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LOIS ÉCRITES, " LOI " NON ÉCRITE

 

Je ne veux pas remettre une couche sur le vieux débat Droit " Naturel " (supposé découler de l'observation logique du monde, genre " Tu ne tueras pas " ) et Droit " Positif " (les règles édictées par la communauté sociale pour permettre une vie harmonieuse en société).
Je pense qu'à la place de la notion de " Loi naturelle " supposée évidente et découlant d'une origine plus ou moins sacrée, il faudrait rappeler qu'il existe dans toute communauté humaine des lois qu'il n'est même pas besoin de coucher sur le papier, dont il n'est même pas nécessaire d'être conscient pour les respecter car les bafouer serait in-pensable : il n'est donc pas nécessaire de les édicter puisqu'elles sont appliquées d'office.

En réalité, une loi que l'on a besoin d'édicter définit un comportement pensable : il y a donc des gens dans le groupe qui ne la respectaient pas, ce qui a obligé à l'écrire. Une " loi non écrite " définirait, si elle venait à la conscience, un comportement in-pensable dans un groupe humain spécifique, elle relève d'un consensus si fort qu'il n'est même pas besoin de l'écrire. Elle n'est pas consciente.

Avant d'aller plus avant, deux exemples sympathiques de lois passées du statut de lois écrites au statut de " Loi non écrite ". En réalité, elles ont été exhumées de vieux recueils juridiques par des chercheurs qui furent ahuris de ce qu'ils avaient trouvé et ces lois furent alors formellement abolies… Personne ne s'en était rendu compte car les situations qu'elles réglementaient étaient devenues in-pensables au fil du temps.
Premier exemple donc, on vient d'abolir une loi canadienne qui définissait les conditions de versement de la prime offerte pour la fourniture aux autorités locales de scalps d'indiens. Certes… voilà une loi qu'elle fait désordre... et qui n'avait pas servi pendant deux bons siècles.
Autre exemple, on vient d'abolir en Irlande une loi punissant de prison ferme les relations homosexuelles entre deux adultes consentants, loi qui n'avait pas été utilisée depuis 191 ans.
Contre exemple, lorsque Jean-Paul II lève l'interdit concernant les théories de Galilée (l'idée que la Terre tourne autour du Soleil), la situation est moins évidente. D'abord parce que tout le monde n'est pas au courant qu'il y a débat (voir en date du 03 février dans les actualités ), ensuite par ce que ce n'est pas ce qui a fait problème : la Bible comme " parole divine " n'est pas la parole de Dieu elle peut être discutée, interprétée et éventuellement contredite étant factuellement humaine si son essence est divine. Est-elle discutable et interprétable reste une question ouverte pour beaucoup de gens... Définit-elle une Loi ?

Le rapport avec le zeuro ? Je pense que le rapport à la Monnaie et particulièrement à une monnaie réelle, comme le Franc (opposée à un moyen de paiement juridiquement défini comme le zeuro) est de l'Ordre des Lois non écrites.

Prenons d'abord quelques exemples bien flagrants de Loi non écrites.

L'interdiction de la représentation physique de Dieu en est une. Cette interdiction, qui nous vient du judaïsme, est inconsciemment respectée dans notre culture, tant par les croyants que par les athées : ni les uns ni les autres n'ont pourtant conscience qu'ils ont mentalement intégré cette loi.
Faites un test, demandez autour de vous " Quelle est la ou les religions qui interdisent la représentation de Dieu ? ". Parmi des Français de souche vous aurez, lecture des journaux oblige, la réponse immédiate " l'Islam ", certains êtres d'élite rajouteront " les Juifs ", on aura quelques réponses concernant le Bouddhisme mais je n'ai jamais entendu la réponse " Les chrétiens ". Pourtant, il n'existe aucune représentation physique de Dieu où que ce soit dans la Chrétienté et l'idée de mettre une statue de barbu rayonnant derrière l'autel dans une église serait perçue comme parfaitement incongrue : in-pensable. (Il y a un contre-exemple et un seul : le plafond de la Chapelle Sixtine, qui confère d'ailleurs à cette œuvre un statut de rupture de paradigme (de vision collective du monde) : les peuples européens séparent alors pour la première fois le sacré et le profane d'une manière radicale - on extériorise ce que l'on représente. Il y a tout lieu de penser que dans deux ou trois siècles, lorsque cette séparation aura eu lieu d'une manière complète dans l'ensemble de notre culture, ce plafond sera reconnu comme le point de rupture. Pour en revenir à notre propos, cet unique contre-exemple n'est pas " valide " : il ne s'agit pas d'une représentation cultuelle (personne ne s'est jamais mis sur le dos dans la Sixtine pour prier " Notre Seigneur qui est sur le plafond….. ").
Autre exemple de loi parfaitement respectée (ce à quoi pratiquement aucune loi " écrite " ne peut prétendre, sinon il y aurait moins de flics et de prisons) les rituels fondamentaux de l'enterrement. On a vu des gens se marier en pyjama, peints en bleu ou à cheval : la pensée même d'enterrer un mort dans ce genre de tenues n'a, je crois, jamais effleuré personne, montrant par là qu'il s'agit vraiment d'un rituel social fondamental, contrairement au mariage…

C'est surtout au moment des changements de paradigme que l'on repère ces lois non écrites (il y a un bref moment où l'on peut penser ce qui était in-pensable avant que celui-ci disparaisse ou soit remplacé par un autre in-pensable).

J'ai acheté voici quelques années pour quelques milliers de francs un écu d'or de Louis XII, frappé pour la Provence ( avec le titre de COMES PROVINCIAE). C'est une monnaie rare mais pas rarissime dont j'ai absolument voulu posséder un exemplaire car c'est la première monnaie française où le roi porte un numéro d'ordre. Avant cette pièce, toutes les légendes des monnaies royales portaient le nom du roi suivi de FRANCORVM REX, roi des Francs, sans jamais que le nom soit suivi, comme cela deviendra la règle dès la Renaissance, de son chiffre ordinal.
Pourquoi ? Bien que nos ancêtres aient parfaitement su que Saint Louis, par exemple, était " neuvième du nom ", le Temps était pour eux cyclique et non linéaire. En clair "aujourd'hui" était (ontologiquement) semblable à "hier" qui était comme "demain". Le Roi est mort ! Vive le Roi : nous sommes dans un Temps qui se déroule en un cercle fermé.
À la Renaissance, en revanche, le Temps cesse d'être Aion (le dieu grec du Temps cyclique, le temps des moissons et des hivers, le Temps d'avant l'Histoire) pour devenir Chronos, le Temps qui dévore ses enfants (relisez votre mythologie grecque antique, tout est dans la Grèce antique, lisez Jacqueline de Romilly). L'origine de ce changement de paradigme tient bien entendu à la découverte par le plus grand nombre des ruines de la civilisation romaine et donc à la généralisation de l'idée que les civilisations, quelque soit leur grandeur, sont mortelles et s'inscrivent donc dans un Temps linéaire et non cyclique.
Bien entendu, les élites cultivées, religieuses par exemple, qui gardèrent les manuscrits pendant des siècles, étaient parfaitement à même de comprendre que Rome avait représenté un extraordinaire accomplissement par rapport aux âges sombres qu'ils traversaient. Mais, comme pour l'euro, il fallait qu'une partie conséquente de la population intègre cette idée pour que le renversement de paradigme se produise.

La Monnaie fonctionne dans l'Ordre du non-écrit. Personne ne la conteste dans son principe. Elle est, depuis son apparition avec le paradigme de l'individu contre le paradigme de la tribu, l'expression d'une entité politique, destinée à circuler dans un groupe qui reconnaît cette entité politique, à en exprimer les valeurs et la vision du monde.

Le Franc avait toutes les caractéristiques d'une monnaie réelle selon l'Ordre non-écrit que les monnaies respectent, sans qu'il soit besoin de légiférer, depuis 2700 ans qu'elles existent. Il est l'expression d'une entité politique, la nation française, il est destiné à circuler dans un groupe qui reconnaît cette entité politique, le peuple français, à en exprimer les valeurs et la vision du monde : il suffit de comparer un instant les monnaies françaises avec n'importe quelle autre monnaie d'Europe pour en percevoir la spécificité : le franc porte les valeurs et la vision du monde d'un peuple.

L'euro n'a aucune caractéristiques d'une monnaie réelle : son origine est de l'Ordre de la loi écrite. Pour qu'une monnaie exprime une entité politique, encore faut-il que celle-ci représente un peuple : si peuple européen il y a à mes yeux (par opposition aux autres blocs planétaires, islamique, chinois, africain, indien et Coca-Cola), je suis parfaitement convaincu que les européens ne sont pas convaincus d'être un peuple, ne serait-ce que pour des raisons de langue.
Pour qu'une monnaie exprime une entité politique, encore faut-il que celle-ci soit légitime. Les Français reconnaissent leur nation, la France. Combien reconnaissent les gnomes de Bruxelles, dont l'élection au scrutin de liste, cette parodie de Démocratie, bat, année après année, ses propres records d'abstention ?
Si le zeuro porte les valeurs et la vision du monde des Européens, ceux-ci sont-ils des portes, des fenêtres et des ponts ? Où sont les héros de l'Europe ?
Et on veut que je croie à cette parodie de monnaie, le zeuro, " légitimé " par une parodie de puissance politique, la " Commission Européenne ", sur une parodie de nation, l'Europe qui va bientôt inclure la Turquie et les pays de l'Est, réservoir d'esclaves bon marché pour les transnationales qui nous gouvernent ?

Bien entendu, les bonnes âmes me diront que les Temps sont venus, que plus personne ne ressent la Monnaie comme un identitaire, que les hommes n'ont d'ailleurs plus besoin de référent identitaire de groupe, que la Fin de l'Histoire vient de sonner.
Depuis 2700 ans qu'il existe des monnaies, elles sont toutes faites sur le même principe et délivrent le même modèle symbolique, sous de multiples formes : " Ceux qui ont émis cette monnaie sont fiables et honnêtes, ils font partie de votre groupe dont ils partagent les valeurs et les espoirs, ils assurent prospérité et sécurité, maintenant et dans le futur ".

Entre le tétradrachme d'Athènes de 420 avant J-C, avec ses seize grammes d'argent avec la déesse Athéna casquée à cimier à l'avers et la chouette de la sagesse au revers et le Napoléon de 20 francs or de 1914 avec la République au bonnet phrygien décoré de chêne à l'avers et le Coq gaulois de la vigilance au revers, aucune différence fondamentale.
Pire, entre ces deux pièces et la pièce d'un franc, avec la Semeuse à l'avers et le rameau d'olivier au revers avec la devise LIBERTE EGALITE FRATERNITE, pas de différence fondamentale non plus : on remarque simplement renforcée la référence féminine et agricole qui est un leitmotiv sur les monnaies françaises modernes.

Les paléontologues nous expliquent par ailleurs que Homo Sapiens Sapiens, en clair, notre espèce, n'a pas changé fondamentalement - dans ses capacités intellectuelles et dans ses comportements sociaux essentiels - depuis 20.000 ans.
Les ethnologues étudient les structures de groupes des primitifs (le groupe idéal représente par exemple cent-vingt personnes) pour concevoir la structure " sociale " de l'entreprise idéale, celle où les tensions seront les mieux gérées.

Et on voudrait que je parie sur un délire idéologique mondialiste qui suppose que l'Homme a changé ?

Soyons sérieux, le Temps ne respectera pas ce qui aura été fait sans lui, et surtout pas les lois écrites contradictoires avec les lois non écrites, les seules qui importent vraiment.

Bien sûr, le zeuro est venu et tout semble "bien" se passer. Mais les mouvements de l'Ordre non-écrit sont très lents, ils se manifestent sur des années, des générations parfois. La conscience du Temps dont nous avons vu le basculement à la Renaissance, a pris des siècles. L'apparition de l'idée d'individu, pour nous le VIIe siècle avant, en Grèce, n'est pas encore intégrée par tous les peuples de la Terre, certains pensant encore en terme de clan, de tribus et de groupes religieux. Les études sur l'histoire des Idées montrent des évolutions séculaires. Les acteurs de ces changements, à de rarissimes exceptions près, sont complètement inconscients de ce à quoi ils participent.

Si la France n'est pas morte - après tout, pourquoi pas, mais alors pourquoi faire ? - l'Ordre non-écrit fera retour, provoquant sur son passage ce que provoquent les mouvements de fond de l'Inconscient Collectif : des troubles à l'échelle historique.

PENSEZ EN SIÈCLES. ARRÊTEZ DE PENSEZ EN MOIS, ANNÉES OU MÊME À L'ÉCHELLE DE VOTRE VIE. PENSEZ MÊME À L'ÉCHELLE DE VOTRE PEUPLE, EN MILLÉNAIRES.

 

Michel Prieur 16032002