|
Les scénarios noirs d'une implosion de l'euro
|
|
Le lien direct sur le site de Radio-France "la Radio de l'Euro", si , si. Malgré le lancement sans encombre de l'euro, le 1er janvier 1999, certains eurosceptiques continuent de prévoir l'échec de l'Union économique et monétaire (UEM) tandis que d'autres cherchent à imaginer des scénarios-catastrophe. De grandes banques comme JPMorgan, Paribas ou Deutsche Bank ont publié des études détaillées pour "penser l'impensable" : un éclatement de l'euro, comme le prédit avec constance l'ancien Premier ministre britannique Margaret Thatcher. L'exercice est difficile puisque le traité de Maastricht, signé en 1992, ne prévoit ni retrait, ni exclusion. Dans son protocole 10, le traité confère même à l'UEM "un caractère irréversible". Le juriste allemand Matthias Herdegen, professeur à l'Université de Bonn, spécialiste de droit européen, imaginait en 1998 deux scénarios noirs possibles : "l'hypothèse de la frustration" selon laquelle l'Allemagne se retire, excédée par le laxisme budgétaire de ses partenaires, et "l'hypothèse des exigences excessives", qui verrait le renoncement d'un pays incapable de respecter la discipline budgétaire et son arsenal de sanctions. Dans les deux cas, l'Europe connaîtrait un séisme financier et politique de première grandeur, qui affecterait la stabilité et la croissance des membres de l'UEM, estiment juristes et économistes. Le partant devrait d'abord recréer rapidement son propre système monétaire, une tâche que l'Europe aura mis quelque 5 ans (de 1997 à 2002) à achever. Et toutes les institutions financières et entreprises de ce pays auraient à parcourir en sens inverse le chemin effectué pour parvenir à l'euro, au prix d'investissements colossaux. "L'étendue des coûts et des risques impliqués et la difficulté de les quantifier avec précision est en soi très dissuasive pour un Etat membre qui envisagerait un retrait", a estimé la société juridique britannique Norton Rose dans une étude. Pour limiter les dégâts, le pays sécessionniste pourrait négocier un arrangement avec ses partenaires afin que les parlements nationaux amendent le traité de Maastricht, affirment les juristes. Une telle procédure n'exclurait pas une période d'extraordinaire instabilité. Un retrait unilatéral, non négocié, est encore plus difficile à imaginer : le pays sécessionniste courrait le risque de voir sa nouvelle monnaie non reconnue, non seulement par ses anciens partenaires mais aussi par l'ensemble des pays développés. En extrapolant de tels scénarios, un universitaire américain de Harvard, Martin Feldstein, a prédit que la monnaie unique pourrait conduire à une nouvelle guerre sur le continent au 21e siècle. Sa thèse est volontiers citée par les eurosceptiques, qui prennent en exemple la guerre civile américaine (1861-1865) ou l'éclatement de la Yougoslavie en 1991, en partie dû au désir de la riche Slovénie de ne plus payer pour les Etats plus pauvres du Sud: "Il ne faut exclure que la prochaine génération d'hommes politiques en Europe revienne à une attitude plus nationaliste", estime plus sobrement Bernard Walschots, un analyste de la banque néerlandaise Rabobank. "Ils y seront peut-être contraints par l'électorat". |