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par Daphné BENOIT
FRANCFORT, 18 nov (AFP) - L'arrivée de l'euro enfièvre
les
numismates allemands qui se sont lancés dans une course au trésor
pour récupérer avant leur disparition les pièces
les plus rares
libellées en deutschemark, la monnaie qui fut objet de culte pour
tout un peuple.
"Les Allemands sont les plus grands collectionneurs de pièces
du
monde, après les Américains", explique Ralf Kurbach,
propriétaire
d'une boutique de pièces antiques à Wetter (nord). Le pays
compte
près de 2 millions de numismates, dont 200.000 "fanas",
"prêts à
consacrer au moins 200 euros par mois à leur passion",
affirme-t-il.
Un chiffre qui laisse présager de l'ampleur de la chasse au
trésor qui agite aujourd'hui l'Allemagne. "Les numismates
sont
désormais contraints de compléter leur collection de deutschemarks
avant le 1er janvier 2002", explique Sigmar Milchen, du syndicat
allemand des négociants de pièces et monnaies.
Passée ce cap fatidique, la demande des collectionneurs en
deutschemarks, loin de faiblir, devrait d'ailleurs connaître un
boom
pendant de longs mois.
"Lors du retrait de la circulation des pièces de RDA, les
acheteurs se sont rués sur cette monnaie disparue, et les prix
sont
restés très élevés pendant longtemps. Ce sera
le même scénario avec
le deutschemark", estime M. Milchen.
"Certaines pièces ont vu leur valeur augmenter de 40% depuis
l'an dernier!", confirme Tobias Honscha, jeune passionné créateur
d'un site de vente de monnaies en ligne, muenzen.net
("monnaie.net"). En bon état, un deutschemark datant
de 1950 peut
ainsi coter jusqu'à 800 euros...
Cet engouement dépasse les frontières de la communauté
des
numismates: de l'aveu des commerçants spécialisés,
les néophytes
sont de plus en plus nombreux à acquérir des reliques de
cette
monnaie vouée à une mort certaine.
"J'en ai les larmes aux yeux", avoue, gorge serrée, M.
Kurbach.
"Les Allemands entretiennent une relation forte avec le
deutschemark. Nous y sommes très attachés, il est un symbole
national, synonyme de l'après-guerre, du renouveau et de la
prospérité", poursuit-il.
En témoigne le succès foudroyant des pièces commémoratives
de 1
mark en or, frappées fin juillet par la Banque centrale allemande.
Vendues au prix de 250 DM (128 euros), un million d'entre elles se
sont arrachées en quelques jours...
Ralf Kurbach s'exaspère franchement, en revanche, quand pointe
le sujet de la monnaie unique, "cauchemar du numismate allemand".
"L'euro ne vaut rien par rapport au dollar. Et maintenant le
billet vert a détrôné le deutschemark dans les pays
de l'Est",
s'énerve Tobias. Comme lui, 60% des Allemands sont opposés
à la
monnaie unique, d'après un récent sondage.
Coups de colère et nostalgie n'y pourront rien changer: dans une
poignée de semaines, l'Allemagne devra renoncer à son symbole
national et les numismates tourner la page. Pour M. Milchen, du
syndicat des négociants numismates, "bientôt, c'est
l'euro que l'on
collectionnera."
L'Allemagne a déjà prévu de faire un geste en direction
des
collectionneurs dépossédés: en 2002, elle éditera
en série limitée
des pièces de 100 et 200 euros en or... Frappées de l'aigle
germanique !
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