les affaires de Chirac (ou plutôt leur possible rapport avec sa candidature à la présidence de la République) sont brutalement devenues un sujet tabou pour l'ensemble de la classe politique et la plupart des médias. C'est une des choses que j'ai du mal à comprendre. Un sujet qui, à peu près partout ailleurs, serait au coeur de la campagne, un sujet qui DEVRAIT normalement être central dans cette élection l'intégrité morale de l'un des principaux candidats est simplement ignoré. C'est tout. Point final. Je peux plus ou moins comprendre la gauche : elle aussi a des cadavres dans ses placards et craint que les attaques personnelles ne lui fassent pas gagner de voix. Mais pouvez-vous seulement imaginer comment les tabloïds britanniques, ou même mon journal (qui a ruiné plus d'une carrière politique), se délecteraient d'une fausse facture de 15 000 francs de truffes et de foie gras ? Nous sommes ici face à deux conceptions fondamentalement différentes des responsabilités que suppose une fonction publique. Je déteste paraître insupportablement britannique, mais, dans le pays d'où je viens, un homme contre lequel s'accumule une telle montagne de soupçons n'est pas jugé à même de briguer un poste public. Démission. Et en Finlande, où j'étais en poste avant d'arriver en France, une ministre a démissionné parce qu'elle avait commis l'impardonnable : payer avec sa carte bleue de fonction un paquet de couches et une tablette de chocolat pour son fils. J'ignore si Chirac est coupable ou non. Mais l'éternelle désinvolture de ses dénégations «en bloc» me semble une insulte à l'électorat français. Et l'absence, dans cette campagne, du moindre débat sur la légitimité de sa candidature une insulte pire encore. Mais selon les sondages, il y a 48 à 52 % des Français qui ne voient pas les choses comme ça. Voilà ce que je n'arrive vraiment pas à comprendre.
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