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La baisse des taux BCE, un remède insuffisant pour guérir la zone euro


FRANCFORT (AFP) - La Banque centrale européenne (BCE) s'est finalement décidée à voler au secours de la croissance en zone euro en baissant ses taux d'intérêt, alors que pointe la menace d'une contraction économique sur le Vieux continent, mais ce geste ne devrait pas suffire à lui seul à relancer la machine.

A la satisfaction quasi-générale, la BCE a abaissé jeudi son taux d'intérêt directeur d'un demi-point de pourcentage, à 2,75%, son plus bas niveau depuis novembre 1999.

Un geste très attendu, que le président de l'institut monétaire Wim Duisenberg a justifié par l'atténuation des tensions inflationnistes, conséquence d'"une croissance molle" et d'"un climat économique terne".

La BCE, d'habitude préoccupée en premier lieu par la stabilité des prix, a cette fois mis en avant qu'elle entendait contribuer à la croissance en réduisant le loyer de l'argent et en abaissant ainsi le coût du crédit.

"Notre décision devrait aider à améliorer les perspectives économiques de la zone euro, en apportant des contrepoids aux risques actuels de ralentissement de la croissance, et par ce biais en soutenant la confiance", a expliqué M. Duisenberg.

Le Néerlandais semble ainsi s'être fait l'écho des plaidoyers pressants en faveur d'une baisse des taux, pour huiler le moteur grippé de l'économie.

Les perspectives, en effet, ne sont guère reluisantes : la Commission européenne n'exclut désormais plus que l'activité en zone euro frôle la stagnation, voire une récession, début 2003. La croissance pourrait être nulle ou même négative au premier trimestre de l'année prochaine.

Des inquiétudes qui assombrissent un peu plus le tableau offert par l'économie mondiale. Le Japon, notamment, risque à nouveau d'enregistrer une dégradation de sa situation économique, selon l'indicateur avancé de conjoncture d'octobre. Et les récents chiffres encourageants américains ne parviennent pas à convaincre pleinement les experts de l'imminence d'une reprise globale.

Peu surprenant, donc, que la détente monétaire décidée par la BCE ait été accueillie avec soulagement. Par les banques et les marchés, tout d'abord, mais surtout par les dirigeants des économies les moins performantes de la zone euro.

L'Allemagne, forte de plus de quatre millions de chômeurs et où le recul des prix fait craindre une déflation, n'a pas manqué de féliciter la baisse des taux, "une avancée importante pour l'économie" selon le chancelier social-démocrate Gerhard Schroeder.

Pour autant, le geste de la BCE ne constitue pas une solution miracle à la déprime économique européenne, malgré son impact psychologique indéniable, tempèrent les analystes.

"La confiance des investisseurs et des consommateurs devrait s'améliorer", note Joachim Fels, analyste chez Morgan Stanley.

"En outre, la baisse des taux va inciter les banques à limiter le rationnement du crédit. Et l'abaissement du coût de ce crédit devrait aider les entreprises", poursuit-il.

Toutefois, il faut en général au moins six mois pour qu'une baisse des taux fasse sentir ses effets sur l'évolution de l'économie. Et les économistes de la BCE eux-mêmes calculent qu'une réduction de 50 points de base augmenterait le taux de croissance de seulement 0,1 point de pourcentage au bout d'un an.

L'institut monétaire francfortois n'a d'ailleurs pas manqué de rappeler que son intervention ne pouvait à elle seule susciter une reprise de l'activité en zone euro.

"Les perspectives concernant l'économie de la zone euro dépendront également dans une très large mesure des progrès effectivement accomplis" en termes de discipline budgétaire et de réformes structurelles, notamment sur le marché du travail, ont averti jeudi les banquiers centraux. Une façon de signifier que la balle est désormais dans le camp des politiques.