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IDENTITÉ ! |
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Ils sont d'accords, bien entendu, sur une volonté de vivre ensemble et sur des valeurs communes : la démocratie, le respect de l'autre, l'égalité.... tout ce que l'on trouve au fronton des mairies et dans les déclarations des politiques. Ils sont surtout d'accord sur des codes de comportements
sociaux qui leurs sont devenus si naturels que la question ne se pose
même pas : faire autrement est im-pensable. Exemple : utiliser un
linceul rouge pour enterrer un défunt. Mettre sur le maître
autel d'une église une statue d'un vieillard barbu avec "Dieu
le Père" en exergue : im-pensables! Une société se définit par des codes sociaux de comportement individuels et par des codes de comportements collectifs qui servent à lier les gens entre eux au sein du groupe. Plus importants sont ces codes, moins ils sont écrits et plus ils sont inconscients - en tout cas " non conceptualisés ". Certains de ces codes sociaux concernent la forme de la famille, d'autres la religion, d'autres encore les rituels et les fêtes. Nous avons déjà perdu la majeure partie de ces codes : ils sont entrés pour la plus grande partie, en s'affaiblissant, dans le domaine de la loi écrite. Avant ces codes sociaux normatifs, il y a deux codes primordiaux qui précèdent les autres dans l'ordre chronologique et dans l'ordre d'importance : le langage et le mode commun d'échange de la valeur : la Monnaie. Une société humaine sans langage commun
n'est pas un groupe humain mais une S.A.R.L. Les échanges ne peuvent
se faire que sur le seul autre mode de communication : la Monnaie. La définition première d'une monnaie est un " objet artificiel multiple marqué par une autorité qui en décide et garantit la valeur ". Ceci était techniquement redondant au temps où la Monnaie était de métaux précieux et devient crucial lorsqu'elle n'est plus, comme de nos jours, qu'en papier : deux hommes ne sont du même groupe que si chacun accepte d'échanger avec l'autre son labeur contre une Monnaie reconnue par les deux parties. Une société sans Monnaie peut exister et elles sont nombreuses : ce sont les sociétés "primitives" et les théocraties strictes. En effet, les exemples historiques abondent de sociétés ayant atteint un très haut degré de civilisation sans avoir inventé la monnaie (Égyptiens, Incas, Aztèques.....). Leur point commun est une pyramide politique où la Valeur se confond avec l'Etre suprême. Le cas de l'Egypte est le mieux connu, les Romains et les Grecs ayant été moins destructeurs que les conquistadores : l'Egypte appartient à Pharaon qui délègue le droit d'usage des terres et des biens à des temples, des serviteurs de l'Etat, des communautés villageoises mais la Propriété lui reste entière, à lui le dieu. La Monnaie apparaît, comme la Démocratie, avec le concept d'individu : par les Grecs. Il y a deux mille sept cent ans. Notre lien à la Monnaie, donc à notre monnaie,
le Franc, ancré si profondément, depuis si longtemps, à
notre idée de nous-mêmes comme individus, symbole et garantie
de ce statut, peut-il être manipulé si audacieusement sans
réactions instinctives de défense? Nous allons, dès l'introduction dans le public des pièces et des billets en euros, vers des mouvements sociaux, exutoires de l'angoisse et de la frustration, dont Mai 68 ne donne qu'une faible idée.
Michel Prieur |