RETOUR

A propos du nom " euro "

 

L'aspect psychologique du passage à la monnaie unique semble être le " parent pauvre " de toutes les actions menées pour préparer ce basculement. D'un point de vue technique les groupes de travail composés de personnes compétentes et désireuses d'aboutir ont élaboré des documents dont le sérieux et l'exhaustivité ne sont pas à démontrer. D'un point de vue politique, les discussions au Parlement, les déclarations à la presse, les analyses des politologues ont entretenu un débat prolongé. Mais, d'un point de vue plus intimiste, sur le plan psychologique, quel est le bilan ?

Lors de sa désignation comme commissaire européen chargé des questions monétaires, Y.T. de Silguy avait bien déclaré que la monnaie unique devrait être l'occasion de " réconcilier les européens avec l'Europe ", que l'on ne ferait pas la monnaie unique sans les Européens, etc. Mais au-delà de ces déclarations de principe qu'a-t-il été fait ?

Pendant la période de construction technique de cette monnaie unique le seul discours qui fut vraiment arrivé aux oreilles du grand public, concernait uniquement le respect des critères de convergence contenus dans le traité de Maastricht et l'influence de leur poursuite sur la stagnation économique. Un discours tout aussi vrai mais pas plus enthousiasmant que celui consacré naguère par le tandem composé de V. Giscard d'Estaing et R. Barre pour défendre la politique d'austérité face à la " force tranquille " de F. Mitterrand. On sait ce qu'il est advenu en 1981.

Pourtant, la monnaie tient une place importante dans l'inconscient collectif des peuples. Le Conseil économique et social de l'Union européenne avait demandé au bâtonnier de Bigault du Granrut un rapport sur cette question. Présentant ses travaux, dans la Vie Judiciaire du 15 novembre 1995, celui-ci a rappelé que ce passage à la monnaie unique serait " un élément capital sur le plan psychologique parce que, depuis Philippe le Bel, la notion de Nation est viscéralement attachée à la monnaie. Acquiescer à la création de la monnaie unique est donc perçu comme une perte partielle d'identité et un abandon de souveraineté. Chacun identifie sa monnaie nationale à la Nation elle-même à laquelle il appartient, même s'il n'a pas conscience que le concept de monnaie intègre à la fois celui de numéraire, de moyen de paiement et d'échange et enfin de réserve de valeur ".

" En définitive, c'est aux usagers qu'il appartiendra de juger cette dernière, de décider de la réussite effective du passage à la monnaie unique qui suppose que les avantages attendus de cette entreprise en dépassent les coûts. De leur acceptation de la monnaie unique dépend l'intérêt du processus engagé le premier juillet 1990 " .

Or il semble que l'on se soit ingénié à multiplier les difficultés. La première d'entre elles concerne le changement de référentiel, en utilisant un taux de conversion compris entre 6 et 7 ce qui est déjà en soi un handicap car il est difficile d'utiliser un tel coefficient multiplicateur (ou diviseur) pour faire une opération de tête, mais en plus on veut utiliser un coefficient défini avec 6 chiffres significatifs (soit 5 après la virgule) ce qui rend l'opération totalement impossible. Et, pour des raisons évidentes de coût, les commerçants et entrepreneurs renâclent à organiser un double affichage des prix pendant la période de transition.

Et ce qui complique encore l'affaire c'est que les divers peuples européens n'entretiennent pas avec leur monnaie les mêmes liens affectifs et ne recherchent pas pour elle les mêmes qualités.

Un sondage publié le 9 novembre 1995 par l'hebdomadaire Die Woche révèle que 61 % des Allemands étaient, à cette date, hostiles à l'abandon du deutschemark au profit d'une monnaie unique, quel que fut son nom. En fait, ce sondage montre la méfiance des Allemands à l'encontre des préférences collectives des autres peuples européens dont ils craignent les répercussions sur leurs propres choix collectifs dans le cas où l'Union économique et monétaire viendrait à se faire dans les conditions actuellement débattues. En particulier, ils redoutent les conséquences de cette union sur le niveau de leurs salaires qui pourraient baisser, sur celui de leurs prix qui pourraient augmenter et sur le régime de leurs retraites qui pourraient s'effondrer. Il est vrai que le vendredi 18 juin 1948 les Allemands avaient appris brutalement par la radio qu'ils devraient échanger leurs Reischmark contre de nouveaux billets et que dans cet échange ils perdraient la quasi-totalité de leur épargne ; les emprunts d'Etat ont été échangés au dixième de leur valeur, les comptes d'épargne et les dépôts bancaires ont perdu d'un coup 94 % de leur valeur. Et c'était la deuxième fois depuis le début du siècle (la première ayant eu lieu en 1923). L'on peut comprendre la crainte des Allemands dès qu'on leur parle aujourd'hui d'un changement monétaire, d'autant que l'échange des Ost Mark contre des Deutsche Mark ne s'est pas fait non plus sans douleur.

Dans une société aussi médiatisée que la notre, la prise en compte des réactions psychologiques individuelles et sociologiques de ses diverses composantes est extrêmement importante. Le succès final en dépend. Le symbole dessiné par les services de la Commission européenne pour représenter l'euro tient compte de ces aspirations puisqu'il " est inspiré de l'epsilon grec qui renvoie au berceau de la civilisation européenne et à la première lettre du mot Europe, traversé par deux traits parallèles [et horizontaux] qui indiquent la stabilité de la monnaie unique ".

Lorsque T. Waigel défendait le pacte de stabilité et réclamait un durcissement des critères de convergence retenus dans le cadre du traité de Maastricht, il rassurait l'opinion publique allemande. Il lui montrait que le deutschemark ne sera pas bradé au profit d'une monnaie qui ne serait pas aussi forte que lui, ou que le schilling autrichien. Quand il exigeait que des sanctions soient renforcées contre les Etats, membres ou non du noyau dur, qui ne respecteraient pas une politique monétaire rigoureuse, il rassurait l'opinion publique allemande. Il lui montrait que l'on ne demanderait pas aux Allemands réunifiés les mêmes sacrifices que ceux qu'on leur a demandé lors de cette réunification, pour amener les pays du Sud de l'Europe à un même niveau de développement.

Mais, en rassurant l'opinion publique allemande, T. Waigel a semé le trouble dans les esprits des autres peuples européens. C'est que les préférences collectives des divers Etats ne sont pas les mêmes et que le fameux critères de convergence ne sont que des indicateurs imparfaits de cette convergence nécessaire des préférences collectives.

Si les Allemands, très réalistes, sont attachés à la valeur de leur monnaie, les Français, plus sensibles aux symboles, veulent pour cette monnaie un nom qui signifie quelque chose. Quant aux britanniques, très pragmatiques, avant de savoir s'ils accepteront ou non de lâcher leur livre sterling, ils attendent de voir comment évoluera la situation pour choisir, à la dernière minute, le système qui servira le mieux leurs intérêts. Dans cette course ils n'ont pas l'intention de sacrifier le présent et peuvent donc se préparer à toutes les solutions possibles sans en supporter la pression.


C'est pourquoi il convient de s'attarder un moment sur la question du nom de la nouvelle monnaie unique. Jusqu'à fin 1994 il semblait qu'il n'y avait aucune difficulté, car le traité de Maastricht lui-même fait référence à l'écu et que l'on nous a rappelé à tout propos que le traité était intangible, que ce qui a été décidé devait être mis en œuvre. Mais était-ce si simple ?

Constatons d'abord que le traité lui-même est ambigu puisque, selon les versions, on peut lire soit Ecu soit ECU. La Commission, elle-même, a montré la première que la porte était ouverte à la discussion. En effet, dans une recommandation du 19 avril 1994 relative au statut juridique de l'écu, elle écrit à propos de celui-ci : " autres dénominations similaires : écu, Ecu, ECU, E.C.U., ainsi que tout autre terme utilisé pour désigner l'écu en tant qu'unité de compte ... ". C'est donc que le terme d'écu (ou d'ECU) utilisé dans le traité ne préjugerait pas de l'appellation finale mais constituerait seulement un nom de code provisoire - un nom générique, comme l'ont décidé les chefs d'Etat et de gouvernement réunis à Madrid fin décembre 1995 - pour désigner commodément une réalité qui n'existe pas encore, un peu comme les prototypes de voiture sont désignées sous un nom de code avant qu'elles ne soient définitivement baptisées pour leur commercialisation. Cependant une lecture attentive du traité et, tout particulièrement de ses articles 3.a.2, 109.L.4 et 109.L.5, n'aurait pas du laisser de doute. Il y est bien affirmé que l'écu (tel qu'il existait au moment de la signature du traité) devait devenir la future monnaie unique ; c'est, du reste, sur le premier de ces articles que certains juristes se fondaient pour expliquer alors, avec un certain mal il faut bien l'avouer, qu'il y aurait continuité juridique, entre l'écu-panier et l'écu-monnaie. C'était aussi la raison pour laquelle le Parlement européen avait, dans sa résolution du 19 mai 1995, " constaté que l'appellation de la monnaie commune revêt la plus grande importance pour faire accepter le changement par les citoyens, que le traité fixe d'ores et déjà cette appellation (à savoir l'écu) et qu'il est donc inutile de poursuivre les discussions à ce sujet " .

Si les Français ont tendance à écrire " écu ", les Anglais sont aujourd'hui plus portés à écrire " ECU ", et les fonctionnaires européens à écrire " Ecu ". Quant aux Allemands, le fait qu'ils écrivent aussi " ECU " ne signifie rien. Si l'on en croit Le Monde du 9 février 1995, c'est lors d'une réception donnée en l'honneur de l'ancien président de la Bundesbank, H. Schlesinger, que le président de la République d'Allemagne, R. Herzog, " a indiqué que la future monnaie européenne ne devrait pas s'appeler l'écu. Il a été immédiatement relayé en ce sens par Théo Waigel, le ministre des finances. De plus en plus on semble pencher, en Allemagne, pour une formulation plus neutre et plus proche du peuple, selon Théo Waigel. En marge de la cérémonie de Berlin, un haut représentant de la Bundesbank a proposé le nom d' " euro " pour désigner la monnaie commune. Dans un premier temps, le nom de chaque monnaie nationale pourrait être accolé à ce préfixe (euro-franc, euro-mark, euro-lire...), puis finirait par se suffire à lui-même ".

Il s'agissait là d'une déclaration de politique intérieure car dire que l'euro est plus proche du peuple que l'écu ne correspondait à aucune réalité, bien au contraire car l'écu existait alors tandis que l'on ne pouvait pas en dire autant de l'euro. Il est vrai que, prononcé par un Allemand, le terme " Ecou " sonne mal ; il prêterait à confusion avec la vache, ce qui est fâcheux, sauf, comme nous le verrons ci-dessous, si l'on avait décidé de faire figurer sur les nouvelles pièces une vache comme symbole de cette monnaie unique ! Plus grave, pour un Allemand très attaché à la valeur de sa monnaie et qui ne pouvait accepter la disparition du Deutschemark qu'à la condition que la monnaie unique soit au moins aussi solide que lui, depuis son apparition, l'écu avait perdu plus de 30 % de sa valeur par rapport au mark.

Fin mai 1995, on apprenait par le Financial Times que l'on avait trouvé un nouveau nom : le franken ! Les Allemands pensaient-ils que ce terme, qui rappelle la Franconie, est plus facilement prononçable pour un Anglais ou un Italien que le mot écu ? Le terme de Franken n'évoque rien... sauf Frankenstein, si l'on en croit F. Perigot, dans une intervention remarquée devant l'Association pour l'Union Monétaire de l'Europe à Bruxelles le 31 mai 1995. En fait ce nom a déjà été utilisé, autrefois pour désigner une monnaie suisse et plus près de nous au Liechtenstein. N'aurait-il pas été paradoxal de retenir comme nom de la future monnaie unique celui d'une ancienne monnaie d'un pays ne participant pas à l'Union européenne ?

Mais fallait-il vraiment utiliser le même vocable dans toutes les langues de la future Union économique et monétaire ? Après tout le terme pound en anglais ne se prononce-t-il pas livre en français et le terme escudo en portugais ne se prononce-t-il pas écu en français? N'avons-nous pas un risque supplémentaire de discussion inutile à vouloir utiliser le même vocable dans toutes les langues de la Communauté ? Si l'on regarde un peu plus attentivement les appellations monétaires, on constate même que les traductions d'une langue à l'autre ne sont pas souvent littérale, ainsi n'importe que lexique allemand-français vous donne comme traduction de " thaler " le mot " écu " ! Et que dire de la traduction du " gulden " néerlandais, qui est un dérivé de " geld " lui-même issu de " gold ", qui signifie or, par " florin " qui vient, comme on le verra plus loin, du latin " fiore " qui signifie fleur alors qu'une traduction littérale donnerait plutôt " jaunet " ?

A l'inverse, pour les cambistes qui travaillent le plus souvent par téléphone, on conçoit fort bien qu'une certaine unité de vocable puisse paraître importante. Mais ne désignaient-ils pas déjà l'écu-panier sous l'appellation peu euphonique de X.E.U. ? On rejoignait alors une question essentielle, celle de savoir si la monnaie unique est une construction strictement réservée aux professionnels de la finance mondiale ou si elle avait aussi pour vocation d'être utilisée par tous les agents économiques, quel que soit leur degré d'implication dans le commerce international.

Est-ce vraiment en privilégiant ainsi trop l'approche technique et financière que l'on obtiendra l'adhésion de tous les particuliers sur la totalité du territoire européen ? Lorsque Y-T de Silguy expliquait qu'il voulait faire de la monnaie unique le " grand projet mobilisateur qui réconciliera l'opinion publique avec l'Europe " il paraissait important de ne pas accepter, pour cette monnaie unique, un nom imprononçable dans quelque langue européenne que ce soit.

Il ne fallait pas non plus que le nom de cette future monnaie unique véhicule dans l'inconscient collectif de l'un ou l'autre peuple européen soit un sentiment de priorité, soit un ressentiment, soit encore de la méfiance. Ce nom doit être a priori neutre et disponible pour pouvoir se charger d'une affectivité positive commune. Il doit pouvoir catalyser un sentiment d'appartenance à une véritable communauté européenne. Il ne faut donc pas qu'il rappelle une quelconque division de l'histoire économique et monétaire de l'Europe. Il ne doit être chargé d'aucune affectivité négative pour qui que ce soit. Il ne doit pas non plus pouvoir être considéré comme étant la propriété d'un seul des peuples européens comme c'était sans doute le cas de l'écu.

C'est pourquoi lorsque certains médias ont déclaré, lors du sommet de Cannes, que l'accord pourrait se faire soit sur le " thaler ", soit sur le " florin ", soit encore sur le " ducat ", de telles propositions ne pouvaient être, pour un Français, que parfaitement saugrenues.

En ce qui me concerne, depuis que j'ai eu l'age de dix ans où j'ai entendu pour la première fois " Les contes d'Hoffmann ", chef-d'œuvre européen s'il en est puisqu'il s'agit d'un opéra comique d'Offenbach, sur un livret de J. Barbier, inspiré des " Contes fantastiques " d'Hoffmann, je ne peux dissocier le " ducat " de la monnaie du diable puisque, pour 500 d'entre eux, Coppélius fracasse Olympia. Or ce qui est vrai pour moi, pour le " ducat ", peut l'être, pour n'importe quel Européen, de chacune de nos monnaies anciennes. Et il est bien certain que, pour moi, aucun nom ne sera aussi grand que le " franc ", cette pièce qui fut frappée pour permettre au peuple de France de racheter sa liberté en rachetant celle de son roi - et il ne faut pas oublier qu'en vieux français " franc " signifie " libre " -, ni aussi beau que l'" écu " puisque ce fut la monnaie de Saint Louis.

Pourquoi donc, si vraiment le mot écu pouvait être considéré par certains comme un obstacle insurmontable, ne pouvait-on pas s'inspirer, pour choisir le nouveau nom de cette monnaie, de la façon dont le nom des monnaies modernes est apparu ? Ces noms se rattachent à plusieurs origines principales :
- soit ils rappellent le métal dans lequel les monnaies sont frappées, c'est le cas de l'aureus (or) ou de l'as (aes = bronze) ;
- soit ils rappellent le poids de métal qu'elles sont censées représenter, c'est le cas de la statère, de la livre, du denier , de la maille, du sicle (ou du sheckel), de la mine, du talent ou du mark ;
- soit ils rappellent le symbole qui était gravé, à l'origine, sur les pièces et c'est le cas du teston, du souverain, de la couronne, du franc, du louis ou de l'écu (de l'escudo ou du scudo), ou encore de la gazetta ;
- soit ils rappellent le lieu où ces monnaies sont apparues, et c'est le cas du thaler (abréviation de " Joachinsthaler " qui signifie " originaire de la vallée de Joachin ", en Bohème) dont le terme dollar n'est qu'une déformation - de même que le symbole $ provient de la façon dont les pirates des Caraïbes désignaient les " Spanish pillar dollars ", le terme de " pillar " rappelant les colonnes d'Hercule - ou encore du Besant, originaire de Byzance ;
- soit ils rappellent la qualité recherchée pour cette pièce comme ce fut le cas du gros ou du solidus d'où sont sortis le sou, le sol, le soldo ou encore le sueldo ;
- soit, enfin, ils rappellent, directement ou indirectement, plusieurs éléments à la fois comme le florin dont la première pièce fut frappée à Florence et portait, au revers, une fleur de lys, symbole de la ville.

Dès lors, pourquoi n'aurions-nous pas pu nous mettre pas d'accord sur le symbole à faire figurer sur les pièces et le nom en aurait découlé ? Constatons, à ce propos que certains symboles ont eu une fortune particulière ; ainsi en est-il, par exemple, du coq gravé sur les pièces d'argent et d'or du franc germinal pour en garantir la qualité et qui devint emblème national à partir de 1830, certains ayant assimilé de façon abusive le terme de " gallinacé " avec celui de " gaulois " pour aboutit au " coq gaulois " ! Il est certain que si l'on avait voulu chercher ainsi la voie d'un compromis il n'aurait probablement pas fallu retenir un symbole trop abstrait mais plutôt une image qui frappe les imaginations et qui puissent être acceptée par tous ; un signe dans lequel tous puissent se retrouver.

Ce symbole aurait aussi bien pu être :

- un attribut (comme les étoiles qui figurent sur le drapeau européen), ou un mythe (le taureau - attention au risque de confusion avec la vache -, père des enfants d'Europe), mais, dans ces deux hypothèses, le nom servant alors à désigner ce symbole ne se prononcera pas de la même manière dans les diverses langues européennes, sauf à utiliser un dérivé de leur nom latin (les étoiles pourraient être appelées par tous " Stella " et le taureau " taur "), ou grec ; la proposition que fit H. Walter de faire figurer sur les pièces d'un " centieuro " un phénix va dans ce sens : " ce serait de bon augure puisque cet oiseau mythique renaît sans cesse de ses cendres et que, dans la mythologie grecque, selon certains, Phénix était précisément le père de la nymphe Europe ". Si, pour les besoins de la cause on peut donc discuter la paternité d'Agénor, roi de Phénicie, il est certain qu'il vaut mieux, comme symbole, aller rechercher Phénix que de prendre le nom d'un des fils d'Europe car l'on risquerait de choisir alors Rhadamanthe ou Minos et commencer ainsi, avec eux, une descente aux enfers !
- un homme pouvant être considéré comme modèle de l'Europe ou des Européens (Charlemagne ou Charles Quint - qui pourrait alors donner comme nom " Carol(us) " - si l'on se réfère à l'Europe-continuité historique ; Monnet, Schuman ou Gasperi si l'on se réfère aux pères fondateurs de l'Europe d'aujourd'hui ; ou encore Baudouin si l'on veut mettre en avant l'unité dans la diversité des peuples). Sans parler du " Théo ", pour rappeler l'orthodoxie monétaire que défendait avec insistance le ministre allemand, Théo Waigel !

Dans cette deuxième série d'hypothèses le problème linguistique, ne se serait pas posé. Et si le symbole avait été bien choisi, (et pourquoi ce choix n'aurait-il pas pu donner lieu au premier référendum européen ?) l'adhésion des Européens à leur nouvelle monnaie se serait faite sans aucune difficulté. Car la monnaie ne doit pas rester une simple affaire de financiers internationaux, c'est un bien commun, fortement chargé d'affectivité, que tout utilisateur doit pouvoir accepter comme sien. L'histoire apprend, du reste, que lorsque le nom d'une monnaie n'est pas véritablement accepté par le peuple elle ne perdure pas. Ainsi la loi du 7 octobre 1793 avait-elle précisé, dans son article 6, titre II, que la pièce d'argent de dix grammes devait désormais s'appeler la " républicaine " et que la pièce de cinquante grammes " cinq républicaines " ! En réalité cette dernière pièce a aussitôt été appelée franc, car la pièce d'or correspondante était le franc-or, et la loi du 15 août 1795 a entériné à la fois le nom d'usage... et l'inflation en décidant que la pièce d'un franc ne comprendrait plus que cinq grammes d'argent.

Si l'on avait préféré retenir comme nom de la future monnaie unique celui de son lieu de création, alors elle aurait dû s'appeler le francfort ce qui n'aurait pas dû déplaire ni aux Allemands ni aux Français !

Il aurait été une autre façon de chercher à obtenir un nom acceptable par tous et qui soit totalement disponible pour se charger d'une affectivité positive commune. C'était de forger un mot totalement nouveau, prononçable dans toutes les langues en s'inspirant d'une part de l'un des principes précédents et en se souvenant d'autre part que si les Européens ont des origines gréco-latines ils ont aussi en commun un patrimoine celte. Dès lors cette monnaie unique aurait pu être appelée par tous : " skoed " (en français : écu), " sterenn " (étoiles) ou encore " drivall " (stable) ! Avouons que cela aurait été plus original et, à terme, plus parlant que le simple préfixe " euro " qui peut désigner tout et n'importe quoi, et qui a surtout été utilisé jusqu'à aujourd'hui pour désigner les coupes sportives (football, basket...).

Quant aux autres noms qui ont été avancés à un moment ou à un autre, ils ne nous satisfont pas. Le terme Eurostable proposé par J. Riboud en 1975 n'a de sens qu'en français. Celui d'Europa, défendu à la même époque par les économistes du " Manifeste de la Toussaint ", est lui aussi trop marqué d'un point de vue linguistique et, de plus, il est équivoque car il peut aussi tout désigner. Meilleure était la proposition de P. Werner : " j'avais même trouvé un nom à la monnaie, l'euror, pour souligner à la fois l'idée européenne et la référence à l'or qui était à l'époque synonyme de stabilité " .

Nous ne pouvions pas être favorables à un nom composé à partir du préfixe " Euro ", comme on en abuse aujourd'hui (Eurostar, Eurotunnel...), et comme l'aurait voulu T. Waigel, suivi en cela par nombre de personnes qui voulaient surtout ne pas discuter de cette question. En effet ce type de solution traduit une absence d'imagination qui, tout comme les acronymes, ne peut que conduire à un abâtardissement de la langue et donc de la pensée. Et, venant après l'euro-dollar, qui n'a pas laissé que de bons souvenirs dans l'histoire monétaire récente de l'Europe, l'euro-franc ou l'euro-mark, il ne pouvait, aussi, que conduire à une nouvelle confusion des esprits. Cette demande a souvent été présentée comme une volonté allemande, mais un sondage publié début décembre, quelques jours à peine avant le sommet de Madrid qui a décidé du nom de la monnaie unique, a montré que 36 % des Allemands étaient alors favorables à l'écu contre 26 % à l'euromark et 12 % à l'euro.

Ajoutons que cela n'a aucunement réglé la question de l'appellation car ce pauvre " euro " continuera à être prononcé " youro " par les Britanniques, " oyro " par les Allemands, " éouro " par les Espagnols, les Italiens et les Finnois, " éro " par les Suédois et les Danois, " eurrro " par les Irlandais. Quant aux Grecs, ils diront " evro " au singulier, mot qui se rapprocherait d'un terme signifiant " rire " et " evra " au pluriel, ce qui rappelle fâcheusement le terme par lequel ils désignent... l'urine ! Ceci nous conduit à constater que le pluriel ne se forme pas de la même façon dans toutes les langues et que, dès lors, puisque nous voulions conserver une unité de vocable il a fallu rendre le terme euro absolument invariable au mépris de toute règle grammaticale usuelle.

Par ailleurs si l'écu continuera à être écrit XEU par les opérateurs financiers, l'euro sera transformé en EUR. Quoiqu'il en soit, comme l'a dit V. Giscard d'Estaing, peu suspect d'être hostile à la monnaie unique, euro est un mot " technocratique, inesthétique et difficile à prononcer ". Si, lors des prochaines étapes de l'union politique, les " experts " des autres disciplines font preuve d'aussi peu d'imagination le terme d'euro finira par désigner demain aussi bien une institution parlementaire qu'une directive et, pourquoi pas, la politique agricole commune ; en attendant c'est déjà plus d'une manifestation sportive. Espérons qu'il ne faille pas y voir un symbole. A cette cadence, d'ici un siècle ou deux la langue unique européenne tiendra en un mot unique : " euro " ! S. Bourdon, qui avait organisé un grand concours européen pour le graphisme de cette future monnaie unique, est particulièrement déçue : " l'Europe a déjà trouvé le moyen de ridiculiser sa future monnaie. Puisqu'il existe le rouble et le dollar, je l'aurais plutôt appelé le roublard ! " Dans le domaine du ridicule il est vrai que l'on se distingue particulièrement puisqu'à l'issue du sommet de Madrid qui a officialisé l'appellation euro, Y.T. de Silguy a déclaré qu'il méritait " la queue et les oreilles " juste après avoir réussi la trouvaille : " EURO, c'est merveilleux, ce sont les initiales de European Union's Remarkable Outcome ".

Les acronymes, quant à eux, traduisent un manque d'imagination cruel et n'évoquent rien par eux-mêmes. Ils sont secs et ne véhiculent par eux-mêmes aucune image. Ils ne permettent pas de rêver, ni même simplement d'imaginer. Ils ne sont porteurs d'aucune affectivité. Ce n'est pas la proposition pour appeler cette future monnaie unique " Flam " (F comme franc, L comme lire ou livre, A comme autres monnaies et M comme mark) qui nous démentira. Quant au fait que l'acronyme E.C.U. se soit si bien adapté en France et qu'il ne soit pas aussi bien accepté dans les autres Etats cela est bien dû au fait qu'en France il n'apparaît pas comme un acronyme mais bien comme le nom d'une véritable monnaie. En France, à l'inverse de ce qui se passe dans les autres Etats, il n'apparaît pas comme une désignation administrative désincarnée mais comme quelque chose de bien réel, de palpable, de solide.

A titre anecdotique il convient de citer encore la proposition qui a obtenu le prix d'humour noir de la city : appeler l'unité le " delors " et sa subdivision le " santer " !

Mais cette querelle sur le nom de la monnaie unique ne devait pas constituer une mauvaise diversion. La réalisation de cette unité monétaire était suffisamment complexe tant d'un point de vue technique que d'un point de vue politique pour ne pas laisser une polémique stérile venir entraver la recherche des solutions concrètes aux difficultés pratiques. Cependant il ne faut pas non plus considérer la question du nom comme négligeable car, encore une fois, la réussite ou non de cette opération sans précédent sera conditionnée par le degré d'adhésion des peuples à la nouvelle monnaie. Il ne fallait pas oublier non plus que si une telle mutation est facilement acceptable lorsque la monnaie remplacée a fait purement et simplement faillite, il n'en est pas de même lorsque la monnaie remplacée est une monnaie forte, unanimement appréciée. De plus les mutations qui peuvent être acceptables en période d'euphorie économique peuvent se révéler insupportables dès le premier retournement de conjoncture, lorsqu'elle débouche sur des contraintes insupportables pour les pays dont les économies sont les moins puissantes.

En décidant, le 16 décembre 1995, au sommet de Madrid, que la nouvelle monnaie unique s'appellerait l'euro, les chefs d'Etat et de gouvernement semblent avoir surtout signé l'acte de naissance du " novlangue " si bien décrit par G. Orwell dans son roman " 1984 ". Cette nouvelle forme utilitaire de langage totalement inapte à véhiculer les idées et les sentiments se réduit désormais à un nombre très restreint de mots capables de recouvrir de grandes quantités de significations différentes, mais voisines . L' " euro " est de ceux-là, au même titre que les mots " in " et " pré-in ". Un pays " in " est un pays " dont la monnaie sera fondue dans l'euro dès le début de l'Union économique et monétaire " tandis qu'un pays " pré-in " est un pays " soit dont l'économie ne respectera pas au début de l'année 1998 les critères de convergence contenus dans le traité de Maastricht et qui ne sera donc pas autorisé à laisser disparaître sa monnaie au profit de l'euro ; soit dont l'économie pourra respecter les critères de convergence mais dont les dirigeants auront décidé de faire jouer la clause d'opting out mais dont on espère qu'un jour eux ou leurs successeurs reviendront sur cette décision et finiront par décider d'entrer dans le mécanisme ".

Pour toutes ces raisons nous ne pouvons que partager le point de vue de F. de Bernard : " on fera donc cette nouvelle entrée dans les prochaines éditions du Larousse et du Robert : Eurochoix : choix qui se fait en dépit du bon sens, de l'histoire, de l'esthétique, du goût, de l'avis des citoyens, de leurs langues, etc. Exemple : Euro, monnaie dont le nom fut décidé le 15 décembre 1995 en dépit de tout cela ". Ce jugement est d'autant plus pertinent que, si l'on en croit G. Seymour, " according to the dictionary, euro is aborigine for a large, reddish kangaroo " , qui est, comme chacun le sait, le symbole de l'Europe !

Présentant le graphisme retenu pour les futurs billets européens, le 13 décembre 1996, l'Institut monétaire européen a donné un nouvel exemple de ces " eurochoix ". Le thème retenu a été celui des éléments architecturaux et, plus exactement, des fenêtres, des portails et des ponts. Mais " les motifs des maquettes ne reproduisent pas des fenêtres, des portails ou des ponts déterminés, encore existant, et on ne peut les attribuer à aucun monument en particulier, situé dans un pays quelconque ". Mais " les motifs des maquettes ne reproduisent pas des fenêtres, des portails ou des ponts déterminés, encore existant, et on ne peut les attribuer à aucun monument en particulier, situé dans un pays quelconque ". " Monnaie fantôme, [l'euro] est aussi habitée par des fantômes de signes. Ni villes, ni paysages, ni gens, ni œuvres. Monnaie sans référence, sans pays, sans passé, sans racines, sans mémoire, elle ne semble avoir été définie par aucune valeur autre qu'elle-même (…). L'euro est pure quantité quand les monnaies parlaient aussi de qualité : le franc de liberté, le florin de fleurs, l'escudo et l'écu de chevaliers et de blasons. (…)

A ces images virtuelles, ces faux ponts , ces faux porches, ces faux arcs, ces fausses façades sans fondations, succéderont-ils bientôt des faux portraits de fausses personnalités typiquement européennes, tout aussi virtuelles, et fabriquées à l'" elastic reality ", puissante machine à morphing ? L'euro apparaît à l'image comme une chose de pure technologie, incolore, inodore, sans saveur, une monnaie des temps de " vaches folles " et de bœufs aux hormones, une monnaie de l'homme sans territoire. Tout langage se définit par sa capacité à symboliser mais l'euro semble avoir été conçu pour ne manifester aucune relation avec un quelconque sentiment d'européanité. (…)

Mais, après tout, si cette monnaie était vraiment de notre temps ? Globale avec un zeste de local. Une monnaie post moderne. Pour tout dire la première monnaie " glocale ". Globale, elle se veut anonyme comme le marché. Locale, mais pas trop, on se contentera de lambeaux d'images vaguement évocatrices " .

Le nom de cette nouvelle monnaie ne signifie rien ; les motifs architecturaux ne se rapportent à rien . La monnaie unique ne serait-elle donc qu'une chimère destinée à un monde virtuel ? Que les hommes politiques et les technocrates qui ont aujourd'hui en main l'avenir des peuples européens soient hostiles à l'Europe des nations, nul ne saurait en douter ; mais qu'ils aient un tel mépris des peuples, un tel irrespect pour la liberté des hommes et une telle méconnaissance de la psychologie est extraordinaire. Ou alors, c'est qu'ils cherchent à montrer combien le désir d'unité des Européens est profond puisqu'il n'est pas entamé par tous les obstacles qu'ils s'ingénient à imaginer.

L'économiste P. Deusy-Fournier trouve cependant une justification profonde à ce changement de nom. " La décision de changer le nom de la monnaie unique est emblématique de cette charge émotionnelle et affective associée au nom de la monnaie. Le passage de l'écu à l'euro instaure notamment une rupture dans l'histoire déjà ancienne de la construction monétaire européenne. C'est certes partiellement une façon de faire disparaître certaines caractéristiques déjà associées à la monnaie européenne et jugées indésirables (les Allemands perçoivent par exemple l'écu comme une monnaie faible du fait de ses nombreuses dévaluations par rapport au mark). Mais c'est aussi et surtout une façon d'affirmer, à travers un nom débarrassé de toute connotation historique, neuf, l'émergence d'une réalité monétaire " révolutionnaire ", d'une nouvelle identité qui balaie d'un revers de manche les hésitations d'une construction monétaire européenne bien longue. Par opposition aux écus, thalers et autres ducats, l'euro ne fait pas référence aux périodes désormais révolues de la multiplicité des monnaies en Europe " .

Mais d'un point de vue juridique, que faut-il penser de cette mutation ? Les conclusions du sommet de Madrid sont claires : " le nom de la nouvelle monnaie est un élément important de la préparation du passage à la monnaie unique, car il détermine en partie l'acceptabilité par le public de l'Union économique et monétaire. Le Conseil estime que le nom de la monnaie doit être le même dans toutes les langues officielles de l'Union européenne en tenant compte de l'existence des différents alphabets ; il doit être simple et symboliser l'Europe.
Le Conseil européen décide, par conséquent, qu'à partir du début de la troisième phase, le nom de la monnaie européenne sera " euro ". Il s'agit d'un nom complet, non d'un préfixe qui précéderait les noms des monnaies nationales.
Le nom spécifique " euro " sera utilisé au lieu du terme générique " écu " employé dans le traité pour désigner l'unité monétaire européenne.
Les gouvernements des quinze Etats membres sont convenus d'un commun accord que la présente décision constitue l'interprétation agréée et définitive des dispositions du traité ".

Mais le terme " euro ", ce mot qui n'est qu'un " moignon ", comme le dit avec humour M. Druon , n'est pas le seul à ne pas faire l'unanimité. Pour désigner les subdivisions de cette nouvelle monnaie le terme " cent " a été retenu. Cela a conduit le sénateur J.L. Mélenchon a poser une question écrite au Gouvernement : " Pourra-t-on raisonnablement parler d'une subdivision en cent cents, écrire qu'il y a cinq cent cents dans cinq euros ? A moins de prononcer le sous-multiple à l'américaine, ce que souhaitent les tenants de l'anglais langue unique " ! Répondant à cette question, dans le Journal Officiel du 10 avril 1997, le Ministre de l'économie et des finances, après avoir remarqué que le texte du projet de règlement communautaire précisait, sans rire, que " la définition du nom cent n'empêche pas d'autres déclinaisons de cette appellation dans la vie courante ", que diverses propositions avaient été faites pour " la transcription en français de la subdivision de l'euro " : centille, centieuro, centie, etc. Et il ajoutait que " la délégation générale à la langue française [dont l'imagination est débordante] a également saisi la mission Euro et souhaite que l'expression centime soit retenue ". Ainsi, grâce à la monnaie unique, quarante ans après les nouveaux francs nous aurons les nouveaux centimes.

Hélas pour nous, à côté du parrainage de G. Orwell que nous avons déjà aperçu, A. Jarry, ou plus exactement le Père Ubu, a aussi déjà soufflé sur le berceau de la monnaie nouvelle avant même sa naissance. En effet, le Conseil des ministres européens a aussi décidé que, sur les futurs billets et les futures pièces, les mots " euro " et " cent " devraient être invariables de façon à être écrits de la même manière dans tous les pays de l'Union. Du fait de cette décision il semblait que l'on pouvait légitimement penser que, dans l'usage courant de la langue française, les mots euro et cent devaient être écrit sans " s ". Mais, en fait, le Conseil des ministres n'ayant aucun pouvoir pour unifier les langues européennes, le Père Ubu, ayant pris les traits de la Commission Générale de Terminologie et de Néologie, a décidé, au cours de sa séance du 7 mai 1997 :
" 1°) les mots euro et cent prennent un " s " au pluriel (sauf sur les billets et les pièces).
2°) le mot cents prêtant à ambiguïté en français, il est préférable d'utiliser pour les besoins courants, et conformément à la possibilité laissée par les textes européens, le mot centimes. Durant la période transitoire, on pourra dire eurocentimes, afin d'éviter la confusion éventuelle avec les centimes de francs ". Après l'usage de la novlangue, voilà donc que la Commission Générale de Terminologie et Néologie crée la novorthographe ou orthographe à géométrie variable. Désormais les instituteurs vont pouvoir apprendre aux petits Français une nouvelle catégorie d'exception : en français la marque habituelle du pluriel est un " s " final, sauf sur les billets de banque ! ou, plus généralement : la marque du pluriel varie selon le support sur lequel le mot est écrit.

Nous ne pouvons que nous reporter à l'article de M. Druon, déjà cité, pour comprendre réellement cet épisode de la construction européenne : " tout cela découle de ce traité de Maastricht qui n'est écrit dans aucune langue connue. (...) On se sent pris de rage contre ces décideurs aussi présomptueux qu'incultes, qui ont pris la relève des constructeurs de Babel. " Allons, descendons et brouillons ici leur langue, qu'ils ne s'entendent plus les uns les autres " dit le Seigneur. Et ils cessèrent de bâtir la ville " (Genèse,11) ".