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Euro:
les craintes de dérapages des prix se sont avérées

 

 

PARIS (AFP) dimanche 13 janvier - 12h24 - Les craintes des Européens d'assister à une valse des étiquettes après le passage à l'euro se sont avérées, comme en témoigne l'avalanche de plaintes des consommateurs, mais les responsables politiques assurent qu'il n'y a pas de flambée générale des prix en Europe. [voir L'événement]

Les appels à la vigilance et les menaces de sanctions proférées avant l'arrivée de l'euro n'ont rien fait: les prix ont dérapé en particulier les petits prix, arrondis à la hausse par les commerçants.

Depuis une semaine les associations de consommateurs sont assaillies d'appels. "Les témoignages concernent surtout les prix de consommation courante, pour lesquels la mémoire est plus grande", indique Christian Huard, président de Conso France. Il a noté aussi "un durcissement de ton des consommateurs" devant ces dérives.

Lionel Mauguin, de la rédaction de 60 millions de consommateurs, fait état d'innombrables plaintes quotidiennes des Français dénonçant des hausses de prix "dans les bars, brasseries, restaurants, sandwicheries, grandes surfaces, boulangeries-pâtisseries, distributeurs de boissons, coiffeurs, place de cinéma, presse, stationnement". Il affirme: "Les gens sont en colère, souffrent de ces hausses et demandent comment protester". L'INSEE lui-même, chargé de chargé de collecter les données sur les prix a constaté "des cas d'arrondis des prix vers le haut", selon Michel Devilliers responsable du département conjoncture de l'Institut.

En Italie, "les hausses sont bien là et de manière généralisée. Nous recevons continuellement" des appels de consommateurs "nous signalant des dérapages", dans "les bars-restaurants, les transports, les petits commerces, la médecine", assure Emanuele Piccari, porte-parole l'Union nationale des consommateurs.

L'Association d'information des consommateurs en Autriche a aussi constaté d'"innombrables" hausses de prix, comme des tickets d'autobus.

Caroline Hayat, porte-parole de l'Associaton européen des unions de consommateurs (BEUC), basée à Bruxelles, souligne des "dérapages liés à l'euro" dans toute la zone, mais "il est encore un peu tôt pour juger de leur impact sur l'évolution globale des prix", souligne-t-elle.

Selon Devilliers de l'INSEE, "les problèmes d'arrondis et des prix psychologiques ne sont pas négligeables" et "peuvent conduire à des vraies variations à la hausse", mais "on ne peut encore faire un bilan quantitatif". L'évolution des prix en janvier dépendra aussi de facteurs indépendants de l'euro comme le tarif du pétrole qui "risque de remonter en janvier" et des produits frais qui pourraient déraper avec la rigueur de cet hiver, indique cet économiste.

Les responsables politiques se cantonnent dans des propos lénifiants, reconnaissant des dérapages sectoriels et excluant une dérivé généralisée. "Il est possible qu'il existe des cas isolés" d'augmentation des prix que "nous surveillons très attentivement", "mais je ne crois pas que cela soit très répandu", a estimé le commissaire européen à la protection des consommateurs, David Byrne

Des mesures sont toutefois prises. Ainsi en Grèce, le gouvernement a imposé des amendes et déféré devant la justice des entreprises de restauration et de parkings qui ont augmenté injustement leurs prix.

En France, l'administration a lancé une nouvelle enquête, relevant les prix de 20.000 produits, dont le résultat sera connu autour du 15 janvier.

Dans l'Europe de la liberté des prix le consommateur a peu de marge. "Là où il y a la concurrence, la solution est de changer de commerçants", préconise Christian Huard.

Anne Millot, de l'association UFC Que choisir estime que les commerçants ne devraient absolument pas arrondir les petits prix au détriment du consommateur. "Il faut fabriquer des prix avec des centimes" car "le centime d'euro représente une somme non négligeable", souligne-t-elle.