L'affaire Laurent Lafforgue
ou La Destruction de l'Education dite "nationale".
Il est à craindre que cette information, qui date
d'hier, ne parvienne pas jusqu'à vous.
Pourtant, elle est d'une telle importance, à tous les égards,
que je crois indispensable d'attirer votre attention dessus, en vous suggérant
de faire circuler ce mail le plus largement possible.
De quoi s'agit-il ?
1 - Le contexte
M. Laurent Lafforgue, né le 6 novembre 1966, est
l'un des scientifiques français les plus brillants de sa génération.
Ancien élève de l'École normale supérieure
(1986), docteur ès sciences(1993), il a d'abord été
chercheur au CNRS dans l'équipe "Arithmétique etGéométrie
Algébrique" de l'université Paris 11 à Orsay
(1990-2000). Depuis 2000, il est professeur permanent à l'Institut
des hautes études scientifiques (IHES).
Laurent Lafforgue a reçu en 2002 la médaille Fields pour
sa démonstration,exceptionnelle par son niveau de généralité,
de "la correspondance deLanglands sur les corps de fonctions des
courbes projectives définies surun corps fini". [sic]
Pour ceux qui l'ignorent, la Médaille Fields est la distinction
la plusprestigieuse du monde dans le domaine des mathématiques,
et est d'ailleursuniversellement reconnue comme étant l'équivalent
du "Prix Nobel demathématiques" (lequel n'existe pas).
Laurent Lafforgue a été élu membre de l'Académie
des Sciences le 18
novembre 2003. Il a également obtenu le Prix Peccot du Collège
de France(1996), la Médaille de bronze du CNRS (1998), le Prix
Clay (2000) et lePrix Jacques Herbrand de l'Académie des sciences
(2001).
Laurent Lafforgue présente encore deux autres particularités
:
1) d'une part, il est issu d'une famille où l'on
cultive une sorte dereligion de l'Education et du Savoir. D'ailleurs,
sa mère et ses deuxfrères sont également anciens
élèves de l'Ecole Normale Supérieure, ce quin'est
pas banal.
2) d'autre part, il s'est pris de passion pour les questions
d'éducation ;et il est parvenu, avec l'esprit scientifique et l'honnêtetéintellectuelle
scrupuleuse qui sont les siens, à la conclusion quel'Education
nationale a fait l'objet d'une véritable destruction de lapart
de théoriciens fumeux depuis au moins une trentaine d'années.
Son aura intellectuelle et ses réflexions sur le
désastre de l'Educationnationale lui ont valu, le 26 octobre 2005,
d'être nommé par JacquesChirac parmi les membres du nouveau
"Haut conseil de l'éducation". Voustrouverez d'ailleurs,
encore aujourd'hui, la bio de Laurent Lafforgue surle site web de l'Elysée.
De même que sur le site web du "Haut conseil del'éducation"
:
http://www.education.gouv.fr/syst/hce/biographie.htm#bruno_racine
2 - L'affaire
On a appris hier que Laurent Lafforgue avait été
"démissionné", pour
"propos violents", du Haut Conseil de l'Education.
Voici la dépêche AFP :
Démission d'un membre du Haut conseil de l'Education
pour "propos
violents" Education-réforme-HCE
23-11-2005 13:21:48
PARIS, 23 nov 2005 (AFP)
Le mathématicien Laurent Lafforgue a annoncé mercredi sa
démission du Hautconseil de l'Education, où Jacques Chirac
l'avait nommé le 26 octobre, àcause de "propos violents"
sur le système éducatif qui lui étaientreprochés.
Le Haut conseil de l'Education (HCE), créé par la loi Fillon
sur l'Ecole,est composé de neuf membres nommés par le président
de la République, lesprésidents de l'Assemblée nationale
et du Sénat, ainsi que le président duconseil économique
et social.
Installé le 8 novembre par le ministre de l'Education nationale,
Gilles deRobien, il doit émettre des avis notamment sur le contenu
du socle communde connaissances à maîtriser en fin de 3e,
pierre angulaire de la réformeFillon, et se prononcer également
sur la formation des enseignants.
Médaille Fields en 2002, Laurent Lafforgues, chercheur de 39 ans,
alui-mêmeexpliqué sur le site de l'Institut des hautes études
scientifiques (IHES)que le président du HCE, Bruno Racine (également
nommé par M. Chirac, etMichel Seban, conseiller pour l'éducation
du président, lui avaientdemandé sa démission.
Il a reproduit sur le site internet l'échange de mails qui a provoqué
lacolère de M. Racine qui, a-t-il expliqué, "a estimé
que la violencepassionnée de mes propos sur l'état actuel
de notre système éducatif et laresponsabilité des
instances dirigeantes de l'Education nationale rendaitimpossible un débat
serein au sein du HCE visant à construire un consensusou tout au
moins une majorité solide".
lum/bp/ds AFP 231323 NOV 05
Pour savoir ce qui se cache derrière cette affaire, je vous suggère
devous connecter sur le site de Laurent Lafforgue, à l'IHES.
(Il vous suffit de vous connecter à
http://www.ihes.fr/%7elafforgue/demission.html)
Voici ce qu'il explique :
Pourquoi j'ai démisionné du Haut Conseil
de l'Education
(http://www.ihes.fr/%7elafforgue/dem/circonstances.html)
Cette démission m'a été demandée
par M. Racine, Président du HCE, et M.Seban, conseiller du Président
de la République pour l'Éducation.
Cette demande est intervenue très tôt, à
peine dix jours après
l'installation officielle du HCE (le mardi 8 novembre 2005) et le
lendemain de sa première réunion de travail (le jeudi 17
novembre 2005).
M. Racine a estimé que la violence passionnée
de mes propos sur l'étatactuel de notre système éducatif
et la responsabilité des instancesdirigeantes de l'Éducation
Nationale rendait impossible un débat serein ausein du HCE visant
à construire un consensus ou tout au moins une majoritésolide.
Plus précisément, il m'a été
surtout reproché d'avoir écrit au
président du HCE, avec copie à tous les membres, le courriel
que je
reproduis sur ce site, à la rubrique "Un courriel qui aurait
dû resterconfidentiel".
Ce texte est effectivement violent. Il réagit
à une proposition
d'ordre dujour envoyée par M. Racine où il était
question de faire appel, entreautres, aux "experts de l'Éducation
Nationale"; il s'y exprime uneindignation qui ne date pas de la veille
et dont M. Racine n'est certespas l'objet.
Ce courriel n'était destiné qu'aux membres
du HCE mais M. Racine et M.Seban (à qui M. Racine en avait envoyé
copie) m'ont appris qu'il avait étévite diffusé hors
du HCE et "qu'il circulait déjà dans les bureaux duMinistère
de l'Éducation Nationale". Je ne me serais certainement pasexprimé
avec tant de violence si j'avais pensé que ce message deviendraitpublic,
mais je confirme que ce message traduit ma pensée, de la premièreà
la dernière ligne.
Pour couper court à toutes éventuelles
déformations ou exploitations decitations tronquées, je
le reproduis donc sur ce site.
J'ajoute que je suis également en désaccord
avec la phrase suivanteprononcée par M. Racine dans son allocution
lors de la cérémonied'installation du HCE:
"L'enjeu est considérable, puisqu'en dépit
des progrès remarquablesaccomplis au cours des dernières
décennies par notre système éducatif,celui-ci ne
parvient pas à résorber des poches d'échec importantes
ni àaccroître l'égalité des chances."
En effet, je ne vois pas quels progrès remarquables
notre systèmeéducatif a accomplis dans les dernières
décennies, et pour ma part jeparlerais plutôt de résorption
des poches de succès (le mot "succès" étantentendu
non pas au sens de l'obtention d'un diplôme mais au sens del'acquisition
de véritables connaissances qui font accéder à la
culture ouà la science) et de diminution de l'égalité
des chances.
Je n'ai rien d'autre à dire sur le sujet de ma
démission.
Laurent Lafforgue
Bref, il a été contraint de démissionner parce qu'il
s'opposait à la
nomination des "experts", toujours ces fameux "experts"
qui mènent
l'Education nationale au désastre depuis 30 ans, à commencer
par PhilippeMeyrieu, je suppose.
On lu a reproché un mail aux "propos violents".
Voci le mail en question,que l'auteur publie aussi sur son site web
(http://www.ihes.fr/%7elafforgue/dem/courriel.html)
Un courriel qui aurait dû rester confidentiel
Le mercredi 16 novembre 2005
Monsieur le Président du HCE,
Je vous remercie de votre message ci-dessous qui nous
donne l'ordre dujourde la prochaine réunion.
Je ne peux m'empêcher de réagir sur certains
points qui me plongent dansle désespoir.
Le principal est le suivant : " - appel aux experts
de l'Educationnationale
: Inspections générales et directions de l'administration
centrale, enparticulier direction de l'évaluation et de la prospective
et direction del'enseignement scolaire,"
Pour moi, c'est exactement comme si nous étions
un "Haut Conseil desDroitsde l'Homme" et si nous envisagions
de faire appel aux Khmers rouges pourconstituer un groupe d'experts pour
la promotion des Droits Humains.
Je m'explique: depuis un an et demi que j'ai commencé
à m'intéressersérieusement à l'état
de l'éducation dans notre pays - en lisant tous leslivres de témoignage
d'instituteurs et de professeurs que j'ai pu trouver,en recueillant systématiquement
tous les témoignages oraux ou écritsd'enseignants avec qui
je peux être en contact, en interrogeant moi-mêmedes jeunes
pour jauger ce qu'ils savent ou ne savent pas - je suis arrivéà
la conclusion que notre système éducatif public est en voie
dedestruction totale.
Cette destruction est le résultat de toutes les
politiques et de
toutes lesréformes menées par tous les gouvernements depuis
la fin des années 60.
Ces politiques ont été voulues, approuvées, menées
et imposées par toutesles instances dirigeantes de l'Éducation
Nationale, c'est-à-dire enparticulier: les fameux experts de l'Education
Nationale, les corpsd'Inspecteurs (recrutés parmi les enseignants
les plus dociles et les plussoumis aux dogmes officiels), les directions
des administrations centrales(dont la DEP et la DESCO), les directions
et corps de formateurs des IUFMpeuplés des fameux didacticiens
et autres spécialistes des soi-disant"sciences de l'éducation",
la majorité des experts des commissions de
programmes, bref l'ensemble de la Nomenklatura de l'Education Nationale.Ces
politiques ont été inspirées à tous ces gens
par une idéologie quiconsiste à ne plus accorder de valeur
au savoir et qui mêle la volonté defaire jouer à l'école
en priorité d'autres rôles que l'instruction et latransmission
du savoir, la croyance imposée à des théories pédagogiquesdélirantes,
le mépris des choses simples, le mépris des apprentissagesfondamentaux,
le refus des enseignements construits, explicites etprogressifs, le mépris
des connaissances de base couplé à l'apprentissageimposé
de contenus fumeux et démesurément ambitieux, la doctrine
del'élève "au centre du système" et qui
doit "construire lui-même sessavoirs". Cette idéologie
s'est emparée également des instancesdiri
geantes des syndicats majoritaires, au premier rang desquels le SGEN.
Tous ces gens n'ont aujourd'hui qu'un but: dégager
leur
responsabilité etdonc masquer par tous les moyens la réalité
du désastre.
J'avoue ne pas savoir s'ils étaient de bonne foi
ou bien s'ils ontdélibérément organisé la
destruction de l'Ecole.
Je ne sais pas non plus lesquels parmi eux - une minorité
de toutefaçon -n'ont pas participé à la folie collective
ni lesquels y ont participé maisse rendent compte aujourd'hui des
conséquences dramatiques des erreursaccumulées depuis des
décennies et seraient prêts à repartir dans unemeilleure
direction. A priori, j'ai la plus extrême défiance envers
tousles membres de la Nomenklatura de l'Education Nationale.
Pour se rendre compte de la réalité de
la situation où nous sommes, jeconseille très vivement à
tous les membres du HCE de lire les ouvragessuivants qui sont des témoignages
d'instituteurs et de professeurs (je lesai tous lus intégralement
ainsi que d'autres):
Marc Le Bris:
"Et vos enfants ne sauront pas lire...ni compter" (Stock, 2004)
(témoignaged'un instituteur de campagne tranquille sur sa pratique
confrontée àtoutes les absurdités que l'institution
impose par tous les moyens depuisdes années)
Un livre de pur bon sens de la première à la dernière
ligne.
Je pense que Marc Le Bris devrait figurer au premier rang parmi lesexpertsque
nous pourrions choisir.
Rachel Boutonnet:
"Journal d'une institutrice clandestine" (Ramsay, 2003) (journal
tenuchaquejour par une stagiaire d'IUFM sur la façon dont on prétendait
la former,puis première expérience d'institutrice)
Dans ce livre, j'ai constaté avec intérêt que parmi
toutes les formationsd'IUFM que cette stagiaire a subies, la seule où
on lui ait parlé ducontenu de la discipline est en mathématiques.
C'est une consolation, maisassez maigre.
Fanny Capel:
"Qui a eu cette idée folle un jour de casser l'école?"(Ramsay,
2004)(témoignage d'une jeune agrégée de lettres modernes,
fille d'ouvriers,enseignant en lycée et collège "bien
famés" de quartiers favorisés)
Où l'on apprend que même dans les lycées "bien
classés" dans tous lespalmarés des journaux une grande
proportion des élèves ignore par exempleen quel siècle
a vécu Victor Hugo...
Elisabeth Altschull:
"L'école des ego: contre les gourous du pédagogiquement
correct" (AlbinMichel, 2002) (témoignage d'une "réfugiée
scolaire": alors que ses parents étaientaméricains,
sa mère avait choisi de l'amener en France quand elle étaitenfant
- il y a une quarantaine d'années - pour qu'elle y trouve unenseignement
de qualité. Elle se désespère de voir l'Éducation
Nationalefrançaise s'engager depuis des décennies dans le
chemin de médiocrité dela majorité des écoles
américaines.)
Evelyne Tschirhart:
"L'école à la dérive: ce qui se passe vraiment
au collège" (Editions deParis, 2004) (témoignage d'une
enseignante d'arts plastiques en collège de quartierdéfavorisé)
Agnès Joste:
"Contre-expertise d'une trahison: la réforme du français
au lycée"(Edition des Mille et une nuits, 2002) (lecture minutieuse
par un professeur de lettres des textes duministère de
l'éducation)
Collectif "Sauver les lettres":
"Des professeurs accusent" (Textuel, 2001) (un manifeste humaniste
contre les "ultraréformistes etultrapédagogistes"
qui ont pris le pouvoir à l'éducation nationale et organisent
la
destruction de l'instruction publique)
Guy Morel et Daniel Tual-Loizeau:
"L'horreur pédagogique: paroles de profs et vérité
des copies"
(Ramsay, 1999, épuisé mais qui doit pouvoir se trouver)
Jean-Paul Brighelli:
"La fabrique du crétin: La mort programmée de l'école"
(Jean-ClaudeGawsewitch Éditeur, 2005) C'est le dernier en date
des livres de témoignage de professeurs, paruil ya deux mois.
C'est un professeur de lettres (manifestement d'extrême gauche:
ilinterprète la destruction de l'école comme l'effet d'un
complot délibérédes classes dominantes "ultra-libérales".
Cette interprétation estdiscutable, mais quand il dresse un constat
de l'état de l'Ecole il saitde quoi il parle, et c'est ça
qui est intéressant).
Je recommande aussi très chaleureusement les livres
de Liliane Lurçat,unepersonne absolument extraordinaire et impressionnante
(que j'ai eul'occasion de rencontrer dernièrement après
avoir lu ses livres etcorrespondu avec elle) qui a consacré toute
sa vie à étudier les processusd'apprentissage des enfants
dans les écoles primaires. Je recommande enparticulier:
"La destruction de l'enseignement élémentaire
et ses penseurs: lapremière cause de l'échec à l'école"
(François-Xavier de Guibert, 2e édition, 2004)
"Vers une école totalitaire? L'enfance massifiée
à l'école et dans lasociété" (François-Xavier
de Guibert, 2e édition, 2001)
"Des enfances volées par la télévision:
le temps prisonnier"
(François-Xavier de Guibert, 3e édition 2004)
Mon avis personnel est d'ailleurs que, avec l'instituteur
Marc LeBris, MmeLurçat est une personne que le HCE devrait faire
figurer en priorité parmiles experts sur l'école primaire
(bien qu'elle ait 77 ans et que j'ignoresi elle accepterait). Je pense
que personne en France n'a simultanémentune telle connaissance
concrète de l'école primaire et une telle qualitéet
profondeur de réflexion sur le sujet.
D'autre part, Mme Lurçat a grandi dans les années
30 dans un quartierpauvre peuplé très majoritairement d'immigrés
de toutes origines. Ellepeut rappeler ce qu'était à l'époque
une école républicaine fréquentéeprincipalement
par des enfants d'immigrés et qui les intégrait,connaissance
qui semble perdue aujourd'hui où pourtant elle serait biennécessaire...
Je vous envoie également en fichier attaché
un rapport (hallucinant)rendupublic il y a quelques jours par l'Association
des Professeurs de Lettres(et disponible sur leur site).
J'ai écrit à l'un des auteurs pour lui
demander quelle proportion desélèves était touchée
par les phénomèmes que décrivait ce rapport. Je vousmets
ci-dessous sa réponse:
-------------------------------------------------------
Monsieur,
Ces carences (lexique étique, syntaxe rudimentaire
ou inexistante,ignorance de la grammaire de phrase) se sont généralisées
ces dernièresannées et s'observent désormais chez
la très grande majorité des élèves,vraisemblablement
plus de 80% d'entre eux, et ce quels que soient leurmilieu social et leur
attitude en classe ; bien sûr, la situation,mauvaise en général,
l'est à des degrés divers selon le niveaulinguistique et
culturel de la famille, mais c'est à l'oral plus qu'àl'écrit
qu'appert cette différence. Le collège ne remédie
nullement à cesdéficiences, qui perdurent et parfois s'aggravent
: on les retrouve aulycée et même dans les classes préparatoires
(un collègue, qui enseigne le
latin à deshypokhâgneux grands débutants, m'a récemment
expliqué que ses élèves neparviennent pas à
analyser une proposition relative). En effet, à l'écoleprimaire
comme au lycée, les programmes assignent à la grammaire
de phraseune place pour ainsi dire subsidiaire et la "doctrine"
en vigueur(j'entends par là, au-delà des programmes, leurs
documents d'accompagnement, les manuels qui s'en inspirent, les recommandations
desinspecteurs et des formateurs d'IUFM) proscrit la pratique de l'analyselogique
et de l'analyse grammaticale et fait la part belle à la"littérature
pour la jeunesse", les classiques étant bannis des lecturesque
l'élève fait chez lui.
Je suis bien sûr à votre disposition pour toute précision
qui voussemblerait utile.
Bien cordialement,
....................
------------------------------------------------------------
Ce rapport permet à lui seul de réaliser
que les experts ou prétendustels à qui a été
confiée la rédaction des programmes de français sont
toutsimplement des cinglés (je pèse mes mots).
Il est impossible pour moi de comprendre comment ils
ont pu chasser lagrammaire de phrases (sujet, verbe, complément,
etc.) et l'analyse logiquepour les remplacer par des élucubrations
du genre suivant (extraites dudocument d'accompagnement des professeurs
en classe de troisième):
"L'étude des actes de parole est donc essentielle.
Elle peut se
décomposeren trois approches complémentaires : la dimension
locutoire, c'est-à-direle fait de produire des énoncés
structurés, organisés et ayant un sens ;la dimension illocutoire,
c'est-à-dire le fait de chercher à exercer uneaction sur
autrui en lui parlant (l'interroger, lui donner un ordre, luiinterdire
de faire quelque chose, le convaincre ou le persuader.) ; ladimension
perlocutoire, c'est-à-dire l'effet sur l'interlocuteur, quirépondra
ou non à la question, qui exécutera ou non l'ordre.(.) Il
esttrès important d'amener l'élève à prendre
conscience de cette tripledimension des actes de parole, en particulier
dans une optique de
formation du citoyen."
Si l'ensemble des instances dirigeantes de l'éducation
nationale ont puconfier la rédaction des programmes à de
tels cinglés, ne pas s'apercevoirdu caractère délirant
de leurs préconisations et ne pas s'émouvoir desréactions
de professeurs qui leur parvenaient, je ne vois qu'une seuleexplication
possible: les instances dirigeantes de l'Éducation Nationalesont
intégralement peuplées de fous irresponsables (ou criminels
pourceux, s'il en existe, qui auraient organisé la destruction
de l'Ecole entoute connaissance de cause).
Ceci concerne le français, mais nous pouvons aussi
parler des
mathématiques. Les concernant, je vous mets en fichier attaché
la copie d'un message quim'a été envoyé la semaine
dernière par un enseignant (maître deconférence et
remarquable chercheur) de l'une des "meilleures universités"de
France. [Je ne peux reproduire ce message car il était confidentiel].
S'il vous reste la moindre notion de mathématiques, vous pouvezcomprendreque
ces étudiants de 2e année de DEUG de science dont la plupart
vont"réussir" à leurs examens, donc vont passer
en licence (et deviendrontpeut-être instituteurs ou professeurs),
ont un niveau inférieur à celui
qui, encore à mon époque (il y a vingt-cinq ans: une époque
déjà dégradéepar rapport à celle de
mes parents), était celui du collège, et ilapparaît
qu'ils ne maîtrisent même pas ce qui normalement serait duressort
de l'école primaire. Or tous ces étudiants ont le bac (sinon
ilsne seraient pas à l'université) et pour presque tous
le "bac S" (le bac"d'élite" ou "sélectif"
comme on dit dans les médias)...
Je vous mets enfin en copie un message que j'ai reçu
hier matin d'unprofesseur de mathématiques de collège. [Ici
encore, je ne peux reproduirele témoignage que ce professeur de
collège m'avait fait parvenir à titreconfidentiel.] Ce qu'il
dit témoigne de la perte du sens d'un enseignementsérieux
qui affecte aujourd'hui l'ensemble de notre système éducatif
aprèsavoir été provoquée depuis si longtemps
par ses instances dirigeantes.
Si vous voulez encore d'autres témoignages, je
peux vous en fournir àfoison.
Pour ce qui me concerne, je suis donc totalement opposé
à ce que nousnousen remettions aussi peu que ce soit aux experts
de l'Education Nationale.
Je suis également très sceptique en ce
qui concerne les experts étrangers(à l'exception peut-être
de quelques pays asiatiques comme Singapour), cardans tout le monde occidental
la dégradation de l'instruction estgénérale. La seule
différence est qu'en France elle a été encore plusgrande
car nous sommes tombés de plus haut et car elle touche la totalitédu
système éducatif (du fait de la centralisation à
la française quiimpose partout les mêmes méthodes
et les mêmes programmes délirants),contrairement aux Etats-Unis
par exemple où, même si la moyenne estépouvantable,
il existe de très bonnes écoles, principalement privées.
Jusqu'au milieu des années 60, je pense que les meilleurs systèmeséducatifs
primaires et secondaires du monde étaient ceux de France, deRussie
et d'Israël. En France, il n'a cessé de se dégrader
depuis cetteépoque, à une vitesse de plus en plus grande.
En Israël, d'après ce que jecrois savoir, il y a eu une semblable
dégradation mais une réactionénergique a commencé
depuis quelques années: par exemple, des israëliensont cherché
les meilleurs manuels mathématiques existant dans le mondeaujourd'hui,
ils ont conclu que c'était ceux de Singapour et ils les onttraduits
pour les rendre disponibles dans toutes les écoles israëliennes.
(On pourrait donc éventuellement faire appel à des acteurs
de ce
redressement israëlien, par exemple Ron Aharoni.) Enfin, le système
russeest resté très bon jusqu'à l'effondrement de
l'Union Soviétique et depuisil se dégrade lentement (cette
dégradation se faisant comme partout au nomdu "progrès"
ou de la"modernisation"). Néanmoins, le système
russe encore aujourd'hui restebien meilleur que celui de tous les pays
occidentaux: je peux en témoigneren toute connaissance de cause
en mathématiques et physique. C'estpourquoi j'ai passé hier
après-midi plusieurs heures à me faire expliquerpar une
dame russe professeur de français le fonctionnement détaillé
dusystème d'éducation soviétique; j'ai pris beaucoup
de notes et quand je
les aurai tapées je vous les enverrai.
Voilà pour ce que je pense de l'étranger.
En ce qui concerne les syndicats majoritaires parmi les
enseignants oulesparents d'élèves, tous (animés des
plus louables intentions comme on peutimaginer) ont poussé à
la roue dans la destruction de l'école, et je pensequ'on ne peut
pas plus leur faire confiance qu'aux experts de l'EN. Leseul syndicat
d'enseignants que je connaisse et qui me semble accorder unevaleur prioritaire
à l'étude, à la connaissance et au savoir est le
SNALC.[Plus sans doute d'autres que je ne connais pas comme, me dit-on,
le
SAGES.]
Parmi les associations, je ne fais confiance qu'à
celles qui ont vu lejourdepuis un certain nombre d'années dans
le but explicite de dénoncer ladestruction de l'enseignement et
de réfléchir aux moyens de le redresser.
Ce sont en particulier:
le GRIP (Groupe de Réflexion Interdisciplinaire
sur les Programmes)
http://grip.ujf-grenoble.fr/
Sauver Les Lettres (SLL)
http://www.sauv.net/
l'Association des Professeurs de Lettres (APL)
http://www.aplettres.org/
A mon avis, c'est parmi les membres les plus actifs de
ces associations(dont maintenant je connais bien un certain nombre) qu'il
faudraitrecruter des experts.
Je serais en mesure de proposer au HCE une liste d'experts
dans touteslesdisciplines en qui j'ai une grande confiance parce que tous
sont desprofesseurs qui depuis des années se sont engagés
pour le sauvetage del'École et son redressement et ont réfléchi
en profondeur aux problèmesposés.
Pour moi, la question de départ qui est posée
au HCE est la suivante:
Voulons-nous nous voiler les yeux, ne pas voir l'état
dans lequel setrouvel'Éducation Nationale et confier l'élaboration
des avis qui nous sontdemandés aux mêmes experts et responsables
dont les politiques ont conduitau désastre actuel?
Dans ce cas, autant vaudrait ne pas avoir créé le HCE.
Ou bien, voulons-nous prendre la mesure de la situation, agir pourtenter
unredressement et, pour cela, rompre radicalement avec tous les hiérarquesde
l'Éducation Nationale, entendre les personnes indépendantes
qui depuisdes années tirent la sonnette d'alarme et réfléchissent
aux moyens d'untel redressement, et travailler nous-mêmes avec l'aide
de ces personnes àrédiger des avis sur lesquels les responsables
politiques pourraients'appuyer pour sauver notre système éducatif
de la destruction complète etdéfinitive?
Avec mes meilleurs sentiments,
Laurent Lafforgue.
ps: Pour se renseigner sur l'état réel de notre système
éducatif ettrouver tous les renseignements possibles et imaginables
sur les
programmes actuels (et leurs dérives incroyables) comparés
à ceux de
toutes les époques depuis Jules Ferry, je recommande le site internet
deMichel Delord (un simple professeur de mathématiques du secondaire
maisqui a une connaissance impressionnante de l'histoire de notre systèmeéducatif).
L'adresse est:
http://michel.delord.free.fr/
Ce site porte comme dédicace:
"Page dédiée aux parents qui s'inquiètent
que leurs enfants ne sachenttoujours pas faire une division en Cours Moyen
et à qui on a répondu:"Vous êtes des rétrogrades".
Il faut passer du temps à le visiter.
On y trouve par exemple tous les programmes du primaire depuis 1880 et
onpeut faire la comparaison avec ceux d'aujourd'hui.
C'est vraiment passionnant.
Indication: les meilleurs programmes sont ceux de 1923 (et, soit ditentreparenthèses,
ils tiennent en cinq pages, toutes matières et tous niveauxconfondus).
D'ailleurs, ce sont à ma connaissance ceux qui sont toujoursen
vigueur (moyennant une mise à jour dans certaines matières)
au coursHattemer à Paris: un cours privé "hors contrat",
donc sans la moindresubvention de l'état, à qui nombre de
familles très aisées (et, paraît-il,certains de nos
ministres présents ou passés) confient leurs enfants enpayant
le prix fort.
----------------------------------------------------------------------------------------
> Mesdames et Messieurs les Conseillers,
>
> Nous sommes convenus de nous réunir le 17 novembre prochain
à 11heures.
Nous nous retrouverons au 101 rue de Grenelle (Rez-de-chaussée
- salle020). Un déjeuner, à 13 heures, suivra notre réunion.
>
> Je vous propose d'aborder au cours de cette prémière
séance de travailles points suivants :
>
> 1) fixation du rythme et des dates de nos réunions (pour l'instant,
ententant de tenir compte des contraintes de chacun, les mercredisaprès-midi
paraîtraient pouvoir être retenus)
>
> 2) échanges sur les échéances du Haut Conseil
dont la premièresaisine par le Ministre, dans les jours prochains,
devrait porter sur lesocle commun des connaissances et des compétences,
avec un avis à rendreen février 2006
>
> 3) échanges sur nos méthodes de travail :
>
> - constitution d'un vivier d'experts français et étrangers
auxquels leHaut Conseil pourrait confier des études (socle commun
; formation desmaîtres ; éducation civique)
> - appel aux experts de l'Education nationale : Inspections généraleset
directions de l'administration centrale, en particulier direction del'évaluation
et de la prospective et direction de l'enseignement scolaire
> - réception des organisations syndicales et des associations
représentées au Conseil supérieur de l'Education
>
> 4) fixation de l'ordre du jour de la prochaine réunion.
>
> Je vous prie de croire, Mesdames et Messieurs les Conseillers, à
l'assurance de mes sentiments les meilleurs.
>
> Bruno RACINE
> Président du Haut Conseil de l'Education
>
>
Enfin, pour ceux qui sont intéressés, je leur suggère
de parcourir le rapport suivant, également sur le site web de Laurent
Lafforgue
(http://www.ihes.fr/%7elafforgue/textes/lettresaucollege.pdf)
La conclusion de tout cela ?
La conclusion est triste.
Certes, cet universitaire n'a sans doute pas été
très diplomatique entraitant les "experts" de "Khmers
rouges".
Mais n'a-t-il pas des raisons d'être furieux de constater qu'encore
unefois, l'Education dite "nationale" va s'en remettre toujours
à ces mêmes"experts" qui ont détruit l'Ecole
de la République et dont les résultatsapparaissent comme
de plus en plus accablants chaque année ?
Avec le renvoi de Laurent Lafforgue, les "experts"
peuvent dormir
tranquilles. Le HCE ne changera rien à leur petit business, toute
penséenon-conforme vient d'en être écartée.
Comme bien d'autres institutions de notre pays, l'Ecole
de la Républiqueest ainsi prise en otage par une petite clique
de théoriciens fumeux, quise partagent les prébendes et
se renvoient l'ascenseur avec un cynisme àtoute épreuve.
Et malheur à qui tente de s'y opposer : la droiture,l'honnêteté
intellectuelle, le courage pour défendre contre vents etmarées
ce que l'on estime être la vérité, voici autant de
qualités quisuffisent à être écarté
du débat !
Cette affaire est grave car elle prouve une nouvelle fois
que, sous desdehors de pseudo-démocratie, la France est devenue
un pays où tout vraidébat est interdit.
Car cette captation de la vérité par un
clan, ce refus de remettre encause des dogmes, ce mépris hautain
pour le bon sens, pour l'Histoire,pour les simples faits, se retrouvent
dans bien d'autres disciplines quel'Education.
Pour ce qui me concerne, par exemple, je constate l'absolue
impossibilitéde tout débat en matière économique,
budgétaire ou monétaire : en dehorsde l'euro, des restrictions
budgétaires et du pacte de stabilité, point desalut. Et
quiconque émet des doutes, formule des hypothèses, fait
valoirles résultats catastrophiques enregistrés depuis 10
ans, se voitimmanquablement marginalisé. Tout cela alors même
que la France ne cessede s'enfoncer dans une crise économique et
sociale de plus en plus grave,montrant ainsi la fausseté totale
des prétendus "experts".
Bien entendu, ce phénomène n'a rien de nouveau
dans l'Histoire de France.C'est même une figure très classique
: celle qui a toujours précédé lesgrandes crises
politiques nationales.
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