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Samedi 19 avril 2003.

06 H 44.

Salut Michel,

Je suis tombé sur tes textes & je me suis dit que les miens pourraient t'intéresser. Pour entrer en matière, je t'envoie le suivant :

L'ABOLITION DE LARGENT EN QUELQUES MOTS


L´abolition de Largent n´a rien à voir avec tout ce qui en a été conçu jusqu´à présent. Retour au troc, collectivisme & répartition forcée, système reposant sur une vague valeur morale : voilà tout ce que le génie humain a imaginé comme alternatives ; voilà sur quoi se fondent ceux qui rejettent l'idée d'abolir Largent, alors qu'elle est parfaitement étrangère à ces ridicules conceptions.

Tout d'abord, pourquoi abolir Largent ? Parce que des Citoyens doivent être égaux en Devoirs & en Droits, & qu'aucune égalité n'est possible sous le règne de Largent. L´Égalité qui est le Principe fondamental d'une Société digne de ce nom, est donc la raison pour laquelle Largent doit être aboli, l'un & l'autre étant incompatibles, l´Égalité seule méritant d'être poursuivie. Il s'ensuit que l'abolition de Largent doit amener le règne de l´Égalité entre Citoyens.

Mais, qu'est-ce que Largent ? Largent est la notion de valeur, de valeur marchande, notion sans laquelle l'échange direct ou indirect d'individu à individu est impossible. Largent n'est pas la monnaie, même si ce terme sert parfois à la désigner. Mais, si Largent n'est pas la monnaie, il n'y a cependant pas de monnaie sans Largent, la monnaie étant une unité de mesure de la valeur. En fait, Largent désigne tout aussi bien l'essence du troc que le principe fondamental de la monnaie. Tant qu'un système d'échange repose sur des unités ou la notion de valeur, il repose sur Largent. Il est donc absurde d'opposer à l'idée d'abolir Largent l'impossibilité de revenir au troc, de généraliser les S.E.L, &c., puisqu´il n'est absolument pas question de cela.
Mais alors, dira-t-on, comment échanger ? Nous venons de voir que Largent implique un échange direct ou indirect d'individu à individu. Cet échange est direct sous le troc, indirect sous la monnaie puisque elle-même consiste en un troc indirect. Or ce mode d'échange ne prend absolument pas en compte la dimension sociale de l'individu que l'on ose néanmoins appeler " citoyen ". Pourtant il va de soi qu'un Citoyen est un individu qui participe à la vie de la Cité & qui, en retour, jouit de tous les Droits reconnus par la Cité à ses Citoyens. Si un individu, en tant que Citoyen, échange, ce n'est donc pas avec d'autres individus, mais avec la Cité : il lui offre ses services ; en échange, elle le reconnaît comme un des siens & lui garantit tous les Droits liés à la Citoyenneté. Le plus fondamental de ces Droits est, sans nul doute, pour un Citoyen, de pouvoir profiter de tous les bienfaits de la Cité, dont la plupart sont à disposition sur le marché. En d'autres termes, c'est par le fait d'être Citoyen qu'un Citoyen à le Droit d'accéder au marché. Il suffit alors que les Citoyens disposent d'un moyen de prouver leur Citoyenneté aux commerçants ( qui sont eux-mêmes Citoyens ) pour qu'ils puissent consommer librement, c´est-à-dire se servir. Pourquoi les Citoyens tiendraient-ils d'unités monétaires le droit inégal de consommer, quand ce Droit, devant par définition être égal pour tous les Citoyens, est fondamentalement attaché à la Citoyenneté ? En somme, il suffit que les Citoyens disposent d'une carte à puce, servant à vérifier, non plus s'ils ont des unités monétaires, mais s'ils sont Citoyens, pour que la monnaie & Largent soient de fait abolis, sans pour autant que la manière d'accéder au marché soit bouleversée.

Voilà en quelques mots en quoi consiste l´abolition de Largent. Naturellement ceci implique des adaptations structurelles, des modifications dans la façon de concevoir le Travail, &c., mais la solution est là... & nous voyons que cette solution est dans le droit fil de l'évolution de la monnaie qui, à force d'être manipulée par le moyen de cartes de crédits, devient pure abstraction, tandis que le système de cartes est appelé à s'imposer en tant que moyen d'échange & à supplanter la monnaie elle-même.

En espérant que ce texte ne soit pas tombé sous les yeux d'un sourd, & que nous nous entendrons,
Salut & Fraternité, Philippe

Bonjour !
Tout à fait intéressant mais je fais des bonds de kangourou quand je lis cela : " Citoyens doivent être égaux en Devoirs & en Droits " : inapplicable. On peut donner des droits égaux (déjà aux frais de qui ? si ces droits s'appellent par exemple éducation, santé, logement et correspondent à des coûts) mais l'égalité en devoirs reste théorique car il n'y a pas d'égalité des capacités à la naissance. Mettre en place le système que tu recommandes ( à propos as-tu vu http://moving-artstudio.com/leaptos/goux.html ) équivaut à fabriquer la dictature la plus infernale qui ait jamais été conçue car ce que tu envisages donne le contrôle total à l'autorité sur l'intégralité des actes sociaux.
Over my dead body, comme on dit dans les westerns... Je considère au contraire que l'argent liquide est le fondement de la liberté individuelle en laissant à l'individu la maîtrise des choix d'affectation des ressources qu'il a dégagé.

Bien amicalement, Michel PRIEUR

Salut Michel,

Heureux que tu m'ais répondu aussi vite. Je n'ai pas beaucoup de temps ce matin pour te répondre moi-même. Je voudrais cependant aborder certains points.

Je commence par ce que tu as dit en dernier, à savoir que la monnaie permet la liberté individuelle. C'est vrai, mais, outre le fait que tu te méprennes quand tu supposes que l'Égalité proscrit cette liberté, tu ne vois dans cette liberté que des avantages alors qu'elle présente comme premier inconvénient d'être par définition antisociale. Quelle est cette liberté sinon celle de faire ce que l'on veut sans se soucier de son voisin ? Inversement, cela justifie que ton voisin te laisse crever le jour où tu es dans la panade, car pourquoi serait-il tenu de t'aider alors que rien ne vous lie ? Paradoxalement, la monnaie est une convention sociale qui anéantit tout société. Or, que je sache, tous les problèmes auxquels nous avons à faire face sont des problèmes sociaux qui, pour la plupart, ne peuvent être résolus que par la société. Mais comment, si la société n'existe pas, sinon en apparence ?

Tu te demandes comment donner des droits égaux aux citoyens, mais surtout, comment les financer ? Tout d'abord, il ne s'agit pas de les leur donner mais de les leur reconnaître lorsqu'ils les ont mérités ; ensuite, puisqu'il est question d'abolir Largent, il va de soi que la question du financement ne se pose pas.

Enfin tu poses un postulat faux, à savoir que les différences naturelles doivent se perpétuer par une inégalité sociale. Tu ne vois donc dans les hommes que des individus au lieu que la Cité doit voir en eux des Citoyens. En fait, quand tu penses aux Devoirs, tu considères moins ce que les Citoyens font en général que ce qu'ils font dans le détail. Par exemple, le Devoir de participer à la vie de la Cité ( pour avoir le Droit de jouir de ses bienfaits ), tous les Citoyens le remplissent quoique chacun à sa manière. Si tu entres dans le détail de la manière, effectivement personne ne fait la même chose ; pourtant, ce qui importe est qu'ils s'acquittent tous à leur façon du même Devoir. L'égalité en Devoir est donc possible. Nous sommes d'ailleurs aujourd'hui plus égaux en " devoirs " qu'en " droits ".

Je termine pour aujourd'hui avec cette remarque : tu considères que l'argent liquide est le fondement de la liberté individuelle. Crois-tu que l'évolution va s'arrêter devant tes considérations ? La monnaie palpable est en passe de devenir de l'histoire ancienne, que tu le veuilles ou non ! Or, à défaut d'adopter la Carte civique que je préconise, nous nous retrouverons avec des cartes de crédits dont il me semble inutile de t'exposer les dangers qu'elles représentent pour les droits individuels, sans parler des droits fondamentaux & de l'Égalité que la seule existence du concept de monnaie anéantit. Il faut ajouter que l'usage exclusif de cartes de crédits fera de la monnaie une idée à l'état pur, prête à disparaître au moindre courant d'air. La question aujourd'hui n'est donc pas de savoir si Largent va disparaître, mais en quoi doit consister l'abolition de Largent, c'est-à-dire l'Égalité.

Salut & Fraternité, Philippe

PS : Ci-joint un document qui exposent les principes de l'Égalité & ceux de la Carte civique.

POSTULATS & PRINCIPES
DE L'EGALITE & DE LA CARTE CIVIQUE



ASSOCIATION & EGALITE :

1. Des opprimés & des oppresseurs, des maîtres & des esclaves ne constituent pas une société, une libre association.
2. Il y a oppression dès lors que les individus d'une " société " sont inégaux en droits.
3. Un individu ne peut proclamer seul ses Droits, les Droits que les autres sont tenus de respecter.
4. Il n'y a de Droits qu'en société.
5. Les Droits des uns, pour être légitimes, pour qu'ils aient un sens, doivent nécessairement être reconnus & garantis par les autres.
6. Nul n'a à reconnaître & à garantir à un autre des Droits que l'autre lui refuse.
7. Avoir plus de droits qu'autrui, c'est avoir des droits sur autrui, c'est arracher à autrui des droits, c'est être son maître.
8. L'inégalité en droits est le fait de la force, sous une forme ou sous une autre.
9. Il n'y a de Droits que dans l'Egalité ; l'Egalité entre associés, entre Citoyens, est le Principe fondamental du DROIT.
10. Dans l'inégalité l'emploi du terme " droit " est une bêtise, quand ce n'est pas une perfidie.
11. La société naît de l'instinct de conservation & doit donc garantir, autant qu'elle peut, la sécurité de tous ses membres contre tout ce qui pourrait la menacer.
12. Dans la nature, l'insécurité résulte de la loi du plus fort ; dans la société, la sécurité résulte, en premier lieu, du bannissement de la violence entre ses membres qui mettent leurs forces en commun pour soutenir victorieusement les rapports de force qui leur sont imposés.
13. La Sécurité est le premier des Droits.
14. Que la Sécurité soit un Droit implique que la Liberté en soit un aussi, car il n'y a pas de Sécurité sans Liberté, sous la tyrannie, dans l'inégalité.

CITE & CITOYENS, DEVOIRS & DROITS FONDAMENTAUX :

15. Il faut distinguer les Droits fondamentaux qui résultent de l'acte d'association & qui concernent uniquement les Citoyens, & les droits que la Cité reconnaît à tous les hommes par humanité.
16. La Cité est l'ensemble des Citoyens qui la composent.
17. Tous les bienfaits de la Cité sont le fait des Citoyens.
18. Tout ce que la Cité Doit à ses Citoyens, tout ce à quoi les Citoyens ont Droit dans la Cité, les Citoyens se le doivent mutuellement.
19. En attendant de la Cité qu'elle leur garantisse des Droits, les Citoyens se confèrent de fait des Devoirs.
20. Etre Citoyen, c'est faire partie de la Cité, donc participer à la vie de la Cité & jouir des mêmes Droits que tous ses Concitoyens, c'est à dire jouir des bienfaits de la Cité autant que tous ses Concitoyens ; c'est être l'égal de ses Concitoyens.
21. Tous les Citoyens sont égaux en Devoirs & en Droits.
22. Les Devoirs fondamentaux du Citoyen sont : 1) de respecter les Droits d'autrui, 2) de participer à la vie de la Cité comme celle-ci entend qu'il participe, 3) d'être solidaire de ses Concitoyens.
23. Les Droits fondamentaux du Citoyen sont : 1) la Sécurité, 2) la Liberté, 3) l'Accès.

TRAVAIL & DROIT D'ACCES :

24. Participer à la vie de la Cité est un Devoir civique ; le Travail est une forme particulière de participation à la vie de la Cité, de ce Devoir.
25. Est un Travail toute activité, reconnue par la Cité, engendrant un échange de Travail entre les Citoyens, sous forme de biens, de services, ou autre.
26. Un Citoyen Travaille avant tout pour la Cité ; les fruits de son Travail sont destinés à la Cité, à l'ensemble des Citoyens, au marché.
27. Les Travailleurs remplissent le même Devoir, sont complémentaires, sont également utiles à la Cité & méritent de la part de la Cité les mêmes égards, les mêmes Droits.
28. Le Travail est, pour les individus valides, de façon générale, la porte de la Citoyenneté.
29. Un Travailleur est un Citoyen ; le seul salaire digne d'un Travailleur est la Citoyenneté, la reconnaissance de son statut de Citoyen, la possibilité d'exercer tous les Droits du Citoyen.
30. En tant que Devoir, Travailler génère le Droit d'accéder au produit ou aux bienfaits de la Cité.
31. Le Droit d'Accès est égal pour tous les Citoyens, ne porte que sur ce qui est issu du Travail & ne peut être exercé que sur les produits présents sur le marché.
32. Les biens qu'un Citoyen retire du marché par l'exercice de son Droit d'Accès deviennent des propriétés légitimes.
33. Tous les bienfaits de la Cité étant le fruit du Travail & réunis sur le marché, étant donc accessibles par le seul exercice du Droit d'Accès, tout Travailleur ou Citoyen privé de ce Droit est privé de tout ce que la Cité offre, de tout ce que la Cité lui doit en tant que Citoyen.
34. L'inégalité du Droit d'Accès aux bienfaits de la Cité entre Citoyens est une atteinte fondamentale au Principe d'Egalité ; c'est l'anéantissement de la Cité.

DROIT D'ACCES :

35. Comme la Liberté, générée par le respect des Droits d'autrui & bornée par l'exercice par les autres de leur propre liberté, le Droit d'Accès est généré par le fait de Travailler ou d'être Citoyen & est borné par le seul exercice par les autres de ce même Droit.
36. Le Droit d'Accès n'est donc pas attaché à la présence sur un compte d'unités de quelque nom que ce soit, mais à la Citoyenneté qui ne se quantifie pas & signifie la même chose pour tous les Citoyens.
37. Les limites du Droit d'Accès étant indéfinies, le pouvoir d'achat des Citoyens est théoriquement infini & donc est égal.
38. Tout Citoyen a le Droit de consommer autant qu'il le peut, autant que les possibilités réelles le permettent.

ECHANGE & MOYEN D'ECHANGE :

39. Un moyen d'échange est un moyen par lequel les Citoyens échangent indirectement leurs productions, en leur permettant d'accéder au marché où tous les produits sont réunis & anonymes.
40. La monnaie est un moyen d'échange ; le troc est un système d'échange.
41. Troc & monnaie - quoique l'échange soit direct dans le premier, & indirect dans le second - imposent aux producteurs de considérer leur production comme étant à eux & de l'échanger au mieux de leurs intérêts ; le Travail n'est pas alors un Devoir envers la Cité, mais envers soi-même, ce qui est logique dans l'état de nature, mais plus lorsque les hommes sont sensés être en société.
42. La monnaie perpétue le principe fondamental du troc, l'échange d'individu à individu reposant sur la valeur supposée des objets échangés.
43. L'échange monétaire ne prend en compte la dimension sociale ni de l'échange ni des protagonistes de l'échange.
44. En tant que Citoyen, le Travail est un Devoir envers la Cité ; ses fruits sont destinés à la Cité qui, en échange, doit garantir au Travailleur les Droits du Citoyen, dont le Droit d'Accès ou de consommer.
45. Le moyen d'échange logique de la Cité a pour but principaux : d'une part de permettre aux vendeurs la vérification de la Citoyenneté des acheteurs, d'autre part, de permettre à la Cité de vérifier que les vendeurs Travaillent, tous les Travailleurs étant directement ou indirectement - par le biais de l'entreprise - des vendeurs.

CARTE CIVIQUE :

46. Tout Citoyen doit disposer d'un moyen d'accéder au marché en prouvant sa Citoyenneté, sachant que celle-ci résulte de l'accomplissement des Devoirs du Citoyen & n'est donc pas nécessairement éternelle.
47. Le Droit d'Accès étant reconnu & accordé aux Citoyens par la Cité, la Cité doit doter les Citoyens d'un moyen sûr de prouver leur Citoyenneté en temps réel.
48. Ce moyen doit être à l'usage exclusif de celui auquel la Cité le remet.
49. Pour satisfaire ces contraintes, un tel moyen doit reposer sur les nouvelles technologies, & en particulier l'informatique.
50. Techniquement, la Carte civique, qui est le moyen en question, s'utilise comme une carte de crédits.
51. La Carte civique permet de se connecter à une banque de données informatiques contenant l'information à propos de la Citoyenneté dont dépend fondamentalement le Droit d'Accès au marché.
52. Lorsque sa Citoyenneté est attestée par ce moyen, le Citoyen peut faire valoir son Droit d'Accès autant qu'il le désire & que cela lui est possible.
53. Les pouvoirs que confère la Carte civique à son propriétaire ne sont rien moins que les Droits du Citoyen & ne peuvent être exercés que par ledit Citoyen.
54. Que la Carte civique confère un pouvoir d'achat théoriquement illimité, n'exclue pas que la loi, pour certains produits & des raisons de bon sens, fixe des limites, égales pour tous les Citoyens.

DIFFERENCES CARTE CIVIQUE / MONNAIE :

55. La Carte civique est délivrée par la Cité ; la Cité peut donc, sans peine, assurer l'existence dans la dignité de toutes les personnes invalides, âgées, &c., ou exerçant des activités que le capitalisme est incapable de reconnaître, &c.
56. Seule la Carte civique, strictement personnelle comme les Droits eux-mêmes, permet d'accéder au marché de la Cité.
57. Les Droits d'un Citoyen sont indissolublement liés au Citoyen, & uniformes pour tous les Citoyens.
58. Chaque Citoyen doit mériter lui-même ses Droits, sans pouvoir dépouiller autrui des siens.
59. La Carte civique étant conférée par la Cité, les Droits du Citoyen dépendent de l'acquittement de ses Devoirs envers la Cité & non plus de l'arbitraire de celui qui paye & qui a toujours intérêt à trouver des prétextes pour payer le moins possible afin de conserver le plus de droits possible.
60. La monnaie impose une mentalité individualiste ; la Carte civique développe l'esprit civique & la conscience des Droits.
61. La monnaie repose sur un concept d'échange ; la Carte civique repose sur un concept de société.
62. Des unités monétaires limitent arbitrairement & différemment le pouvoir d'achat des Citoyens ; la Carte civique, en supprimant toute limite arbitraire, génère l'égalité du pouvoir d'achat des Citoyens, & donc leur égalité en Droits fondamentaux.
63. Avec la Carte civique il n'y a plus ni riches ni pauvres, ni exploiteurs ni exploités, mais des Citoyens égaux en Droits.
64. La monnaie impose l'inégalité ; la Carte civique impose l'Egalité.

CONSEQUENCES IMMEDIATES DE LA CARTE CIVIQUE :

65. Le Travail - ou la participation à la vie de la Cité - étant, pour les individus valides, la seule façon de mériter la Citoyenneté & d'obtenir la Carte civique sans laquelle la vie est impossible dans la Cité, Travailler, apporter à la Cité, est non seulement un Devoir, mais un besoin.
66. La Carte civique engendre une Demande théoriquement infinie ; le chômage involontaire est dès lors impossible.
67. Avec la Carte civique, la Cité ne connaît plus aucun problème de financement & peut entreprendre tout ce pour quoi il est des Travailleurs disponibles.
68. Toute l'énergie de la Cité & des Citoyens peut être consacrée à des choses utiles au lieu d'être perdue à résoudre des problèmes financiers insolubles.
69. La Carte civique n'étant plus un butin potentiel, le vol & les voleurs, sous toutes leurs formes, perdent leurs moyens & leur raison d'être.
70. Les Citoyens, ainsi que les collectivités ( communes, entreprises, association, Cité, &c. ), étant affranchis vis-à-vis de l'Etat de toute dépendance financière, ayant la loi comme seul lien, sont aussi libres qu'il est possible de l'être en société.
71. Les Citoyens ayant un égal pouvoir sur la production, acquièrent un poids politique inégalé.
72. Le Travail étant un Devoir envers la Cité, la Cité qui accorde la Carte civique, doit nécessairement, dans l'intérêt général, exiger des entreprises des résultats dont dépendra la validité des Cartes de ses employés.
73. Un moyen d'échange, en l'occurrence la Carte civique, suppose que le marché - c'est à dire les Citoyens en tant que consommateurs - soit, en fin de compte, seul juge de l'intérêt d'une production ou d'une activité ; l'objectif réel des entreprises, au-delà des résultats que la Cité attend d'elles pour pouvoir reconnaître qu'elles ont mérité de la Cité, est donc de satisfaire les Citoyens.
74. Les Droits des Travailleurs ne dépendant plus de l'entreprise pour laquelle ils Travaillent, mais de la Cité dans laquelle ils vivent, & les Travailleurs étant collectivement responsables envers la Cité des résultats de leur entreprise, une forme d'autogestion s'installe.
75. Les Travailleurs n'étant plus exploités, c'est à dire frustrés de leurs Droits de Citoyens, le Travail est perçu différemment, comme un service mutuel.
76. Tous les Citoyens ayant potentiellement accès à tous les biens, la propriété perd son prestige, son sous-entendu social ; les biens sont désirés pour eux-mêmes & non plus pour épater la galerie.
77. Les Principes étant dans les faits, les Citoyens ont pleinement conscience de leurs Droits, sont prêts à les défendre & sont donc assurés de les conserver.
78. L'abolition d'un moyen d'échange exigeant une mobilisation générale des Citoyens qui ne se mobilisent jamais que pour plus de justice, la Carte civique est plus à l'abri de la contestation que la monnaie ; l'Egalité est donc inaltérable & les hommes n'ont d'autre choix que de s'adapter à ce nouveau paramètre.
79. Les hommes ne tournent plus autour de Largent ; la Cité tourne autour de l'Homme.
80. Les tensions sociales s'apaisent ; les hommes s'assagissent.

Dimanche 20 avril 2003.

07 H 46.

Bonjour,
Plutôt que de répondre point par point, une simple question : qui va faire respecter l'égalité et sur quels critères ? C'est le vice profond de toutes ces théories qui mettent en avant une égalité qui se confond très rapidement avec une identité modèle fourmi : la puissance régulatrice. Quand on reprend Rousseau, on tombe exactement sur même hic : il parle de "peuple souverain", de "sages régulateurs"... mais Hitler prétendait aussi parler au nom du "Peuple allemand" et n'être que l'interprète de ses volontés... L'égalité telle que je la vois est avant tout une égalité de devoirs. Et seuls les devoirs assumés créent des droits. Exemple pratique, le droit au logement. Celui qui n'a pas pu, su ou voulu assumer le devoir de payer les maçons, le plâtre et les briques n'a pas acquis de droit à se loger. L'argent à ce niveau n'intervient plus que comme mode d'évaluation du devoir assumé. Il n'est plus la pièce centrale. La pièce centrale est le choix individuel d'assumer tel ou tel devoir par priorité pour acquérir tel ou tel droit qui en découle. J'ai vu au Liban des gens qui vivaient dans des gourbis mais dont les gosses allaient dans des écoles privées. Leur choix, leur liberté, comment faire rentrer l'égalité de tous dans ce type de comportements ?

Bien amicalement, Michel PRIEUR

Salut Michel,

Je n'arrive pas à comprendre comment en posant a priori les mêmes postulats que moi, tu n'arrives pas, du moins pour le moment, à entendre ce que je te dis. Ai-je jamais dit que les Droits ne seraient pas le fruit de Devoirs ? Bien sûr que non puisque je pars du Principe que l'égalité en Droits & la conséquence de l'égalité des Citoyens en Devoirs. Comme je te l'ai dit précédemment, les Citoyens sont complémentaires. Ils remplissent le même Devoir quoique de façon différente, d'où leur logique égalité en Droits. Il va de soi que la Cité s'assure que chacun ait effectivement rempli ses Devoirs.
Quelles que soient les vertus que tu attribues à la monnaie, tu me sembles oublier que l'égalité en Droits est impossible avec. Tu dis qu'elle doit servir à évaluer le Devoir effectué, c'est-à-dire la valeur du travail accompli. Je te retourne donc la question : qui détermine cette valeur ? cette valeur est-elle juste ? Pour ma part, il n'y a pas de sous-métiers, mais crois-tu que les droits ne soient pas en proportion du salaire & que, moins on est payé, moins on a effectivement de droits dans le système monétaire ? Diras-tu qu'un manœuvre qui s'échine toute la journée doit avoir moins de droits qu'un bureaucrate, sous prétexte qu'il travaille avec ses bras & non avec sa tête ? Je dis non, car chacun a besoin de l'autre. Or on peut faire le même constat à partir de tous les travailleurs, & même de tous les Citoyens, car même si tous ne travaillent pas, tous participent à la vie de la Cité. Crois-tu qu'une mère qui élève ses enfants doive avoir moins de droit qu'un père qui rapporte le beefsteak ? Non sans doute ! Mais qui tient compte de toutes ces activités annexes & pourtant primordiales dans la Cité ? Le capitalisme peut-il se permettre de les rémunérer ? En fait, Largent oblige à nier tous les Principes de l'ordre social.
Fais attention ! sans t'en rendre compte, tu m'opposes les arguments qui servent précisément à justifier le capitalisme dont tu ne me sembles pas partisan. Or comment sortir du capitalisme & résoudre son cortège de fléaux si l'on raisonne comme un capitaliste ? il n'y pas d'autre alternative à Largent & l'inégalité que l'Égalité & la Carte civique… & je dis bien Largent, & non pas seulement la monnaie.
Tu me demandes qui va faire respecter l'égalité & sur quels critères. Il me semblait pourtant être assez clair ! De même que la monnaie est la clé de voûte de l'inégalité, la Carte civique sera celle de l'Égalité. Quand un Citoyen désirera quelque chose, ce sera par le fait même d'être Citoyen qu'il accèdera au marché, de sorte que son pouvoir d'achat n'étant pas limité par des unités, il sera théoriquement illimité. Or l'infini étant toujours égal à l'infini, de fait tous les Citoyens seront égaux en Droits. Nul ne définira l'étendue du droit d'accès, il sera fatalement égal pour tous les Citoyens.
Comprends que je sois obligé de passer nombre de détails ; je ne peux pas t'écrire un bouquin à chaque fois. En te parlant de la Carte civique, je te révèle le cœur du système. Tout en découle. A partir de là, tu peux trouver toi-même toutes les réponses aux questions que tu me poses, à condition bien sûr d'y réfléchir deux minutes. Mais voici cependant un point essentiel : il ne peut pas y avoir d'égalité en Devoirs dans l'inégalité en Droits. Je veux dire qu'il n'y a aucune raison que les individus se contraignent ou soient contraints de s'acquitter des mêmes Devoirs si au final ils ne jouissent pas des mêmes Droits. Or c'est ce qui est aujourd'hui. Maintenant, imagine que tous les Citoyens soient de fait égaux en Droits : ne crois-tu pas qu'il s'exercera une pression pour que chacun s'acquitte des Devoirs qui seront sensés être les siens ? Qui aura encore l'excuse d'être mal payé pour tirer au flanc ? Sera-ce l'opprimer que d'exiger de lui qu'il mérite ce dont il jouira ?
En un mot, l'Égalité & la Carte civique génèreront une force des choses différente de celle qui régit le monde capitaliste & qui trouve sa source dans Largent & la monnaie. Une fois que l'on a compris cela, que l'on a reconnu que l'Égalité est le Principe fondamental d'une société & qu'il n'y a pas de justice dans l'inégalité, il ne reste plus qu'à imaginer comment les choses seront obligées de s'organiser sous la pression non pas des hommes mais de cette nouvelle force.

Au plaisir de t'apporter de nouvelles précisions,

Salut & fraternité, Philippe

16 H 10.

Bonjour !
Tu n'as pas répondu à l'une des deux questions sauf de manière très "Rousseau" : " Qui assure et contrôle l'égalité et sur quels critères ? " Tu précises " Il va de soi que la Cité s'assure que chacun ait effectivement rempli ses Devoirs." Mais c'est là que le bat blesse ! Qui parle et décide pour la Cité et de quel Droit ? Choisi par qui et contrôlé comment ? En clair, comment éviter Pol Pot ? Nous ne partons pas exactement des mêmes présupposés. Je vois les Droits comme "récompense" de Devoirs accomplis alors que tu sembles les juxtaposer. Pas de devoir assumé, pas de droit. Donc retour à l'argent car choix de l'individu des devoirs qu'il souhaite remplir pour disposer de tel ou tel droits. Comment le répartir sinon par l'affection du produit du travail, et pour un choix individuel, comment matérialiser ce produit sinon par l'argent ?
Pour moi non plus il n'y a pas de sous-métiers ne serait-ce que dans le sens où celui qui fait ""un sous-métier" évite à quelqu'un d'autre de le faire. Mais cela ne signifie pas une nécessaire égalité des revenus et nous retournons au problème que j'avais soulevé dès le début à savoir l'inégalité à la naissance. Ce que peut faire quelqu'un n'est pas forcément ce qu'il voudra faire. Nous connaissons tous des gens surdoués qui sont d'une fainéantise écœurante. Comment stimuler sinon par une différence de revenu. Et qui le contrôle s'il n'existe pas un marché, de quel droit et en vertu de quels critères ?
On ne choisit pas toujours de gaîté de cœur les systèmes auxquels on adhère faute de mieux. La Démocratie, par exemple, m'apparaît comme une vaste foutaise mais je n'ai pas encore trouvé moins pire.. Le Capitalisme m'apparaît comme un tueur de peuples, de vies et d'identités mais il fait moins de dégâts que la planification étatique sans parler du déjà cité Pol Pot. Celui-ci est loin d'être inintéressant dans ce débat car il est le seul à l'époque moderne a avoir supprimé radicalement l'argent.
Qui contrôle ? Qui juge ? Qui sanctionne ? Là est toujours la question.

Bien amicalement, Michel PRIEUR

Salut Michel,

Avant d'essayer de te répondre en détail, juste une remarque : tu oublies que la monnaie n'est pas un fait individuel, mais un fait collectif. Tu dis pas de Devoirs assumés, pas de Droits, donc retour à l'argent. Or si le système n'est pas monétaire, il n'y a pas moyen de revenir à la monnaie, donc en réalité, il n'y a pas moyen d'échapper aux Devoirs qu'impose la Cité. Il ne faut pas pour autant croire que parce que la Cité, c'est-à-dire, l'ensemble des Citoyens, impose des Devoirs, c'est-à-dire que les Citoyens s'imposent à eux-mêmes des Devoirs, c'est Devoirs soient démentiels ! pas du tout. Les Devoirs que la Cité exige des Citoyens envers elle sont ce que chaque individu fait naturellement pour lui hors de la société, c'est-à-dire dans l'état de Nature.
Si donc le système t'assure une égalité de Droits par rapport à tes Concitoyens, égalité qui ne peut passer par la monnaie, tu ne peux, en tant qu'individu, faire partie de ce système sans être l'égal de tes Concitoyens, ce qui ne veut pas dire que tu ne puisses renoncer à en faire partie. Mais objectivement, qui préfèrera gratter la terre & récolter le ridicule fruit de ses faibles moyens au lieu de fournir autant sinon moins d'efforts dans la société pour infiniment plus d'avantages ?

[ Rajout : Remarque par ailleurs que tu parles volontiers de droits. Or il n'y a pas de droit sans société. Car qu'est-ce qu'un droit sinon une convention ? Un droit est par nature une liberté qui t'es reconnue & garantie, mais reconnue & garantie par qui ? Lorsque tu es seul, tu te débrouille pour survivre. Personne ne te reconnaît le moindre droit. Le plus fort règne en maître. Mais en société, pour les autres te garantiraient-ils un droit dont ils ne jouissent pas eux-mêmes, & vice versa ? Si donc il n'y a pas d'égalité en Droits, c'est qu'en fait il n'y a ni droits ni société. La conception des droits individualistes ou individualisés est une vue de l'esprit & une fumisterie! ]

J'en viens maintenant aux points que tu soulèves. Mais tout d'abord tu oublies une chose fondamentale : la Carte civique n'est pas de la monnaie mais est un moyen d'échange, un moyen d'accéder au marché, comme le permettent les cartes de crédits. Or, par définition, un moyen d'échange exclu la répartition étatique de la production… donc pas de contrôle à ce niveau-là.

Tu négliges ensuite un paramètre essentiel : l'Égalité. Dans l'inégalité en droits, l'État, les lois, toutes les institutions, &c., sont au service des puissants, c'est-à-dire de ceux qui disposent du plus de droits & qui ont le moyen de faire pression sur tout le reste. Que peut-il en être dans l'égalité, c'est-à-dire lorsque tous les Citoyens ont le même poids politique car tous ont les mêmes Droits économiques ? Comment les lois, qui que ce soit qui les fasse, pourraient-elles avantager tel ou tel aux dépens de tel autre, alors qu'elles s'appliquent également à tous. Les lois doivent donc satisfaire les intérêts de chacun. Dans tous les cas, elles pèsent également sur tous.

Maintenant tu as à la fois raison & tort quand tu dis que la Démocratie t'apparaît comme une vaste foutaise, car ce que nous avons sous les yeux est effectivement une foutaise mais n'est pas de la Démocratie. Je viens de t'en donner les raisons : dans l'inégalité tout est tourné en faveur des puissants & non du peuple, c'est-à-dire de l'ensemble des Citoyens. Car il ne faut pas non plus se méprendre. Bien que l'on utilise les termes, aujourd'hui il n'y a pas plus de Citoyens que de Démocratie. Il ne suffit pas que les individus aient un droit de vote bidon pour que la Démocratie règne, alors que les droits sont inégalement répartis. Nous espérons de la " démocratie " qu'elle assurera à tous les mêmes droits, ce qui est une utopie dans un système inégalitaire par nature. En fait, il n'y a que l'Égalité qui puisse garantir la Démocratie. La Démocratie n'est pas un état dans lequel les Citoyens espèrent jouir un jour de leurs Droits mais dans lequel ils en jouissent effectivement & sans possibilité aucune de pouvoir les leurs ravir ( ce qui ne veut pas pour autant dire que ces Droits ne se méritent pas ).

Enfin, pour répondre à ta pressante question : qui contrôle ? Le système politique pourrait être celui que nous connaissons : Parlement ( élu ), Gouvernement ( choisi par le Président ), Président ( élu ). Mais la " démocratie " représentative est une négation de la souveraineté du peuple. On voit bien que les élus une fois en place se cognent de la volonté du peuple dont ils usurpent la souveraineté ! J'imagine donc, & cela sera aussi logique dans l'Égalité que ça n'aurait aucun sens dans l'inégalité, une sorte de jury national composé de Citoyens tirés au sort & régulièrement renouvelé. J'appelle ce jury Tribunal de l'Opinion Publique. Ce T.O.P. serait le seul & unique contre-pouvoir ( au niveau national j'entends ). Sa fonction première serait d'adopter ou rejeter les lois proposées par le Parlement. Il pourrait également s'opposer, dans certaines conditions, à la politique du Gouvernement. Je précise que les décisions du T.O.P. seraient prises à une majorité des deux tiers.
Déjà tu peux voir que les lois ne pourraient être contraires aux intérêts du peuple parce qu'elles seraient en grande partie son ouvrage. Sans doute conviendras-tu que ce système sera plus démocratique que jamais.
Sur le plan économique, il y aura effectivement besoin d'organismes de régulation & de contrôle, mais rien de ce à quoi tu t'attends.
Un Citoyen doit participer à la vie de la Cité. Mais s'il est libre, dans la mesure de ses propres possibilités, de choisir la façon dont il veut participer, ce n'est pas lui qui déclare qu'il participe, mais la Cité qui, à la vue de ce qu'il fait, reconnaît qu'il a effectivement participé. C'est donc à la Cité de déterminer ce qu'elle considère comme une participation. En un mot, chaque Citoyen, en fonction de ce qu'il fait, à des résultats minimum à atteindre ( ce qui ne veut pas dire que ces résultats soient faibles ). Ceci est aussi vrai pour les travailleurs indépendants que pour les entreprises. Il faut donc que la Cité instaure des organismes qui, d'un commun accord avec les entreprises & conformément à la loi, érigent les conventions de chaque entreprise, c'est-à-dire lui fixent les résultats minimum de vente qu'elle doit absolument atteindre sous peine de sanctions. Il y aura bien sûr des commissions pour chaque domaine d'activité. Je me suis longtemps demandé comment composer ces commissions. Je pense avoir trouvé une réponse. Tout d'abord, elles siègeront au niveau préfectoral & sous-préfectoral. Elles seront ou pourraient être présidées par une personne nommée par un ministre. Mais la commission sera en elle-même composée de Citoyens tirés au sort, c'est-à-dire par un jury populaire, puisque les conventions seront établies au nom du peuple.

Je redis que les résultats que les entreprises devront atteindre seront des résultats en terme de vente & non de production. Que se passera-t-il alors ? Une fois qu'une entreprise saura quel résultat elle doit atteindre pour une période donnée, ce sera à elle de jouer, de tout faire pour l'atteindre. Remarque que les entreprises auront un pouvoir d'achat indéterminé ce qui correspondrait aujourd'hui à un budget illimité. Si donc une entreprise n'atteint pas ses résultats, ce ne sera pas faute de moyens mais faute de volonté. Devra-t-elle pour autant se contenter d'atteindre ses résultats ? Pense que les Citoyens auront un pouvoir d'achat indéfini & qu'ils achèteront donc ce qu'il y aura de mieux. Pour avoir ou conserver ses clients, une entreprise devra donc les attirer, par quoi sinon par la qualité de ses produits ou de ses services ? Par ailleurs, les entreprises n'auront pas le droit de refuser de vendre. Elles devront donc satisfaire tous leurs clients. Or une entreprise qui se la coulera douce, risquera de voir une entreprise concurrente lui piquer ses clients & donc de ne pas atteindre ses résultats. Je te laisse imaginer le dynamisme économique de ce système.
Ceci dit, il faudra aussi contrôler les résultats atteints par les entreprises qui seront généralement des résultats de vente. Or pour acheter ou consommer, les Citoyens utiliseront une Carte. Tout se fera par informatique. Faut-il beaucoup d'explications pour comprendre avec quelle facilité le contrôle de l'activité des entreprises s'effectuera ?

Voilà, je n'ai pas le temps de t'en dire plus & je ne pourrais pas te répondre avant demain matin.

Salut & Fraternité, Philippe


Lundi 21 avril 2003.

07 H 40

Bonjour ,

Ta confiance en la Nature humaine me fascine. Un système tel que tu le décris débouchera en quelques mois au plus en une dictature absolue d'un petit groupe qui aura trusté le contrôle de la "Cité" et de l'"Opinion publique". Pour que ton système fonctionne, il faudrait que les individus qui le composent soient totalement conscients et impliqués, fonctionnant en Démocratie directe comme à Athènes au Ve siècle avant JC : un rêve... C'est la Fin de l'Histoire. Nous en sommes au début. Connais-tu "La Ferme des animaux" d'Orwell ?. C'est là que l'on trouve le fameux " Tout les animaux sont égaux mais il y en a qui le sont plus que d'autres." Il répond à la question que je te pose depuis le début : qui contrôle, nommé en fonction de quoi, sanctionnant selon quels critères et ne parle pas d'un contrôle par "l'Opinion Publique" : l'opinion publique ce sont les spectateurs de TF1. Tu as envie d'être contrôlé dans tes moindres activités par les gens qui regardent TF1 ?

Bien amicalement, Michel PRIEUR

Salut Michel,

Mais qu'est-ce que tu racontes ! C'est à croire que tu n'as rien lu de ce que j'ai écrit ! Tout d'abord je me défie sans doute autant que toi des hommes que j'ai sous les yeux. Je sais qu'ils n'agissent que par intérêt. Toute la question est donc de savoir quel est leur intérêt dans un contexte donné. Or, à propos d'hommes vivants sous l'Égalité, tu raisonnes avec des hommes n'ayant jamais connu que l'inégalité !
Ensuite tu me poses une question à laquelle je t'ai répondu dix fois. Mais tu n'entends pas la réponse que je te donne parce que tu veux à toute force que le contrôle soit détenu par quelqu'un ! Pourquoi crois-tu que je dénonce Largent & seulement lui ? Parce qu'il n'y a besoin de rien d'autre pour maintenir un ordre des choses inégalitaire, oppressif & tyrannique ! Tu vois bien que les hommes politiques peuvent renforcer l'inégalité en se faisant tyran, mais qu'ils ne peuvent en rien instaurer l'Égalité dans un système monétaire malgré tout la volonté du monde ! Or ce que fait Largent ou la monnaie dans le sens de l'inégalité & de l'injustice, la Carte civique le fera dans le sens de l'Égalité & donc de la Justice. Alors, au fond, peu importera qui décidera quoi… aucune décision humaine ne pourra anéantir l'Égalité. D'où une nouvelle force des choses, les hommes étant obligés de raisonner en fonction de l'Égalité comme nous nous adaptons à l'inégalité. Ils n'auront pas même à défendre ce qu'il nous est impossible de conquérir !
Tu parles de dictature… j'aimerais bien savoir comment des Citoyens égaux en Droits pourraient plier sous une dictature ! Je ne te parle pas d'un système prétendant apporter aux Citoyens l'Égalité, mais d'une Cité où les Citoyens, par la Carte civique, serait réellement égaux ! Réfléchis aux systèmes auxquels tu fais référence, tu verras que l'inégalité en est la base avant même qu'un tyran en soit le sommet. [ Rajout : Ne remarques-tu pas par ailleurs que je n'ai de haine envers rien ni personne, si ce n'est envers Largent en lui-même. Or une dictature n'a de sens que s'il s'agit de proscrire les riches ou de contenir les pauvres. A quoi bon si, du fait de la Carte civique, il n'y a plus ni riches ni pauvres. La Terreur est une politique de classe qui n'a aucune raison d'être lorsque tous les Citoyens forment une seule classe. ]
Tu redoutes la surveillance des spectateurs de TF1… mais où as-tu vu, où ai-je écrit, que toute ta vie serait sous surveillance en général & sous la leur en particulier ? Remarque par ailleurs que, si tu ne fais pas confiance au peuple, tu rejettes la démocratie & prônes une forme de dictature, que ce soit celle d'un individu, de plusieurs ou d'une caste ! Ainsi, tu es prompt à critiquer ce que je te dis après l'avoir complètement déformé ou ignoré, mais tu ne vois pas que ce que tu reproches " à mon système " est précisément ce que tes arguments produiraient. J'en arrive donc à me demander ce que proposes-tu de ton côté ? Car d'après ce que tu dis tu n'es ni contre Largent ni pour l'Égalité ! Voudrais-tu donc que les choses changent sans rien y changer d'essentiel !

Salut & Fraternité, Philippe

14 H 30.

Je t'ai bien lu et je ne crois pas une seconde à la possibilité de mettre en pratique tes constructions théoriques sans un régime policier comme on en a rarement vu sur cette planète. Je ne crois pas une seconde qu'il soit possible de supprimer l'argent simplement parce que rarissimes sont les gens qui le souhaitent : tu es la seul personne qui ai jamais soulevé l'idée sérieusement depuis Le Che et Pol Pot.
Je ne vois pas l'intérêt de discuter des constructions théoriques qui sont tout à fait bien organisées mais omettent la réalité des réactions humaines. Je crois effectivement que l'argent fait partie d'un mode de pensée et qu'il serait possible de s'en abstraire : beaucoup de groupes humains l'ont fait, des communes primitives aux groupes monastiques. Mais ton erreur vient d'une volonté de généralisation à toute une population, mille, deux mille, dix mille ans peut-être avant que cette population soit mentalement prête à faire ce saut.
Pour moi la vraie Démocratie commence par entendre ce que les gens (et non pas le Peuple, construction mythique) demandent. Il existe des dizaines de moyens de diminuer l'importance de l'argent ne serait-ce d'abord que par les bons de travail non cumulables. Tu connais les expériences des SELS ? Quand elles se généraliseront, je commencerais à penser que nous pouvons réfléchir à passer à une civilisation démonétarisée. D'ici-là, je ne pense pas que ce soi possible. Peut-être que la différence essentielle entre nous est que je privilégie la Liberté contre tout et toi l'Egalité.
Une question pratique : m'as-tu écrit à propos de argent.fr ? Je mets en ligne les contributions reçues sur argent.fr, sans commentaires à http://www.argent.fr/retours.htm . Usuellement, je ne mets jamais l'e-mail de l'auteur, pour des raisons de discrétions, mais je peux rajouter le tien si tu le souhaites et mettre en ligne le texte de synthèse que tu m'enverras. Je suis sûr que les réactions, ou les non-réactions, seront intéressantes.

Bien amicalement, Michel PRIEUR

Salut Michel,

D'accord, tu m'as lu mais tu ne m'as pas entendu. Car m'expliqueras-tu à quoi servirait un système policier ? Il va de soi que ce système ne pourra ni ne devra être instauré sans le peuple. Or si ce point diminue la nécessité d'une forte présence policière, le fait que le système repose intégralement sur la Carte civique la rend complètement inutile pour les mêmes raisons que le capitalisme existe tant que la monnaie est debout & qu'il n'a pas besoin pour être d'un renfort policier.

Largent fait partie d'un mode de pensée… parce que la monnaie fait partie de notre monde tout court & que nous ne pouvons en faire abstraction. Il en serait de même avec la Carte civique & l'Égalité. Les hommes ne seront jamais réellement prêts à abolir Largent mais ils s'y résoudront le jour où ils n'auront pas le choix, lorsque le capitalisme se sera effondré, lui qui engendre tant des problèmes sans pouvoir en résoudre aucun. En revanche, aussitôt la Carte civique en vigueur & l'Égalité en pratique ils n'auront pas même besoin de réfléchir comment les choses fonctionneront… ils raisonneront naturellement en fonction de l'Égalité.

Tu ne conçois possible l'abolition de Largent que le jour où les SEL se généraliseront. Or SEL = Système d'Échange Local. Non seulement les SEL ne peuvent par définition se généraliser, mais ils reposent toujours sur Largent, c'est-à-dire la notion de valeur. S'ils se généralisaient, les SEL ne tarderaient pas à devenir des systèmes monétaires. Si donc tu penses nécessaire l'abolition de Largent, pourquoi attendre la Saint Glinglin ?

Non ! je ne suis pas la seule personne à vouloir ou avoir voulu abolir Largent. Mais je suis sans doute effectivement le premier à concevoir Largent tel que je l'expose & à vouloir l'abolir de fait en remplaçant la monnaie par une Carte civique. Outre les nombreux projets ridicules qui prétendaient mais qui, au fond, n'abolissaient pas Largent, j'ai trouvé sur Internet d'autres sites qui, sans proposer tout à fait les mêmes conceptions que moi, n'en sont pas très loin.

Tu parles de la réalité des humains… & moi j'attire ton attention sur la réalité tout court ! A quoi conduira l'usage exclusif de cartes de crédits sinon vers un totalitarisme ? Combien de temps survivra le capitalisme alors que sa base, la monnaie, est en train de se fragiliser à force de se désincarner ? Dans ces conditions, l'abolition de Largent est-elle impensable & souhaitable ?

Enfin, tu dis que je privilégie l'Égalité à la Liberté. Il est vrai que des Citoyens égaux en Droits, libres d'accéder à tout & donc de faire quasiment ce qu'ils voudront sera les priver de liberté ! De ton côté, tu parles de liberté, mais tu oublies que pas d'argent = pas de liberté ! Prends des exemples de choses à faire & tu verras que les individus seront bien plus libres de les accomplir dans la Cité que sous le capitalisme. Du moins, si tu en doutes, si tu ne vois pas comment, attends avant de fixer ton opinion que je t'ai répondu !

Au lieu donc de balayer d'un revers de main mes explications, j'espère si tu me réponds que tu contrediras point par point chacune de mes répliques, preuve d'une part que tu en tiens compte, seul moyen d'autre part pour que tu saisisses les subtilités du " Civisme " & les réalités de la Cité.

Salut & Fraternité, Philippe

PS : Je ne t'avais pas écris pour que tu mettes en ligne un texte de moi. J'ai cru que tous les textes étaient de toi & que tu serais une personne capable de m'entendre. Maintenant, pourquoi pas ! Laisse-moi le temps de réfléchir & je t'enverrai un texte à publier.

16 H 00.

Pourquoi un système policier ? Tu y as répondu toi-même " Les hommes ne seront jamais réellement prêts à abolir Largent mais ils s'y résoudront le jour où ils n'auront pas le choix ". Comment faire qu'ils n'aient plus le choix ? Simple, avec un système policier. Il n'y a pas d'autre méthode. Cela fait des millénaires que nous avons des philosophes, des saints, des sages et des savants qui prêchent, écrivent, exhortent à, pour faire simple, "rejeter Satan, ses pompes et ses œuvres", en clair à rejeter le Mal. Résultat ? Changement nul. Tu lis des textes sur la corruption de Rome et le journal du jour, suffit de changer les noms. Tu veux lire un bon texte sur l'impérialisme ? Tu as le choix entre Bush et César : méthodes, mobiles, motifs, organisation, identiques à la virgule près. OK, César voulait ce qui était La richesse suprême en son temps, la terre, Bush veut l'équivalent actuel, le pétrole. OK, sur le plan humain, César était un génie, Bush est un pantin.
A quoi ont servi les philosophes, les saints et les prêcheurs ? A diminuer légèrement le taux de barbarie. Encore quelques dizaines de milliers d'années, nous serons peut-être à peu près civilisés. Et alors nous n'utiliserons probablement plus l'argent. D'ici là, tu seras obligé de forcer les gens à la schlague et là, ça ne marche plus. Parce qu'ils ne sont pas d'accord, même quand ils ont tort.
Autre illusion qui sent son Jean-Jacques "ils raisonneront naturellement en fonction de l´Égalité". Non ! Ce n'est pas vrai : ils raisonneront en fonction de leur intérêt immédiat qui sera tout sauf une idée aussi abstraite et aussi difficile à appliquer dans la vie réelle que l'Egalité. Regarde l'Histoire : combien de gens ont cru que la Logique, le Raisonnement, le Beau, le Juste et le Bon s'imposaient d'eux-mêmes. Des milliers. Que s'est-il passé ? Rien. Lis ton journal, dis-moi où tu trouves la logique, le raisonnement, le Beau, le Juste ? Dans les vœux pieux. Je préfère essayer de trouver des stratégies de transition, applicables ici et maintenant, aux hommes tels qu'ils sont, pour diminuer l'inacceptable et l'intolérable. N'oublie jamais que la meilleure méthode pour soigner le rhume, la seule 100% immédiate et efficace, c'est de couper la tête du malade. C'est un peu ce à quoi s'apparente ta théorie....
Elle me rappelle aussi l'algarade que j'ai eu avec un client, le genre gentil, friqué, haut fonctionnaire de bonne famille, propre sur lui et lecteur du Nouvel Obs. C'était la période où le zeuro arrivait et nous nous mettons à en parler - je fais remarquer que le refus d'un référendum sur le sujet laisse rêveur quand à l'idée que le gouvernement se fait de la démocratie et de l'article 1 de la Constitution. Réponse "Le Peuple, Monsieur, il faut lui botter le cul pour faire son bonheur !". Je lui ai répondu "Ne vous inquiétez pas, ça sera réciproque" et je ne l'ai jamais revu.
J'ai passé trois heures à faire http://www.argent.fr/rachelcorrieindex.html pour rappeler que nous vivons dans un monde où certains s'arrogent le droit d'écraser un être humain comme une punaise au nom de leur propre vision de la justice du droit et de la vérité. Et tu viens essayer de me convaincre de contribuer à mettre en place un système qui ne peut fonctionner que par la contrainte ? Etudie l'expérience des SELS : http://asso.francenet.fr/sel/ . Le jour où ces systèmes s'étendront réellement, j'en serai le premier adepte. D'ici là, il faudra contraindre.

Bien amicalement, Michel PRIEUR

Salut Michel,

Je vois que tu n'as toujours répondu à aucune des questions que je t'ai posées & que tu déformes encore tout ce que je t'ai dit. Mais cette fois, je vais faire simple. Je reviens donc à cette question de contrainte puisqu'elle t'obsède.
Je n'ai jamais dit qu'il faudrait contraindre les hommes à abolir Largent, passer outre leur volonté. Tu me fais dire : " Les hommes ne seront jamais réellement prêts à abolir Largent mais ils s'y résoudront le jour où ils n'auront pas le choix ". Tu en conclues donc que je veux les y amener à coups de triques. Or combien ton procédé n'apparaît-il pas petit quand on sait que ma phrase exacte était : " Les hommes ne seront jamais réellement prêts à abolir Largent mais ils s'y résoudront le jour où ils n'auront pas le choix, lorsque le capitalisme se sera effondré ", c'est-à-dire que seul le contexte & non d'autres hommes pourra les y contraindre. Il y a la même différence entre ce que je dis & ce que tu me fais dire qu'entre des hommes qui se jettent à l'eau parce que leur bateau coule & des hommes jetés à l'eau sans raison par des criminels. Il est donc évident que si tu tronques mes dires tu peux sans peine y trouver des failles qui pourtant ne se rapportent en rien à mon système.
Bref, tu es très fort pour extrapoler tout ce que je dis, tu l'es moins pour répondre aux questions simples que je te pose. Excepté le fait que tu rabâches qu'il y a aura besoin de flics, sans considérer un instant qu'une fois la Carte civique en vigueur ils n'auront aucune utilité, pas plus qu'ils ne seront nécessaires pour décider les hommes à abolir Largent le jour où leurs cartes de crédits seront toutes des cartes sans crédits, tu n'as répondu à rien. Je repose donc les questions précédentes.

1) M'expliqueras-tu, d'après ce que je dis & non de ce que tu vas chercher, à quoi serviraient des flics dans l'Égalité ?
2) A quoi conduira l'usage exclusif de cartes de crédits ?
3) Combien de temps survivra le capitalisme alors que sa base, la monnaie, est en train de se fragiliser à force de se désincarner ?
4) Dans ces conditions, l'abolition de Largent est-elle impensable & souhaitable ?
5) Si tu penses nécessaire l'abolition de Largent, pourquoi attendre la Saint Glinglin pour l'abolir ?
6 ) Que proposes-tu ?

Il n'est bien sûr pas la peine de m'écrire en retour si tu te défiles une fois de plus.

Salut & Fraternité, Philippe

Mardi 22 avril 2003.

11 H 00.

1) M'expliqueras-tu, d'après ce que je dis & non de ce que tu vas chercher, à quoi serviraient des flics dans l'Égalité ? : Pour contraindre les gens a respecter les critères de l'Egalité définie par le groupe dirigeant.
2) A quoi conduira l'usage exclusif de cartes de crédits ? Au contrôle total de chaque décision de chaque personne chaque seconde par l'Etat
3) Combien de temps survivra le capitalisme alors que sa base, la monnaie, est en train de se fragiliser à force de se désincarner ? Quand il sera mort, on discutera. Nous serons morts avant car la prétendue "désincarnation", si tu avais lu http://www.argent.fr/jjg1.html, montre au contraire que le réflexe capitalistique est maintenant tellement intégré qu'il n'a même plus besoin de support matériel.
4) Dans ces conditions, l'abolition de Largent est-elle impensable & souhaitable ? De la même manière que la suppression de la mort et de la douleur, l'abolition de Largent est impensable & souhaitable.
5) Si tu penses nécessaire l'abolition de Largent, pourquoi attendre la Saint Glinglin pour l'abolir ? Parce que l'on n'atteint pas un but social seul : on suit un mouvement général de la population en essayant, à titre personnel, de contribuer pour sa propre part." Allons parmi les autres hommes porter les vertus dont nous avons promis de donner l'exemple"
6 ) Que proposes-tu ? Que chacun, dans tous les actes de sa vie, montre à ses co-planétaires capables de le comprendre qu'il est mille fois plus important de respirer une fleur que de la vendre ou de l'acheter, que l'argent est un outil et qu'il ne doit pas être pris pour un but, que de la même manière que nous regardons avec pitié quelqu'un qui se vante d'avoir cinq voitures, nous devons regarder avec pitié quelqu'un qui est fier de son compte en banque pour son compte en banque. Quand les comportements sociaux auront changé, quand une masse suffisamment importante de la population aura glissé de la recherche du plus gros Produit National Brut à celle du plus grand Bonheur National Brut, là, oui, le mouvement se fera de lui-même. D'ici-là, fais comme moi : parle des SELS aux gens que tu connais. C'est le premier pas. Tout le monde doit d'abord l'avoir fait.

Bien amicalement, Michel PRIEUR

Salut Michel,

1) Bon, je crois qu'il va falloir que je revienne sur la base du Civisme, à savoir la Carte civique, & de la Cité, à savoir l'Égalité… sans quoi nous pourrions continuer à parler dans le vide encore longtemps.
Le Principe fondamental de la Cité est que des Citoyens doivent être égaux en Devoirs & en Droits. Considérant qu'un des principaux Devoir du Citoyen est de participer à la vie de la Cité, le travail tel qu'on le conçoit aujourd'hui étant une des formes de participation, tout individu qui participe effectivement à la vie de la Cité est Citoyen & a Droit de ce fait à tous les bienfaits de la Cité. En d'autres termes, un Citoyen qui peut prouver sa Citoyenneté a Droit à tout. La Carte civique est le moyen qui lui permet d'apporter aux commerçants cette preuve.
Un individu qui ne participe pas à la vie de la Cité n'a pas de Carte civique, n'a pas accès au marché & n'a donc droit à rien. Quiconque vit ou veut vivre dans la Cité ne se pose donc pas la question de savoir s'il doit ou non lui apporter sa participation, car entre tout ou rien, il n'y a pas à balancer. Il n'y a donc pas besoin de flics pour imposer aux Citoyens de travailler. Remarque au passage qu'il ne peut pas y avoir de chômage lorsque la demande est illimitée, même si ce n'est que de la théorie.
Alors, tu parles de critères. Pour ce qui est des Droits, on peut dire que, en ce qui concerne le Droit d'accéder au marché, il n'y en a pas. Pourquoi y en aurait-il puisque les Citoyens ont Droit à tout. Pour ce qui est des Devoirs, les entreprises, donc les Citoyens, auront effectivement des résultats de vente à atteindre & qu'elles pourront atteindre si elles font ce qu'elles prétendent faire. En fait, les entreprises ignoreront ces résultats dits conventionnels, car la Cité étant économiquement un système libéral, les entreprises seront en concurrence & devront plus se préoccuper de faire de leur mieux que de faire le minimum exigé. En somme, il n'y aura pas plus besoin de flics dans la Cité pour forcer les Citoyens à travailler qu'il n'y en a aujourd'hui.
Tu parles de dirigeants. Il me semble pourtant t'avoir exposé l'organisation politique de la Cité. Il n'y a pas de groupe de dirigeants. Il y a des élus ( qui ne pourront exercer plus de deux mandats de 5 ans ), des élus qui d'ailleurs ne peuvent faire passer les lois de leur propre autorité puisque celles-ci doivent être approuvée par les deux tiers des membres d'un jury national. Pour ma part, je ne vois pas comment ce jury, composé de Citoyens tirés au sort, quoique volontaires pour siéger pendant un an, pourrait laisser passer des lois anti-populaires, des lois tyranniques. En bref, je ne vois ni qui pourrait exercer une dictature, ni comment ni pourquoi une dictature policière serait nécessaire.
Remarque d'ailleurs qu'une dictature policière n'a de sens que s'il s'agit de comprimer le peuple. Or crois-tu, d'une part, que le peuple soit si prompt à se soulever, d'autre part, qu'il aura plus de raisons de se soulever lorsqu'il profitera de tous les bienfaits de la Cité qu'aujourd'hui qu'il ne ramasse que des miettes sans pourtant broncher. D'ailleurs, aujourd'hui, contre quoi pourrait-il se révolter ? Ce ne sont plus les politiques qui commandent, mais Largent. De même dans la Cité il n'y aura rien contre quoi se révolter ! Contre l'Égalité ? Voudrais-tu me faire croire que les Citoyens se plaindront de jouir de leur Droits & réclameront d'être opprimés, ce qui d'ailleurs serait impossible, l'Égalité étant inaltérable, garantie qu'elle sera par les Principes de la Carte civique.

2) Tu reconnais que, si rien ne change, nous allons tout droit vers un système tyrannique grâce aux cartes de crédits. Tu le constates, mais ça n'a pas l'air de te déranger ! Du moins persistes-tu à vouloir prêcher pendant des siècles une solution illusoire. Pour ma part, j'explique comment faire tourner à l'avantage de l'humanité un système a priori funeste, puisqu'il s'agit d'utiliser la même technologie à une fin toute différente & même radicalement opposée. Tu remarqueras au passage que ma solution est dans le sens de l'évolution, puisqu'elle repose en grande partie sur des structures qui sont & seront mises en place par le capitalisme lui-même. Or, s'il y a un signe que je suis dans le vrai, c'est bien celui-là ! Car sois sûr qu'il ne peut pas y avoir de révolution, je veux dire de bouleversement intégral positif ; il n'y a de durable que les évolutions révolutionnaires, mais des évolutions tout de même. Le futur est nécessairement le prolongement du passé. L'homme est un être d'habitude. La connaissance ne recule pas. Le progrès est constant. Les structures sociales & l'organisation économique ne peuvent se modifier que lentement. Contrairement à ce que tu imagines peut-être, la Cité ne change presque rien concrètement. Elle n'introduit que des Principes nouveaux, nouveaux du point de vue du système & non de la pensée. Crois-tu qu'il sera difficile pour les hommes d'adopter la Carte civique lorsqu'ils n'utiliseront plus que des cartes de crédits ? A défaut de n'y voir que du feu, ils y verront sans doute un grand avantage, celui de pouvoir consommer librement après avoir été éternellement frustrés.

3) Je n'avais pas besoin de lire " que le réflexe capitalistique est maintenant tellement intégré qu'il n'a même plus besoin de support matériel ". Je suis bien placé pour le savoir, puisque c'est précisément une des raisons qui m'indique que l'abolition de Largent est proche. Curieusement, toi tu y puises l'information inverse.
Il faut savoir que l'Homme n'a pas inventé Largent. Ayant été obligé de troquer, la notion de valeur s'est imposée à lui. Ensuite se sont combinées la difficulté d'extirper de son esprit cette notion & l'impossibilité d'échanger autrement qu'en ayant recours à la monnaie, le système monétaire n'étant d'ailleurs jamais que du troc indirect. Nous en sommes encore là. Plus pour longtemps. Comme tu le remarques, avec la disparition de la monnaie palpable, la notion de valeur reste à l'état pur. Ce n'est plus qu'une croyance. Mais une croyance qui s'appuyait sur une réalité qui n'est plus ou ne sera bientôt plus : la monnaie. Le concept de monnaie n'existe plus que dans l'esprit des hommes, alors que la monnaie, raison d'être de cette conception, n'existe plus autour des hommes. Les droits qui passent par la monnaie, ne sont donc plus fondés sur rien. Que les hommes s'en aperçoivent ( & c'est ce à quoi il faut les amener ) & ils se demanderont pourquoi les uns ont des droits & d'autres pas, pourquoi les droits sont figés par des chiffres sur un ordinateur, alors qu'il suffit, pour accroître ces droits, de rajouter des zéros sur leur compte ou, mieux, de casser l'ordinateur pour mettre toutes les pendules à zéro. Ma conviction est que, contre toutes les attentes du capitalisme, l'usage exclusif de cartes de crédits va grandement contribuer à ce réveil des consciences ( ce ne sera pas la première fois qu'un système creuse lui-même sa tombe ) ; ma certitude est que je vais tout faire pour les éclairer.

4) Pour que l'abolition de Largent soit possible, il faut trois choses : une alternative théorique, la possibilité concrète de changer de système, l'opportunité. Mais il est quasiment impossible de penser une alternative quand la possibilité de la réaliser est nulle. Ceci explique pourquoi la théorie que je développe est inédite, quoique d'autres, comme je te l'ai dit, ont eu en même temps que moi des idées relativement similaires. Quand je dis une alternative, je veux bien sûr dire une alternative à l'inégalité, donc l'Égalité, c'est-à-dire les Droits des Citoyens reposant sur leur Citoyenneté même. Quoi que tu en penses, nous connaissons maintenant l'alternative.
Pour ce qui est de la possibilité concrète, ce n'est pas le système envisagé qui l'offre, mais nécessairement le système présent. Or c'est en effet le capitalisme & les structures qu'il met en place qui rendent possible la création d'une Cité. Enfin, l'opportunité est une question de temps. Mais quand les deux premières conditions sont réunis, il n'y a pas à attendre longtemps l'opportunité. Quel genre d'opportunité sera nécessaire pour franchir le pas vers l'abolition de Largent, au-delà même de la suppression de la monnaie ? Une faillite générale, la ruine du système, l'effondrement des valeurs, en un mot, un crac boursier monstrueux & irréversible. Comment arrivera-t-il ? Ma foi, je n'en sais rien. Mais assurément, il peut arriver de n'importe où sans que personne ne s'y attende. Les économistes sont d'ailleurs d'accord sur ce point, ils le voient arriver gros comme une maison. ( Pour ma part, je l'envisage d'ici une trentaine d'années, voire un peu moins. ) Ils ne disent pas en revanche comment on s'en relèvera, & pour cause, prisonniers de la logique monétaire, ils sont incapables de concevoir l'abolition de Largent. Imagine donc, maintenant, que nous ayons tous des cartes de crédits entre les mains, au beau milieu d'un crac boursier ( combiné, pourquoi pas, avec des attaques de hackers, &c. ). En un mot, personne ne peut nous payer, nous avons des cartes avec lesquelles nous ne pouvons rien acheter, & comble de malheur, l'organisation du travail est telle, que, d'une part, nous n'avons rien à troquer vu que nous ne produisons rien individuellement, que, d'autre part, nous ne pouvons revenir au troc tant nous sommes spécialisés dans nos domaines respectifs. Mais l'histoire ne fait pas marche arrière & nous serons obligés d'aller de l'avant. Comment ? Nous avons des cartes, du moins une technologie qui, sans monnaie ne sert à rien, mais qui permet de soutenir un système sans monnaie. Qui plus est, la théorie de ce système s'est répandue & tout le monde la connaît. Certes, longtemps personne n'y a cru. Mais aujourd'hui, nous sommes au pied du mur. Nous n'avons pas plus cru à l'effondrement du capitalisme. Mais il est là. Nous sommes pris dedans & nous n'avons aucune issue, si ce n'est celle que nous avons tant décriée. Hé bien ! il n'y a pas le choix. Notre intérêt nous commande d'oublier toutes nos idées fausses, d'admettre que nous nous sommes planté sur toute la ligne, & d'accepter la solution simple & juste qui se présente.

5) Il faudra enfin que tu m'expliques comment tu contiens une foule affamé devant une table garnie ! Car c'est exactement ce à quoi tu espères arriver… un jour. D'une part, Largent n'est pas un outils, c'est un concept d'échange, le concept de l'échange individualiste. Tu l'as dit toi même : l'argent n'a pas besoin de support. N'est-ce pas la preuve qu'il est une idée avant tout, & que cette idée engendre la monnaie au fond inutile ? D'autre part, avoir du fric est par nature un but ( dans un système monétaire ). Quand tout passe par lui, comment veux-tu qu'il ne soit pas un but ? Quand il engendre individualisme, matérialisme & frustrations, comment veux-tu que les individus ne se marchent pas les uns sur les autres & ne se battent pas pour avoir le plus de fric possible par lequel tout devient accessible ? Certes cette petitesse me dégoûte, mais ni moi, ni toi, ni personne ne pourra détourner l'immense majorité des hommes des pulsions que Largent excite en eux ! Comment veux-tu que les hommes sortent jamais propres d'un bain de boue ?

Salut & Fraternité, Philippe

PS : Quant au SEL, je ne vois pas pourquoi j'irais parler en sa faveur, alors que, au fond, il perpétue Largent & donc la logique capitaliste.

13 H 20.

Je ne peux pas discuter point par point un texte dont chaque phrase me semble contestable soit dans son principe, soit dans la possibilité qu'elle a d'être appliquée sans "casse". Rédige un texte de synthèse, je le mettrai en ligne dans les réactions avec, si tu le souhaites, ton e-mail afin que les visiteur puisse t'écrire.
Bien amicalement, Michel PRIEUR

Salut Michel,

Je sentais bien qu'on allait vite s'essouffler. Ce moment est arrivé. Tant pis ! Pour ce qui est d'un texte… Pourquoi ne mettrais-tu pas directement en ligne notre discussion ?

Salut & Fraternité, Philippe

( phil.ppe@libertysurf.fr )

http://membres.lycos.fr/glaive/
http://membres.lycos.fr/patricien/
http://membres.lycos.fr/discours