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Un couple entre parenthèses
Cohabitation et économie paralysent les relations Paris-Berlin.

 

Après les élections allemandes du 22 septembre, Paris et Berlin pourraient lancer un débat sur le sens et le non-sens du pacte de stabilité. L'objectif 2004 pourrait de fait bientôt devenir 2007.

Parfois, l'imprévu surgit dans une campagne électorale : quelques grains de vérité surgissent à la lumière. Parce qu'on ne peut plus les cacher. Ou parce qu'ils sont enfin mûrs. La campagne présidentielle française a fait apparaître deux de ces petits grains de vérité. Et tous deux font que l'Allemagne ­ tout à sa propre campagne ­ commence à s'intéresser au duel Chirac-Jospin.

Première vérité : comme l'Allemagne, la France ne parviendra pas au déficit budgétaire zéro en 2004. Le candidat Chirac a déclaré ne pas se sentir lié par l'engagement des ministres des Finances de la zone euro. Lui vise 2007, voire 2010. Une note de Bercy lui a donné raison : la date de 2004 ne pourrait être respectée qu'avec des augmentations massives d'impôts ou une cure radicale d'austérité. Or Chirac autant que Jospin promettent exactement le contraire. Jusqu'au 5 mai, Jospin va s'accrocher à l'objectif 2004. Il n'a guère le choix : sa crédibilité est son meilleur atout face à Chirac le versatile. Mais plus personne ne croit aujourd'hui à cette fable.

Pilori. Il y a un mois, c'était l'Allemagne qui était clouée au pilori du pacte de stabilité. Cette année, elle risque de dépasser le plafond des 3 % de déficit. A Paris, on s'est bien réjoui du malheur du voisin : ces Allemands si rigides, qui ont voulu enfermer l'Europe dans le corset de la politique de stabilité, dérapent eux-mêmes ! Mais maintenant, c'est à Berlin qu'on se frotte les mains : «Regardez, chez vous aussi, le budget est en crise !» Et plus d'un pense déjà sous cape : après les élections allemandes du 22 septembre, Paris et Berlin pourraient lancer ensemble un nouveau débat sur le sens et le non-sens du pacte de stabilité. L'objectif 2004 pourrait de fait bientôt devenir 2007, voire plus.

Ce qui nous amène au deuxième petit grain de vérité : le nouveau prosaïsme de la relation franco-allemande, que Lionel Jospin vient de proclamer. «Cette idée d'un "axe franco-allemand" m'a toujours paru trop fermée sur elle-même», a dit le candidat dans une interview à Libération (le 2 avril, ndlr). Finie la «romantisation» de notre «couple». Ce qu'il faut c'est régler les problèmes concrets de l'Europe, a prévenu Jospin. Cela peut signifier des alliances variables au sein de l'Union européenne, sans qu'aussitôt tel ou tel se sente trahi. C'est juste. Mais cela doit alors valoir aussi pour la France.

Peu avant le dernier sommet européen de Barcelone, Tony Blair et Silvio Berlusconi avaient juste un peu palabré sur la politique économique, tandis que le chancelier Gerhard Schröder et le Premier ministre Blair avaient esquissé dans une lettre quelques réflexions sur une réforme du Conseil européen. Aussitôt, la France s'est sentie oubliée et s'est mise à bouder. De dépit, la relation franco-allemande a été déclarée «morte».

Torture. A Berlin, pareille susceptibilité est interprétée comme une conséquence des cinq années de cohabitation : une torture qui a rongé la confiance en soi de la France. Les Allemands craignent qu'avec une France ainsi paralysée par ses disputes intérieures on ne puisse guère faire de progrès sur les questions centrales de l'Europe : l'avenir de la politique agricole commune, l'élargissement de l'Union et la réforme de ses institutions, la politique économique européenne et le pacte de stabilité.

La lecture du sondage Libération-Louis-Harris-AOL dans lequel la moitié des Français considèrent qu'une nouvelle cohabitation serait «gérable» a donné un frisson dans le dos à beaucoup d'Allemands. Chers Français, s'il vous plaît, ne recommencez pas ! Décidez-vous : ou pour l'un, ou pour l'autre.

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