RETOUR
Jean-Joseph Goux
La Cybermonnaie ou les doigts de la main invisible

. this text is part of the project New Forms for Financial Exchange

 

La puissance des nouvelles technologies médiatiques ne vient pas, on le sait, des idées qu'elles transportent, mais du changement qu'elles importent en silence dans notre vécu du monde, de la façon, dont le rapport entre les signes et les choses, les images et la réalité, les idées et les actions, la perception de soi et des autres, est modifié par elles. L'écriture alphabétique, contemporaine de l'invention de la monnaie, n'est pas seulement une représentation visuelle de la parole parlée, grâce à une batterie limitée de signes appelés lettres, mais elle permet au langage de se détacher de la voix, de la présence vivante du locuteur et de l'interlocuteur, pour acquérir une existence qui parait indépendante.

Platon a raison de se soucier de ce que devient un écrit, en l'absence de son auteur. Il craint un détachement, une coupure, une autonomisation du signe linguistique par rapport à la présence vivante du locuteur qui n'est plus, dès lors, capable de défendre et expliquer son point de vue à celui qui l'écoute, et d'ajuster son discours en fonction des qualités toujours singulières de cet auditeur. L'écriture, toujours testamentaire, offerte à tous pareillement, ouvre un autre monde que celui de la parole vive et elle a pu être vécue comme une perte.

Mais Démocrite et Épicure, de leur côté, ont fait de la combinatoire des lettres un nouveau mode, positif, de penser le monde, un nouveau modèle de vision du cosmos, qui n'est autre que la conception atomique du monde. Les mots, qui désignent une si grande variété de choses, sont tous composés des mêmes lettres, dont seul l'ordre varie. Il en est de même des atomes dont ils postulent l'existence, particules élémentaires, tous d'une nature simple, mais qui, combinés les unes aux autres, de différentes façons, créent la multitude variée et infinie des substances du monde. Avec la lettre, non plus comme risque d'aliénation, mais comme modèle de formation et d'information du cosmos, Démocrite et Épicure font le saut dans le digital.

Monnaie et écriture ont des destins parallèles. L'alphabet est le moment commerçant de l'écriture. La monnaie est le moment alphabétique de l'économie. Dans la lettre et la monnaie peut se reconnaître le même principe de réduction du multiple à l'un. Un élément unique sert de mesure ou d'expression à une multiplicité. La monnaie est l'équivalent général des marchandises, le moyen de ramener à la même valeur, l'ensemble bigarré et hétérogène des services et des biens. Le son de la voix (puis la lettre qui le représente) est l'équivalent général de tout ce qui peut se signifier dans le monde. Une batterie finie de signes (phoniques, puis graphiques) peut représenter, exprimer, traduire, l'infinie variété de la signification.

Le parallélisme entre la monnaie et le langage a des ramifications nombreuses, aussi bien structurales qu'historiques. Mais de nos jours, c'est un véritable recroisement, car l'essence informationnelle de la monnaie se révèle plus clairement à mesure que se poursuit son mouvement de dématérialisation. Il apparaît de mieux en mieux que la monnaie est langage, transmission d'une information, et non pas déplacement d'un corps matériel, gage de valeur, d'un agent qui le cède à un autre qui se l'approprie. La monnaie digitale s'inscrit dans cette histoire accélérée de la monnaie avec sa tendance à la dématérialisation. Il a fallu d'abord que cette dématérialisation soit un acquis incontournable, pour que la transmission électronique digitale soit concevable.

Avec l'apparition successive du billet de banque, (remplaçant l'espèce métallique de réserve), puis du chèque signé manuellement par l'émetteur au nom d'un bénéficiaire payé par l'intermédiaire d'une banque, puis de la carte de crédit (ou de paiement) certifiant l'identité magnétique et assurant la communication instantanée avec la banque, se déploie une histoire rapide du médium monétaire - une histoire qui fait passer du matériel au virtuel, de l'analogique au digital. La monnaie se pesait, puis elle s'est imprimée, et écrite manuellement, enfin elle se dactylotypie électroniquement. Notre mode de représentation, nos conceptions du réel, du temps, de la matérialité et de la symbolicité, de l'interaction sociale, notre rapport au politique et à nous-mêmes, ne peuvent que se trouver changés par ces praxéologies monétaires.

La notion d'une monnaie-marchandise était encore celle de tous les économistes du siècle précédent. Elle s'est effacée devant la monnaie nominale, qui a d'abord prétendu tenir sa légitimité de sa convertibilité toujours possible en métal jaune, qui faisait fonction de garantie absolue. On disait que le billet de banque représentait de l'or. C'était à l'époque d'un régime esthétique de représentation (dans le roman comme dans la peinture) que l'on exigeait avec force, comme un axiome intangible de l'économie politique la circulation de l'or lui-même, ou, à la rigueur et avec prudence, la substitution du métal précieux par des signes qui le représentaient immédiatement.

Tout se passe comme si le rapport de représentation fidèle, véridique, entre le langage et les choses, ou entre le tableau et le monde visible qu'exigeait l'esthétique réaliste, se retrouvait dans le rapport de substitution toujours possible, immédiat, rassurant entre la monnaie-or et les marchandises qu'elle peut acheter, ou entre les billets de banque et l'or qu'ils représentent, et qui indirectement, achetaient la marchandise. Chez Balzac, l'esthétique littéraire réaliste s'accompagne, dans le contenu même, d'une référence constante à l'or. Le personnage de Gobseck, par exemple, déclare que l'or est la seule chose matérielle de valeur certaine.

Il affirme qu'" il représente toutes les forces humaines ". Le langage du roman réaliste s'approprie le monde directement, et le représente, aussi certainement que la monnaie-or peut s'approprier tous les biens et représenter toutes les forces humaines.

On trouverait chez des penseurs pragmatistes comme William James ou par ailleurs Paul Valéry, des métaphores intéressantes qui attestent que le rapport du langage vrai à la réalité est pensé à partir d'un modèle économique et monétaire : de même qu'un billet de banque n'a de valeur que s'il représente de l'or, un langage vrai est celui qui est couvert par une réalité extérieure à lui. Le philosophe est menacée d'inflation s'il ignore les procédures de vérification qui fournissent et garantissent une couverture-or à son émission langagière.

Cependant en peinture comme en littérature, comme en économie, ce souci de représentation directe va bientôt éclater. À mesure que se déploie la monnaie comme système et non plus comme objet, la chose monétaire devient une combinatoire de signes renvoyant à d'autres signes, dans un renvoi indéfini de la dette où la valeur matérialisée, incorporée dans la marchandise-monnaie ou la marchandise tout court, n'est plus qu'un horizon repoussé indéfiniment. Dette de dettes, la monnaie circule sans jamais se convertir, sinon en d'autres monnaies.

L'avoir bancaire est une écriture d'écriture. Le change est plus important que l'échange. Parallèlement le capitalisme financier l'emporte en puissance sur le capitalisme industriel. Et l'économie dite virtuelle (financière, boursière, bancaire, etc.) devient plus déterminante que l'économie dite réelle (la marchandise tangible).

Très parallèlement à ce mouvement de l'économie (qui trouve son premier point de rupture au tout début du xxe siècle), la peinture et la littérature, s'affranchissent de la référence à l'objet. Le tableau ne fait plus signe vers un monde visible qui lui est extérieur, il crée un univers autonome de signes. La rupture anti-représentationnelle du cubisme et de l'art abstrait est tout à fait contemporaine de ce changement de régime du signe monétaire, qui fait passer de l'or à l'écriture, de la valeur incarnée au simple signe, de la chose au système.

Pareillement, la théorie linguistique de Saussure, au même moment, ne conçoit plus la langue comme relation directe à un référent, un rapport du mot à la chose qu'il signifie, mais comme un renvoi des mots à d'autres mots, selon un jeu différentiel des vocables que Mallarmé avait pressenti.

C'est donc le billet imprimé par la banque centrale, portant les emblèmes et la garantie de l'État, et non plus l'auguste et triomphante monnaie-or, chère à Balzac, qui circule. Mais la convertibilité de ce rectangle de papier imprimé, en métal précieux sonnant et trébuchant, est de plus en plus lâche, indirecte, partielle, voire suspendue. Le billet de banque perd peu à peu sa couverture métallique au gré des cours forcés et des inflations. Il ne représente plus directement de l'or, mais il renvoie à un ordre propre, un système de signes de valeurs conventionnels ou influencés, sur un marché
international aux changes flottants, par l'équilibre de l'offre et la demande.

Le dernier acte de ce grand mouvement qui fait entrer toute l'économie mondiale dans l'inconvertibilité, moment inouï, dont on mesure encore mal les conséquences et la signification historique, a été la décision prise par Nixon en 1971 de suspendre définitivement toute convertibilité du dollar en or, alors que jusqu'à cette date, les monnaies internationales même inconvertibles elles-mêmes, restaient convertibles indirectement par leur conversion possible en dollars.
Cette décision est remarquable.

C'est une décision sémiotique, une révolution dans la notion de signe ou d'écriture, ou dans le rapport de subordination habituelle de la symbolicité à la réalité. On ne peut pas dire que l'inconvertibilité complète du signe monétaire était une condition nécessaire de la monnaie électronique, mais elle appartient bien au même mouvement historique de dématérialisation extrême, ou de fiduciarisation presqu'achevée qui fait de la monnaie non plus une chose thésaurisable, non plus un corps, le corps du métal précieux, ou même le corps-signe du support de papier, mais la simple marque d'un crédit, l'inscription transitoire d'une dette à payer (éventuellement par d'autres inscriptions).

N'est-ce pas la notion de représentation qui se trouve pratiquement mise en cause dans la décision audacieuse de suspendre la convertibilité du dollar, lui qui restait, par l'encaisse-or accumulée à Fort Knox et ailleurs, le seul ancrage de la circulation des purs signes monétaires ? Le discours économique n'a pas manqué d'enregistrer l'ampleur de cette rupture, même si les conséquences métaphysiques, ou esthétiques, aussi bien qu'économiques n'ont pas été mesurées.

Ainsi Jean Denizet déclare carrément à propos du 15 août 1971 : « C'est l'une des dates historiques les plus importantes, non seulement de l'après-guerre, mais de l'histoire économique de l'humanité ».
C'est, dit-il encore, la « fiduciarisation monétaire de l'humanité ».

On perçoit dans les arguments techniques qui rendent compte de cette décision extraordinaire, une déroute de la logique des substituts qui atteste bien l'enjeu considérable sans toutefois en éclairer toute l'épaisseur imaginaire.

Alors que le billet de banque de un dollar (où se voit les insignes de l'État américain, et la figure du père fondateur, Washington) avait été conçu au départ comme représentant une certaine quantité d'or, et donc comme un substitut provisoire de l'or, un signe en attente de sa conversion toujours possible en métal précieux, les rapports entre l'or et son signe officiel sont renversés. Comment ce renversement est-il possible ? L'argument est le suivant : longtemps avant la décision stupéfiante d'inconvertibilité, la vraie monnaie internationale désignée par les choix du public, par la demande effective, par la thésaurisation, ce n'était plus l'or, mais le dollar. Ce signe-dollar dont Andy Warhol faisait l'icône répétitif de ses tableaux, dès le début des années soixante.

C'est le dollar et non plus l'or, jugeaient certains économistes américains de l'école de Stanford , qui est non seulement la monnaie-étalon universelle, mais la vraie monnaie de réserve. Ainsi non seulement le dollar vaut de l'or, par sa stabilité et son cours, mais « l'or n'est qu'un substitut du dollar ». La décision d'inconvertibilité ne ferait donc qu'entériner un paradoxe énorme déjà opérant. Ce n'est plus le dollar qui est garanti par l'or, c'est à présent la valeur de l'or qui est garantie par l'existence du dollar.

Moment de rupture et de renversement inouïs qui pourrait servir de date précise, et en toute rigueur, pour repérer le début de la postmodernité. Une imagination nouvelle de la monnaie, délestée de toute matérialité, réduite à l'institution d'un signe, peut s'engouffrer dans cette rupture.

L'écriture et le jeton ne sont plus que des moyens transitoires et imparfaits de circulation de la valeur économique, des substituts en attente d'un recouvrement, d'une réappropriation par la réalité solide du métal jaune, qui seul aurait une valeur intrinsèque ou stable. L'écriture monétaire n'est pas un remplacement, un représentant de quelque chose d'autre qui en garantit la valeur, elle est cette valeur même.

Tout se passe comme si la garantie s'était déplacée d'un cran vers l'immatériel. Traditionnellement, l'or garantissait la valeur du billet de banque qui garantissant à son tour l'écriture manuelle du chèque ou les signes électroniques de la carte de crédit ou de paiement. À présent c'est le dollar de papier, imprimé par la banque Fédérale américaine qui est le trésor lui-même, la couverture du jeu des signes bancaires.
Les signes bancaires, manuels ou électroniques, renvoient donc à d'autres signes, qui les garantissent. Le signe et non la chose, est le trésor, la couverture.

À quoi correspondrait dans les domaines de l'art, de la littérature et de la pensée, ce point de rupture et de renversement qui intervient dans l'histoire de la symbolicité économique ?

À la prééminence extraordinaire accordée au langage comme modèle et référence dernière : un langage autonomisé, un langage (ou plutôt une écriture) formant à lui seul un ordre symbolique plus réel que la réalité. Le renversement opéré par l'équipe des économistes de Nixon, est le correspondant économique strict des théories de l'écriture et du signifiant de Lacan et de Derrida, formulées pendant les années soixante : ordre symbolique, autonomisation du signifiant,
prééminence de l'écriture sur la présence et le référent, sur la donation immédiate d'un réel, renvoi des signes aux signes dans un mouvement indéfini de report et de différé.

Mais s'exprime aussi vers cette époque de l'inconvertibilité déclarée, le souci des connexions multiples et ouvertes entre sens et réalité qui anime l'art conceptuel et autres performances du début des années soixante-dix, et qui brisent le cadre du tableau.
Ce n'est plus, cette fois, une surface étroite et définie de perception, mais un champ indéfini d'opérations qui importe.
Comme si l'on passait de l'image visible du billet de banque, icône de la valeur, avec son support de papier, au jeu bancaire et financier, et à ses interrelations, ses transactions, qui opèrent activement sur les valeurs dans le temps mobile, sans jamais s'arrêter sur du thésaurisable.
Dans ce passage se constitue un nouveau sujet. Il n'est pas fixé en un point de vision ontemplative, serait-il déconstruit par le non-figuratif, mais il se fait agent, opérateur interactif dans un champs de transactions. Le passage entre la notion représentationnelle de la monnaie (qu'elle soit métallique ou de papier) et la notion opérative de la monnaie, comme signe pratique et transitoire sans réfèrent ultime et non-thésaurisable, se retrouve dans cette sensibilité artistique. À une conception commerçante du signe, qui en fait toujours l'enjeu d'un échange, d'un remplacement, d'une substitution dont un objet réel de valeur (marchandise ou espèces) est l'horizon ultime, succède une conception bancaire et financière du signe qui est un ordre d'opération dans un champs immatériel, un champ global où par ailleurs, l'économie dite virtuelle prédomine de plus en plus, par son volume et son pouvoir d'initiative, sur l'économie dite réelle.

C'est dans cette conjoncture qu'émerge la monnaie digitale. La périodisation est claire. Si l'avènement de la monnaie circulante, frappée par l'État, correspond au commencement de l'univers
alphabétique, si le billet de banque (lui aussi émis par l'État qui en garantit la couverture), ne peut se développer que comme le couronnement de l'âge de l'imprimerie, si l'usage généralisé du
chèque indique un nouveau pouvoir des banques dans la gestion des réserves monétaires et du crédit (donc de la création de monnaie), la cybermonnaie devient le médium évident de l'âge de l'ordinateur et de la transmission électronique, instantanée, des informations digitalisées.
On aurait donc, dans l'histoire du médium monétaire, un passage du corporel à l'analogique et de l'analogique au digital. Dans ce mouvement la médiation étatique changerait de statut. L'État n'aurait pas à produire de la monnaie de circulation (la place des billets de banque s'amenuise, on peut déjà, presque, s'en passer), mais peut-être seulement à sauvegarder (comment ?), une dénomination, une griffe, une marque, un logo, un titre : l'unité de mesure monétaire.

Vertige du virtuel. Angoisse de l'inconvertibilité, effroi de la convention pure, - avec des signes dont la valeur ne dépend de rien d'autre que de la croyance partagée que l'on a en leur valeur. Pyramide des confiances entrecroisées, château de cartes (à puces) des crédits réciproques. Mais en va-t-il autrement du sens véhiculé par le langage ? La structure fiduciaire de tout réseau
interpersonnel, le virtuel au sein de toute communication et donc de toute réalité sociale se révèle, et s'accentue. Avec son risque, son
incalculable. Celui du krach des confiances, celui de la banqueroute des crédits entrecroisées. En même temps, par une boucle de l'histoire, une vaste rétroaction dont on ne peut négliger la portée, la cybermonnaie ramène vers une computation, qui est peut-être l'origine même de l'économie, plus primitive que la circulation des espèces métalliques frappées par l'État.

À l'encontre d'un évolutionnisme schématique, la monnaie digitale est non seulement à la pointe d'une tendance longue, mais elle fait retour vers un commencement plus ancien que l'adoption du corps monétaire circulant, et même plus ancien que l'équivalent général mesurant - (mais non circulant) des Égyptiens. La computation électronique de l'âge atomique, rejoint dans son principe la mnémotechnique tribale, l'inscription (par des cailloux ou des encoches) d'une dette personnelle, qui est antérieure à la monnaie proprement dite. La notation d'une dette, n'est pas la trace d'une monnaie qui aurait perdu son corps, ce n'est pas le résidu d'une espèce sonnante et trébuchante remplacée par un simple signe, devenu lui-même inconvertible. La notation d'une dette ou d'une créance (encoche sur bois, ou bits invisibles du porte monnaie électronique), est un signe dès le départ, qui garde mémoire d'un débit ou d'un crédit.
Ainsi, la monnaie digitale oblige à penser autrement la monnaie.
Son statut d'information pure conduit à la concevoir à la fois comme le résultat historique d'un mouvement séculaire de dématérialisation, et aussi dans un horizon historique nouveau, dans lequel la comptabilité est première par rapport à la réserve, ou dans lequel c'est la computation et non pas le trésor qui fait l'essence de la monnaie. Celle-ci n'est que l'unité de mesure dans laquelle s'écrit le débit ou le crédit contractés entre deux partenaires. Les notions de trace, d'inscription, de transmission, de mémoire (au sens à la fois psychologique et technique), dessine un nouvel imaginaire économique, où la virtualité ne s'oppose plus à la réalité, mais en est le tissu même.

Jean-Joseph Goux

On the author:

Jean-Joseph Goux is professor for French Studies at Rice University, Houston, Texas.

He already published a text about money in the French revue Communications in 1989. The title was "Cash, Check or Charge". This essay analyzed the representational systems given in different forms of analogical money.

We asked Jean-Joseph Goux to base himself on his earlier text and to enlarge it towards electronic money.

Lire le texte sur le site d'origine