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PAS DE PRÉCÉDENT HISTORIQUE

 

 

 


Toutes les grandes unions monétaires du passé se sont imposées sur des empires créés à la pointe de l'épée.
Les monnaies d'argent d'Alexandre le Grand étaient certes utilisables de la Bulgarie à l'Afghanistan mais après le passage des phalanges macédoniennes qui avaient détruits les royaumes et les empires locaux.
Les monnaies de l'empire romain vont circuler de l'Angleterre au Golfe Persique mais derrière les conquêtes des légions.
Le denier de Charlemagne circule des Pyrénées à la Saxe mais dans un Empire conquis à la pointe de l'épée.
Les dinars et dirhems arabes sont utilisés des confins de l'Irak jusqu'à l'Espagne mais sous le poids des cimeterres.

Plus près de nous, le rouble soviétique est un bel exemple d'union monétaire imposée au Kalachnikov.

Aucun exemple n'existe d'une union monétaire précédant ou indépendante d'une union politique et tous ces exemples montrent que ces unions monétaires ne différaient dans la pratique que par l'arme favorite de l'organisateur.

Il arrive que des journalistes citent, rarement, le cas de l'Union Latine qui est pourtant bien différent.
Cette union monétaire a fonctionné entre la majorité des pays d'Europe (Allemagne et Grande Bretagne exceptés) pendant une cinquantaine d'années (de 1867 à 1914). Le principe était simple : chaque unité monétaire correspondait au même poids d'or fin mais gardait son nom et ses symboles nationaux.
Chaque pièce ou billet (librement échangeable en or sans frais ni limites) pouvait donc servir, quelque soit son pays d'émission, dans tous les pays de l'Union. On pouvait payer à Bruxelles, Rome, Madrid, Paris, Genève, Tirana, Belgrade, Copenhague et autres avec la Monnaie de n'importe quel pays de l'Union.
Le fondateur de l'Union latine fut la France qui définit un poids d'or précis pour le Franc (20 francs font 5,801 grammes d'or fin, c'est le Napoléon). Cette référence fut imposée par Napoléon dans les pays conquis : Espagne, Suisse, Italie, Allemagne de l'Ouest.
La première introduction ne dura le plus souvent que le temps de la présence française mais, comme le système était simple et fiable, qu'il remplaçait de multiples systèmes très compliqués et très localisés, il fut repris une fois les convulsions du début du XIXème siècle apaisées.
La Belgique, qui acquiert son indépendance en 1831, adoptera le même système et créera le "Franc Belge".
L'Italie l'adoptera au fur et à mesure de son unification avec la "Lire". La Suisse, en 1851, se dotera d'un "Franc Suisse"avec, comme dans les autres pays, une pièce de 20 Francs suisses, qui pèsera 5,801 grammes d'or fin et sera donc au même diamètre, poids et épaisseur que ses sœurs. En 1867, soit l'égide de Napoléon III, le système regroupe désormais officiellement de nombreux pays européens. L'Union latine rencontrera des difficultés du fait du changement de cours des métaux précieux (les divisionnaires étaient en argent et le bimétallisme difficile à gérer) mais fonctionnera à la satisfaction générale et dans le respect des identités nationales jusqu'au 2 août 1914, début de la Grande Guerre civile européenne.

Les différences fondamentales avec l'Euro sont claires et nettes : l'identité de chaque nation est respectée sur les signes monétaires, chaque pays est libre de sortir de l'Union. La question, si importante aujourd'hui, des politiques budgétaires de chaque pays ne se pose pas puisque la Monnaie est en or ou échangeable en or immédiatement et sans frais. Si un ministre des Finances peut faire marcher la planche à billets pour couvrir son déficit, aucun de peut évidemment faire marcher la machine à pièces d'or....

Est-il raisonnable d'escompter une légitimité réelle d'une monnaie qui ne repose sur rien et dont aucun exemple ne peut être produit ?

Les anthropologues, les archéologues et les paléontologistes nous confirment tous que notre espèce "homo sapiens sapiens" existe à l'identique depuis une quarantaine de milliers d'années. Si un homme nouveau est né, sans réflexe identitaire et social, ce ne peut être que dans l'imagination enfiévrée d'idéologues. L'Économie et la Sociologie ne l'ont pas encore rencontré, l'euro, monnaie sans peuple, est aussi une monnaie imaginaire. Sa légitimité l'est aussi.

 

Michel Prieur
prieur@cgb.fr