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Les grands bouleversements qui précèdent
les changements de civilisation semblent, au premier abord, déterminés
par des transformations politiques considérables : invasions de
peuples ou renversements de dynasties.
Mais une étude attentive de ces événements découvre
le plus souvent, comme cause réelle, derrière leurs causes
apparentes, une modification profonde dans les idées des peuples.
Les véritables bouleversements historiques ne sont pas ceux qui
nous étonnent par leur grandeur et leur violence. Les seuls changements
importants, ceux dont le renouvellement des civilisations découle,
s'opèrent dans les opinions, les conceptions et les croyances.
Les événements mémorables sont les effets visibles
des invisibles changements des sentiments des hommes. S'ils se manifestent
rarement, c'est que le fonds héréditaire des sentiments
d'une race est son élément le plus stable.
L'époque actuelle constitue un des moments critiques où
la pensée humaine est en voie de transformation.
Deux facteurs fondamentaux sont à la base de cette transformation.
Le premier est la destruction des croyances religieuses, politiques et
sociales d'où dérivent tous les éléments de
notre civilisation. Le second la création de conditions d'existence
et de pensée entièrement nouvelles, engendrées par
les découvertes modernes des sciences et de l'industrie.
Les idées du passé, bien qu'ébranlées, étant
très puissantes encore, et celles qui doivent les remplacer n'étant
qu'en voie de formation, l'âge moderne représente une période
de transition et d'anarchie.
D'une telle période, forcément un peu chaotique, il n'est
pas aisé de dire actuellement ce qui pourra sortir un jour. Sur
quelles idées fondamentales s'édifieront les sociétés
qui succéderont à la nôtre ? Nous l'ignorons encore.
Mais, dès maintenant, l'on peut prévoir que dans leur organisation,
elles auront à compter avec une puissance nouvelle, dernière
souveraine de l'âge moderne : la puissance des foules.
Sur les ruines de tant d'idées, tenues pour vraies jadis et mortes
aujourd'hui, de tant de pouvoirs successivement brisés par les
révolutions, cette puissance est la seule qui se soit élevée,
et paraisse devoir absorber bientôt les autres. Alors que nos vieilles
croyances chancellent et disparaissent, que les vieilles colonnes des
sociétés s'effondrent tout à tout, l'action des foules
est l'unique force que rien ne menace et dont le prestige grandisse toujours.
L'âge où nous entrons sera véritablement l'ère
des foules.
Il y a un siècle à peine, la politique traditionnelle des
États et les rivalités des princes constituaient les principaux
facteurs des événements. L'opinion des foules, le plus souvent,
ne comptait pas. Aujourd'hui les traditions politiques, les tendances
individuelles des souverains, leurs rivalités pèsent peu.
La voix des foules est devenu prépondérante. Elle dicte
aux rois leur conduite. Ce n'est plus dans les conseils des princes, mais
dans l'âme des foules que se préparent les destinées
des nations.
L'événement des classes populaires à la vie politique,
leur transformation progressive en classes dirigeantes, est l'une des
caractéristiques les plus saillantes de notre époque de
transition. Cet événement n'a pas été marqué,
en réalité, par le suffrage universel, si peu influent pendant
longtemps et d'une direction si facile au début.
La naissance de la puissance des foules s'est fait d'abord par la propagation
de certaines idées lentement implantées dans les esprits
puis par l'association graduelle des individus amenant la réalisation
de conceptions jusqu'alors théoriques.
L'association a permis aux foules de se former des idées, sinon
très justes, au moins très arrêtées de leurs
intérêts et de prendre conscience de leur force. Elles fondent
des syndicats devant lesquels tous les pouvoirs capitulent, des bourses
du travail qui, en dépit des lois économiques, tendent à
régit les conditions du labeur et du salaire. Elles envoient dans
les assemblées gouvernementales des représentants dépouillés
de toute initiative, de toute indépendance, et réduits le
plus souvent à n'être que les porte-parole des comités
qui les ont choisis. (
)
L'avènement des foules marquera peut-être une des dernières
étapes des civilisations de l'Occident, un retour vers ces périodes
d'anarchie confuse précédant l'éclosion des sociétés
nouvelles. Mais comment l'empêcher ?
Jusqu'ici les grandes destructions de civilisations vieillies ont constitué
le rôle le plus clair des foules. L'Histoire enseigne qu'au moment
où les forces morales, armatures d'une société, ont
perdu leur action, la dissolution finale est effectuée par ces
multitudes inconscientes et brutales justement qualifiées de barbares.
Les civilisations ont été créées et guidées
par une petite aristocratie intellectuelle, jamais par les foules. Ces
dernières n'ont de puissance que pour détruire. Leur domination
représente toujours une phase de désordre.
Une civilisation implique des règles, fixes, une discipline, le
passage de l'instinctif au rationnel, la prévoyance de l'avenir,
un degré élevé de culture, conditions totalement
inaccessibles aux foules, abandonnées à elles-mêmes.
Par leur puissance exclusivement destructive, elles agissent comme ces
microbes qui activent la dissolution des corps débilités
ou des cadavres.
Quand l'édifice d'une civilisation est vermoulu, les foules en
amènent l'écroulement.. c'est alors qu'apparaît leur
rôle. Pour un instant, la force aveugle du nombre devient la philosophie
de l'Histoire.
En sera-t-il de même pour notre civilisation ? Nous pouvons le craindre
mais nous l'ignorons encore.
Résignons-nous à subir le règne des foules puisque
des mains imprévoyantes ont successivement renversé les
barrières qui pouvaient les contenir.
Extrait de l'introduction de "Psychologie
des Foules", Gustave le Bon, 1895
Les seuls points que l'Histoire nous apporte pour compléter
Le Bon sont les méthodes des foules. Pour lui, l'émeute
et la grève étaient leurs armes. Aujourd'hui, elles écrasent
l'individu car c'est leur voix qui parle par les sondages, les référendums
truqués, les banzer-élections. Ce sont elles qui ont la
puissance financière ultime, celle qui paye pour Loft Story et
les salaires des fouteballeurs. Ce sont elles, par millions, qui gobent
les clowns à prompteur et les avions fantômes, l'Irak 4eme
armée du Monde et la France qui a la meilleure protection sociale,
la meilleure armée et la meilleure police, Jospin qui aime les
pauvres et Chirac qui ne connait pas Didier Schuller, la Commission européenne
et le zeuro "notre monnaie"..
Reconstituons une élite, sinon, nous sommes morts.
Internet, qui est la voix des individus, peut nous y aider : tous en ligne
!
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