| L'affaire du CPE : vers la barbarie
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L’affaire du contrat première embauche, vu à la
lumière de sa sécurité juridique, un principe de
droit mis en évidence par la Cour Européenne des Droits
de l’Homme.
La déclaration de Monsieur Jacques Chirac du 31 mars 2006, un
monument d’insécurité juridique.
J’extrais le point central de la déclaration
de Monsieur Chirac :
« (…) je demande au Gouvernement de préparer immédiatement
deux modifications de la loi sur les points qui ont fait débat.
La période de deux ans sera réduite à un an. En
cas de rupture du contrat, le droit du jeune salarié à
en connaître les raisons sera inscrit dans la nouvelle loi.
Enfin, je demande au Gouvernement de prendre toutes les dispositions
nécessaires pour qu'en pratique, aucun contrat ne puisse être
signé sans intégrer pleinement l'ensemble de ces modifications.
»
Ces déclarations sont proprement
consternantes au regard du droit, notamment de la sécurité
juridique. Sommes-nous dans un état de droit ?
L’article 5 al. 1 de la Constitution dispose :
« Le Président de la République veille au respect
de la Constitution. Il assure, par son arbitrage, le fonctionnement
régulier des pouvoirs publics ainsi que la continuité
de l'Etat. »
Or le garant du fonctionnement régulier
des pouvoirs publics demande que la loi qu’il promulgue ne soit
pas appliquée, il décide d’une nouvelle loi, alors
que seul le Parlement est seul habilité à voter et donc
à décider des lois.
Article 34 al. 1 : « La loi est votée par le parlement.
»
Dans son rapport le Conseil d’Etat
parle du principe de « sécurité juridique »,
lequel selon lui est mis à mal par les pratiques actuelles des
législateurs.
Sans définir ce principe, le rapport (qui parle curieusement
non pas « du » principe de sécurité mais «
d’un » principe) juge que ce principe implique : «
prévisibilité de loi, clarté et accessibilité
de la norme, stabilité des situations juridiques »
Du point de vue de la « prévisibilité de la loi
» on a donc eu un projet de loi qu’il a fallu étudier,
puis une loi qui a été votée, qui va être
promulguée mais qui doit rester lettre morte selon la décision
de l’autorité chargée de veiller à son application.
Un gouvernement qui est invité par une autorité qui n’a
aucune compétence juridique en la matière, à demander
au Parlement de réformer une loi non appliquée. Ouf !
Du point de vue de « la clarté
et accessibilité de la norme », je vous renvoie à
l’excellent blog de tokvil ce post très instructif d’humour
juridique :
http://tokvil.hautetfort.com/archive/2006/03/19/cpe-ou-un...
Enfin la « stabilité »,
je crois que tout commentaire affaiblirait l’exposé des
faits. Puisque l’on va avoir une nouvelle loi dont rien ne dit
qu’elle sera votée, voire si elle est votée, appliquée
après avoir eu une ancienne loi qui modifiait en permettant une
exception, à un ancien contrat. Je dois en oublier !
On se demande si c’est un gag. Ce
sont les Marx Brothers législateurs. Malheureusement ce n’est
pas un film et si c’est de l’humour burlesque, les acteurs
ne sont pas conscients.
Se pose ici la question de la formation de nos autorités. Comment
des autorités conscientes de leurs droits et devoirs peuvent-elles
se livrer à ce que l’on ne peut qu’appeler la barbarie
à visage juridique ?
Sans une réforme intellectuelle
et morale, qui ne semble pas à l’ordre du jour, nous finirons
de sombrer dans le chaos, dans la folie. En tout cas, adieu, la démocratie.
Denis MERLIN
Cinquante-sept ans.
Avocat depuis 1975. (plusieurs années de travail salarié
auparavant)
Diplôme d'Etudes Approfondies de Droit des Affaires, premier prix
de droit des contrats
Diplôme d'Etudes Supérieures d'Histoire des Institutions
Passionné par la morale, le droit, l'histoire et la philosophie.
Dans le droit j'aime particulièrement le droit patrimonial de
la famille et le droit des contrats.
http://juridiquepourtous.hautetfort.com/archive/2006/04/01/l-affaire-du-cpe-vers-la-barbarie.html#more
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