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Mauvais départ pour l'euro en Italie

ROME, 30 nov (AFP) - Le lancement de la monnaie européenne commence mal en Italie, avec un report de la pré-distribution des euros aux grands magasins à cause de l'amende colossale prévue par la banque d'Italie en cas de vol ou de perte d'un seul billet d'ici au 1er janvier 2002.

Le secrétaire général du comité euro, Giancarlo Buffalo, a confirmé vendredi le report de cette gigantesque opération qui devait commencer samedi et mobiliser des milliers de policiers. Le commissaire européen chargé des Affaires économiques et financières, Pedro Solbes, est intervenu pour tenter de trouver une solution.

La banque d'Italie a fait très fort, en annonçant une amende de 25.000 euros pour chaque vol ou perte, plus 3.000 euros par billet perdu ou volé. La mesure a provoqué un tollé de protestation et les dirigeants des grands magasins, des grandes surfaces et des chaînes de distribution de la péninsule ont décidé de ne pas se faire approvisionner en euros tant que la Banque ne sera pas revenue sur cette pénalité. "Pour l'instant, c'est notre position. Mais nous sommes prêts à en changer s'il y a du nouveau", a déclaré le vice-président de l'Inicod (syndicat de la grande distribution) Riccardo Francioni. "Nous avons écrit à la banque d'Italie pour lui demander de trouver un bon équilibre entre les impératifs de sécurité qui sont nécessaires et l'exigence d'un approvisionnement préalable à l'entrée en vigueur de l'euro", a indiqué Pedro Solbes.

La Banque d'Italie a assuré la Commission européenne qu'elle saurait faire preuve de souplesse et qu'elle analyserait au cas par cas, mais sans revenir sur le montant de l'amende prévue, l'un des plus lourds de l'euroland.

La situation était donc toujours bloquée à la veille du lancement de "la phase quatre" de l'euro, et si aucune solution n'intervient rapidement, le lancement de l'euro sera raté en Italie, car les commerçants ne pourront rendre la monnaie à leurs clients le 1er janvier 2002.

Le pré-approvisionnement des grands magasins devait commencer le samedi 1er décembre et celui des petits commerces à partir du 15 décembre, jour du lancement des kits en euro pour les particuliers. "Je ne crois pas que ce retard représente quelque chose de dramatique pour le programme global", a estimé M. Del Bufalo. "Même si les grandes surfaces ne prenaient les billets que dans les derniers jours de décembre, il pourra y avoir au maximum un peu de retard dans le passage de la lire vers l'euro", a-t-il souligné.

Mais il pose un problème au ministère de l'Interieur italien. Des mesures de sécurité très importantes ont été prévues pour escorter les fourgons blindés chargés de la pré-distribution des premiers billets en euro, des coupures de 5, 10 et 20 euros. Les chargements exceptionnels, supérieurs à 3 milliards de lires (1,5 millions d'euros) doivent en effet être escortés par deux véhicules de police, avec une surveillance par hélicoptère. Le trafic devra en outre être momentanément interrompu pendant la livraison, opération qui ne devra pas excéder 15 minutes. "Le risque d'attaque est très élevé" pendant ces opérations, a reconnu un responsable du ministère de l'intérieur, Carlo Morselli.

L'euro intéresse les braqueurs. Trois hold-up ont déjà eu lieu en Italie. Le premier, fin septembre, contre un dépôt de la Poste à Bari (sud) où ont été volés 5.000 euros en pièces. Deux autres, en novembre, ont visé une banque à Rome avec un butin de 250.000 euros et un bureau de poste à Calcinato, dans la région de Brescia (nord), pour dérober 7.000 euros.