|
BCE : faute de nommer Trichet, la France pourrait pousser Noyer |
|
PARIS (AFP) - Si la candidature de Jean-Claude Trichet à la présidence de la Banque centrale européenne (BCE) était discréditée par une condamnation pénale, la France, qui estime que ce poste lui revient de droit, devrait chercher un nouveau candidat qui pourrait être l'ancien vice-président de la BCE, Christian Noyer. Mercredi, une peine d'au moins 10 mois de prison avec
sursis a été requise contre Jean-Claude Trichet, 60 ans,
gouverneur de la Banque, dans le procès des comptes de la banque
Crédit Lyonnais au tribunal de Paris. L'accession de M. Trichet à la présidence de la BCE était programmée de longue date. En mai 1998, la France avait accepté que le néerlandais Wim Duisenberg soit désigné président de la BCE pour huit ans, mais à condition qu'il démissionne de son poste à mi-mandat au profit d'un Français, en l'occurrence M. Trichet. Quatre ans après, la France estime toujours que le poste de président de la BCE lui revient de droit. De plus, au niveau européen, personne ne s'est élevé publiquement pour réclamer une solution autre que française. Paris devrait donc, si la candidature de M. Trichet était abandonnée, s'atteler à trouver un autre homme de consensus. Or "il n'y a pas beaucoup d'alternative à Jean-Claude Trichet, qui a au sein de la BCE une autorité, une compétence et un poids qui ne sont pas faciles à trouver", explique Pierre-Alain Muet, professeur d'économie à Polytechnique et ancien président délégué du Conseil d'analyse économique (CAE), organe consultatif auprès du gouvernement français. "Et dans ce cadre, la tendance actuelle voudrait que ce soit plutôt un haut fonctionnaire qu'un économiste", ajoute M. Muet, en citant notamment le nom de l'ancien vice-président de la BCE entre 1998 et 2002, Christian Noyer. Ce nom est le plus fréquemment cité pour succéder à M. Duisenberg, si M. Trichet devait renoncer. Proche de la droite, M. Noyer, chargé ces derniers mois par le gouvernement français d'une mission de réflexion sur l'épargne réglementée, s'est surtout illustré lors de ses quatre années à la BCE par une grande discrétion et un caractère affable qui lui a valu le surnom de "Mister Nice Guy". Ancien vice-président, Christian Noyer ne devrait pas soulever d'objections parmi les partenaires de la France, ce qui épargnerait à la BCE un psychodrame, comme celui qui avait entouré la nomination de M. Duisenberg, estiment les milieux européens. Une candidature de M. Noyer soulève cependant un problème juridique, le traité de Maastricht stipulant que les six membres du directoire de la BCE sont élus pour un mandat non renouvelable. Le débat n'est pas tranché au niveau européen, certains juristes estimant par exemple que l'accession de M. Noyer à la présidence de la BCE verrait le début d'un nouveau mandat, et non pas le renouvellement de son ancien mandat de vice-président. Si Christian Noyer est le plus souvent cité dans un tel cas de figure, les noms du président de la Berd (Banque européenne pour la reconstruction et le développement), Jean Lemierre, ou du sous-gouverneur de la Banque de France, Hervé Hannoun, sont également évoqués. "Quel que soit l'homme, il sera avant tout le candidat de la France à la présidence de la BCE, proposé par l'Elysée. Ce sera donc un choix politique qui tiendra compte des circonstances" juridiques et politiques, souligne un spécialiste du dossier. Jeudi, Wim Duisenberg lui-même a "regretté" l'incertitude persistante entourant sa succession à la tête de la BCE, et réitéré son soutien à M. Trichet en espérant "que ce processus (judiciaire) prendra fin aussi vite que possible". |