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Vingt mises en examen à la Mutuelle des élus

 


UN PROCHE de Charles Pasqua, Alain Robert, un ancien adjoint UDF au maire de Paris, Gérald Guelton, ainsi que le Mnel, le Mouvement national des élus locaux pris comme personne morale, pourraient bientôt se retrouver devant le tribunal correctionnel.

La juge Colette Bismuth-Sauron est en train de boucler son enquête sur les détournements opérés au détriment de la Mudel, la Mutuelle des élus locaux. Une ultime confrontation devrait avoir lieu dans les jours qui viennent.

Créée en 1991, au moment où est voté le statut de l'élu local, la Mudel gérait l'assurance maladie complémentaire des élus locaux et territoriaux, et fonctionnait avec la Carel, la Caisse de retraite des élus locaux. A son conseil d'administration, un vrai Bottin mondain de la politique : Alice Saunier-Seïté, ancienne ministre de Giscard, Jean-Jacques Guillet et Alain Robert, proches de Pasqua, l'ancien député socialiste Jean-Marie Le Guen. Gérald Guelton, adjoint au maire de Paris, est le tout-puissant secrétaire général.
Le système est rentable : à chaque fois qu'un élu verse sa cotisation à sa caisse de retraite, la collectivité où il était élu en verse autant à son profit. L'argent rentre à flots : près de 250 millions de francs (38 millions d'euros) sont collectés, notamment pour les retraites.

Mais tout va déraper. Saisie en 1997, l'Inspection générale des affaires sociales (Igas) rend un rapport accablant sur la gestion hasardeuse, de possibles détournements de fonds et falsifications de documents, opérés au détriment de la mutuelle.
La justice embraye, même si toutes les pistes explorées par l'Igas n'ont pas été suivies.

Près de 20 personnes ont été mises en examen, dont trois comme personnes morales : le Mnel, un mouvement proche de la droite, présidé par André Santini, ainsi que deux petites structures proches de Gérald Guelton, le Club de l'élu et l'Institut de recherche et de formation des élus locaux (Irfel). Les investigations semblent avoir démontré que l'argent de la mutuelle a servi à bien d'autres choses que des remboursements de santé.

Gérald Guelton, que nous n'avons pu joindre, et sa famille auraient utilisé environ 3,3 millions de francs (500 000 €) pour leurs dépenses personnelles. Les sociétés contrôlées par Guelton et ses proches : plus de 1 million de francs (150 000 €). Le chauffeur de Guelton, agent de la mairie de Paris, et sa famille : 700 000 F (107 000 €).

La juge a également enquêté sur des salariés qui, payés par la Mudel, travaillaient en fait pour d'autres organismes : le Club de l'élu et l'Irfel, ainsi que le Mnel. Aujourd'hui membre du Rassemblement pour la France de Charles Pasqua, Alain Robert a été mis en examen pour avoir fait salarier son assistante, Catherine, par la Mudel alors qu'elle travaillait à ses côtés au Mnel, dont il était le secrétaire général. L'avocat d'Alain Robert n'a pas souhaité faire de commentaires.

Partie civile dans le dossier, la Mudel, dont l'activité a été reprise par la Mutualité française, chiffre ses pertes à 30 millions de francs (4,5 millions d'euros) et devrait demander des comptes aux banques, le Crédit lyonnais et la Bred, pour les préjudices financiers engendrés par la mauvaise gestion de la Mudel.