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L'Italie pleure la lire et lui prépare un monument

ROME, 31 oct (AFP) - L'Italie commence à pleurer la lire, condamnée à disparaître avec l'avènement de l'euro, et prépare son entrée dans le panthéon des symboles de l'unité nationale avec un monument à sa mémoire.

L'adieu à la monnaie nationale se fait à l'Italienne, avec passion et émotion. "Ce sera comme perdre un être cher", a affirmé l'acteur Alberto Sordi, parrain de l'opération "un monument à la lire".

"Je me rappelle quand mon père me donnait une lire et comment, avec ce petit trésor, je me sentais un homme libre", a-t-il ajouté.

La comédienne Stefania Sandrelli, marraine du projet, a pour sa part souligné que la lire était "féminine, ce qui n'est pas le cas de l'euro, malheureusement".

L'Italie a officiellement adopté l'euro dans sa forme masculine et invariable. Mais elle pourra accepter les "euri" lorsqu'ils seront plusieurs, a décidé l'Accademia della Crusca, chargée depuis plus de quatre siècles de se prononcer sur les néologismes dans la langue italienne.

De nombreuses cérémonies sont prévues dans la péninsule pour commémorer la monnaie disparue et leur point d'orgue sera l'inauguration du monument à la lire, prévue en 2003.

Le président de la République italienne Carlo Azeglio Ciampi tient beaucoup à ce projet. La sculpture sera réalisée en bronze avec le produit de la fonte des pièces de 200 lires, dont l'alliage est fait de ce métal.

La patrie de Michel Ange, du Bernin et de Benvenuto Cellini a lancé un concours pour désigner le meilleur projet. Un site internet ---www.laliradoro. it-- a été ouvert et tous les Italiens, y compris les enfants, ont été invités à livrer leurs idées jusqu'au mois de mars 2002.

"Penser que la lire mérite un monument n'est pas un seulement un geste, mais la volonté de concrétiser, dans une oeuvre fortement symbolique, l'exigence de mémoire pour tout ce que cette monnaie a signifié pour le développement économique, social et culturel de l'Italie", explique le site.

Une page spéciale est réservée aux hommages, et de nombreuses personnalités ont déjà fait part de leur émotion.

"Ma première lire a été la somme de toutes les piécettes que mes parents me donnaient quand j'avais été été sage, et le premier jouet acheté avec ces économies a été une petite cuisine pour ma poupée", écrit ainsi Sophia Loren.

"Quand je pense à la lire, je me souviens de ma grand-mère Rosa qui chantait +Si je pouvais avoir mille lires+", souligne pour sa part Claudia Cardinale.

La lire disparaîtra le 28 février 2002. Ce jour là, les pièces et les billets seront définitivement remplacés par l'euro.

Quelque 2,4 milliards de pièces de 50, 100, 200, 500 et 1.000 lires, considérées comme une plaie pour les poches et les porte-monnaie, sont encore en circulation, selon les services du Trésor italien.

Mais la nostalgie va alors se muer en cauchemar, avec l'entrée en service des 8 pièces de la monnaie unique ---1, 2, 5, 10, 20, 50 cents, 1 et 2 euro--, qu'il va falloir apprendre à utiliser.

Un tiers des Italiens ne connaît pas encore la valeur de l'euro (1.936,27 lires), révèle un sondage publié lundi par le quotidien économique Il Sole 24 Ore.

A partir du 15 décembre, ils pourront acheter un kit afin de se familiariser avec les nouvelles pièces et le gouvernement a prévu de mettre en place un centre de renseignements par téléphone le 20 décembre, quelques jours avant le passage à l'euro.

"Ce n'est pas trop tard, car les gens commenceront vraiment à se poser des questions sur l'euro une fois qu'ils l'auront entre les mains", a expliqué le ministère italien de l'Economie.