RETOUR

 

La vice-présidence de la BCE plus disputée que prévue*

* la faute d'orthographe n'est pas de moi.... ou alors il y a un double sens subtil, voire une plaisanterie cachée.

mercredi 6 mars 2002, 12h05

FRANCFORT (AFP) - La course à la vice-présidence de la Banque centrale européenne (BCE) s'annonce plus âpre que prévu, en forme de hors d'oeuvre avant la succession du Néerlandais Wim Duisenberg à la tête de la principale institution financière européenne.

Le Français Christian Noyer, qui occupe depuis près de quatre ans la place du numéro deux de la banque, quittera ce poste fin mai à l'expiration normale de son mandat. Beaucoup espéraient que son remplacement ferait l'objet d'un très rapide consensus entre gouvernements de la zone euro afin de ne pas répéter les marchandages et scènes de ménages peu glorieux qui avaient entouré la désignation au printemps 1998 de Wim Duisenberg.

Si l'on n'en est pas là, la recherche d'un successeur à Christian Noyer devrait être l'objet d'intenses négociations. La Belgique a en effet créé la surprise mardi en s'invitant dans la course. Elle a proposé la candidature d'un universitaire iconoclaste, le sénateur Paul De Grauwe, désormais en concurrence avec l'autre candidat déclaré, le gouverneur de la Banque centrale de Grèce Lucas Papademos, très apprécié par ses pairs de la BCE et qui faisait à ce titre figure de favori. En outre, le Luxembourg, qui en la personne du gouverneur de sa banque centrale, Yves Mersch, dispose d'une solide carte, ainsi que l'Irlande, se réservent la possibilité de présenter une candidature.

Ces quatre pays font partie des six pays qui n'avaient pas obtenu de strapontin il y a quatre ans au sein du prestigieux directoire de la BCE, où est assurée la gestion quotidienne de l'institution.

La candidature du professeur d'économie belge ne manque pas de piment et risque de faire grincer des dents au sein de la BCE. Il avait critiqué en 1999 le lancement de l'Union monétaire, bancale à ses yeux tant qu'elle ne sera pas complétée par une véritable union politique. Il a aussi mis en cause l'indépendance "excessive" de la banque centrale par rapport au pouvoir politique. Paul De Grauwe ferait donc figure de loup dans la bergerie. En annonçant mardi cette candidature, le ministre belge des Finances Didier Reynders, n'a d'ailleurs pas manqué d'adresser une pique à la BCE, insistant sur l'importance d'un "équilibre entre les cooptations internes de banquiers centraux et un regard plus extérieur" au sein de la banque.

Les analystes doutent dans ces conditions que la Belgique puisse l'emporter, pariant plutôt sur son concurrent grec, au profil plus traditionnel. Professeur d'économie bardé de diplômes, Papademos affiche un pedigree de banquier central, après avoir notamment fait ses premières armes comme économiste à la Réserve fédérale américaine de Boston. "Mr Papademos a un profil plutôt américain. Cela pourrait être très utile dans la mesure où la Fed a la réputation de bien communiquer avec les marchés financiers", souligne Rodolfo Dozio, de la banque Indesa.

Les gouvernements vont devoir éviter que les discussions, appelées à durer au moins jusqu'à la mi-avril, tournent à la foire d'empoigne, ce qui pourrait déstabiliser la BCE, déjà confrontée aux hypothèques entourant le remplacement de Wim Duisenberg. Si le Français Jean-Claude Trichet, grand favori pour succéder au Néerlandais, sort blanchi de l'enquête judiciaire sur les comptes du Crédit Lyonnais, dans laquelle il est impliqué, le passage de témoin prévu en juillet 2003 s'effectuera en douceur. Si la justice française en décide autrement, l'affaire pourrait en revanche s'avérer plus compliquée, faute de personnalité de rechange aussi consensuelle, estiment les analystes.