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La réponse n'est pas claire ; une seule certitude
: bas, très bas.
La baisse d'une monnaie peut vouloir dire deux choses
: baisse contre les devises étrangères ou baisse par rapport
aux prix intérieurs qui, donc, montent : c'est l'inflation.
Dans un cas, vous payez l'essence de la voiture de plus en plus cher mais
le prix de la baguette est stable, dans l'autre les prix de l'essence
et de la baguette font l'ascension de l'Everest sur le dos du consommateur.
Nous sommes actuellement dans la première situation avec une inflation
encore raisonnable, 2% par an, mais dans une spirale de baisse contre
les devises étrangères.
Pourquoi ? Parce que la fuite devant l'euro n'est encore le fait que de
la communauté financière internationale (les fameux gnomes
de Zürich
) pendant que les populations, abreuvées de
propos lénifiants (Les fondamentaux sont bons
L'état
de l'économie de la zone euro prêche pour un euro fort
)
n'ont pas encore le réflexe de fuite devant leur monnaie qui fond.
Parlons d'un sujet qui fâche : qu'est-ce qui garantit
la valeur d'une monnaie ?
Dans le passé, les réserves d'or et de devises de la Banque
Centrale, aujourd'hui, objectivement, rien de tangible.
Ne parlons pas des réserves de devises des Banques Centrales, gouttes
d'eau face à une éventuelle crise spéculative, ne
parlons pas des stocks d'or qui ne représentent plus rien face
aux masses monétaires en circulation.
Un exemple : la Réserve Fédérale américaine
détient 20.000 tonnes d'or. Sans parler de l'effondrement de cours
que déclencherait la mise sur le marché de sept années
de production
la valeur de ce stock n'est que de 176 milliards de
dollars au cours actuel, à comparer avec les billets de banque
américains en circulation en dehors des Etats-Unis : 240 milliards
de dollars ou avec les montants échangés par jour entre
banques, mille milliards de dollars.
Il ne nous reste donc que deux choses, l'une immatérielle
et cruciale, la confiance. L'autre matérielle mais difficilement
quantifiable et utilisable, la valeur marchande internationale des biens
au sens large du pays concerné.
La confiance n'est pas éternelle et disparaît
avec la circulation de l'information. Plus rapides sont les circuits de
collecte de l'information - ceux de la Finance internationale sont les
meilleurs - plus rapides sont les réactions. Plus la propagande
est active et anesthésie les populations, plus leurs réactions
sont lentes ; mais il n'y a aucune raison pour que la confiance ne finisse
pas par disparaître, l'instauration d'une censure militaire totale
étant inconcevable et, de plus, contre-productive dans ce domaine.
Nous n'avons donc aucun garde-fou de ce coté.
Si une monnaie baisse fortement sur le marché
des changes, il peut devenir attractif pour le reste du monde d'acheter
des biens et entreprises dont la valeur de référence est
exprimée dans la devise faiblissante. Ainsi la France a vendu depuis
trente ans à des étrangers plus de cent mille résidences
secondaires et appartements, des entreprises par brassées, des
vignobles, des uvres d'art au profit de pays à devises fortes,
USA, Allemagne, Suisse, Japon, Angleterre. La France est un pays riche
mais la vente illimitée des entreprises françaises à
des acheteurs étrangers pose des problèmes insupportables
d'indépendance nationale et d'inflation. L'injection massive de
fonds dans un pays ne peut que générer de l'inflation, il
suffit de regarder les prix de l'immobilier dans les régions appréciées
par les Anglais et les Hollandais. Nous n'avons aucun garde-fou sérieux
de ce coté non plus.
Deux exemples pour montrer à quel point une monnaie
de papier peut baisser sans limites.
En 1923, le Reichmark ne vaut même plus le prix du papier sur lequel
il est imprimé : il faut quatre milliards de marks pour avoir un
dollar. Si les "fondamentaux économiques " avaient un
rapport direct avec la valeur de la monnaie, on devrait considérer
a contrario que l'économie et les finances d'un pays à la
monnaie effondrée devraient être dans le même état.
Nous constatons que l'Allemagne, quinze ans après ce krach, a lancé
une guerre mondiale et résisté cinq ans contre la planète
entière. Son économie et ses finances étaient-elles
donc si mauvaises ? Il n'y a pas de lien contraignant et immédiat
entre les " fondamentaux de l'économie " et le cours
de la monnaie.
Situation inverse sur une durée beaucoup plus longue qui fournit
un bel exemple d'une monnaie qui s'effondre. En 1914, 5 francs français
représentent un SMIC ouvrier pour une journée. C'est donc
la somme qui est nécessaire à une famille pauvre pour se
nourrir et se loger, très mal, certes, mais néanmoins assez
bien pour élever ses enfants. N'oublions pas que les grands parents
de la plus grande partie de la population française actuelle furent
élevés dans ces conditions. Aujourd'hui, les mêmes
cinq francs, cinq anciens francs, sont cinq centimes, c'est à dire
une petite pièce qui ne peut strictement plus rien acheter et que
personne ne se penche pour ramasser.
Selon les modes de calcul, le pouvoir d'achat du Franc a été
divisé en 80 ans par un facteur compris entre 5000 et 10000, le
tout durant une phase d'expansion économique jamais vue, avec une
inflation monstrueuse.
Encore une fois, pas de lien immédiat et contraignant entre l'économie
et la valeur de la monnaie.
L'euro peut tomber à n'importe quel niveau, réveillant
l'inflation du fait de notre dépendance aux produits importés
et de la perte de la confiance inévitable. Le seul mécanisme
de correction, la vente de la Maison France en pièces détachées,
ne pourra être appliquée pour des raisons de souveraineté
nationale.
Achetez des dollars !
Michel Prieur
prieur@cgb.fr
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