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Jacques Myard (UMP) : "On nous propose une Europe kolkhoze !" |
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Député des Yvelines, Jacques Myard fait partie des 8 parlementaires de lUMP qui ont voté contre la révision constitutionnelle permettant la ratification de la Constitution européenne. Il fait part à Yahoo ! Actualités de ses réticentes sur le Traité et évoque notamment si le « oui » lemportait, le risque que se développe « une crise lancinante » dans lUnion. Il y a deux jours José luis Rodriguez Zapatero
est intervenu au sein de lassemblée nationale. Comment avez-vous
vécu cette Je trouve que lhomme est sympathique et je ne suis pas opposé à ce que lon reçoive le chef dun gouvernement étranger. Mais je trouve tout de même que la ficelle est un peu grosse. Le discours de Monsieur Zapatero en faveur de lEurope et demandant aux Français de ratifier le Traité constitutionnel était un peu «langue de bois»; en vérité, cétait de lincantation. Cela ma, par exemple, rappelé ce «Parti des émigrés» qui souhaitait au moment de la Révolution que les armées coalisées européennes renversent la République. Je crois que vouloir faire intervenir nos partenaires étrangers dans le débat public en France, cest une erreur stratégique. Les Français ne sont pas vraiment dupes et ils pourraient très mal le prendre. Lundi lors de la réunion du Parlement, vous avez
fait partie des 8 parlementaires UMP qui ont voté contre la révision Cest très simple. Cest un traité
fédéral dans lequel les Français vont perdre la maîtrise
de leur destin. Les compétences de lUnion européenne
sont doublées. La quasi-totalité des matières régaliennes
sont transférées à Bruxelles où les décisions
seront prises à la majorité qualifiée. Ce sera le
diktat et le triomphe des majorités fluctuantes qui se font au
gré des circonstances : ce sera «leuroloto ».
Et bien évidemment, la France dans ce contexte deviendra une simple
province de lUnion européenne. Celle-ci viendra appliquer
un droit supérieur à toutes nos normes juridiques nationales,
y compris la Constitution. Je crois que cest une grave erreur et
que ce processus est voué à léchec. Si on veut
organiser une Europe à 25 et bientôt à 30 sur ce modèle
du diktat du vote majoritaire, on va dans le mur. Il ne reste rien aujourdhui
de la démocratie nationale. Le pouvoir des parlements nationaux
nexiste plus, hormis peut-être dans le domaine des anciens
combattants. Ce Traité constitutionnel est extrêmement dangereux.
Il va réveiller les nationalismes qui se diront à un moment:
« trop cest trop ». Ce dont nous avons besoin en Europe
est au contraire une coopération qui se fait dans la liberté
et non sous la contrainte. Pourtant à lUMP comme chez les socialistes, cest bel et bien la théorie du « oui » ou le chaos qui semble simposer... Quand on moppose ce genre dargument, je mesclaffe. Cest véritablement se moquer du monde. Cest comme si on nous disait que la Terre allait sarrêter de tourner ou lArc de Triomphe se couper en deux. Soyons un peu sérieux ! Si le « oui » lemporte, nous entrerons au contraire dans une crise lancinante. Ce Traité entraînera de multiples tensions et chaque décision sera âprement disputée. Avec le système du vote à la majorité qualifiée, on cherchera systématiquement des alliés et on ira peut-être même jusquà payer pour que des petits pays votent avec nous. Si le « non » lemporte, ce sera un sursaut salvateur. Ce sera un « non » de raison. Les technocrates de Bruxelles et les gnomes de Frankfort comprendront enfin quils sont allés trop loin et quil faut ramener un peu de raison dans un système qui est voué à léchec. Certains à droite estiment que la question turque pollue le débat sur la Constitution. Cest aussi votre avis ? Le cas de la Turquie nous amène justement à
nous poser cette question fondamentale : « comment organise-t-on
notre continent ? ». On nous propose aujourdhui une véritable
« Europe kolkhoze » où tout le monde doit vivre selon
les mêmes normes et les mêmes valeurs. Eh bien non ! Justement
parce que la Turquie fait partie de la Géostratégie européenne
(elle est membre de lOtan et du Conseil de lEurope), nous
devons organiser différemment lEurope, avec un Conseil de
sécurité européen qui soccupe de lessentiel
et non pas de la taille des asperges. Il est clair que la question turque
nous révèle aujourdhui linadaptation de la construction
européenne aux défis du continent. Ce Traité constitutionnel
ne donne aucune limite géographique à la construction de
lEurope. Il définit celle-ci comme une réalité
fonctionnelle uniquement fondée sur les Critères de Copenhague.
Il est clair que ce traité aboutira inévitablement à
lentrée de la Turquie dans lUnion Nicolas Sarkozy à ce propos a pourtant estimé
récemment que la Constitution européenne constituait un
rempart contre Malgré tout le respect et la sympathie que jai pour Nicolas Sarkozy, permettez-moi den douter ! Les Turcs vont bien évidemment faire en sorte de respecter les Critères de Copenhague qui conditionnent leur entrée dans lUnion. A ce moment là, nous naurons plus aucune possibilité de dire « non ». Ces fameux critères reposent avant tout sur la reprise de lacquis communautaire dans le domaine des biens et des services et le respect de la Démocratie et des Droits de lhomme. Force est de constater que les Turcs ont fait beaucoup de progrès dans ces domaines-là. Certains voudraient ajouter la reconnaissance du Génocide arménien, mais elle ne fait pas partie des critères. De fil en aiguille, je suis donc convaincu que dans le cadre du processus qui est celui de cette Constitution européenne, lentrée de la Turquie dans lUnion a toutes les chances daboutir. Le Conseil national de lUMP dimanche va adopter une motion soutenant le Traité. Quallez-vous faire ? Cest très simple. Je suis un élu de la Nation et je ne changerai pas de discours. LUMP nest pas un parti stalinien. Je respecte la décision de mon parti. Mais personnellement, je ferai campagne pour que le « non » lemporte. Il y a là une clause de conscience. Je suis entré en politique pour massurer que notre pays garderait son indépendance et la maîtrise de son destin. Je naccepterai donc pas que la France devienne un simple Conseil Régional. Propos recueillis par Mathieu Guilsou |