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Les marchés ne comptent pas sur l'euro La monnaie unique ne s'impose pas comme alternative au dollar. Par JEAN QUATREMER Bruxelles (UE) de notre correspondant Faut-il parler de l'incroyable force du dollar ou de la faiblesse ontologique
de l'euro? Les marchés financiers ont d'ores et déjà
donné la réponse: foin des explications techniques, ce qui
fait cruellement défaut à la monnaie unique, c'est la confiance,
un capital inestimable, de nature à la fois psychologique et politique.
Glissade. Depuis une semaine, la monnaie unique a replongé sous le niveau de 0,90 dollar, un seuil qu'elle avait franchi pour la première fois le 3 mai 2000. Hier, la devise a regagné du terrain, se stabilisant au-dessus de la barre des 0,89 dollar, après avoir glissé mardi vers 0,88 dollar (plus très loin de son record absolu de faiblesse, à 0,8227 dollar, atteint il y a tout juste un an). Dans les jours qui ont suivi le 11 septembre, il était pourtant parvenu à se hisser jusqu'à 93 cents pour vite refluer sous les 92 cents. Loin des 1,17 dollar atteint lors de son lancement, en janvier 1999. Dans les circonstances actuelles, il ne faut pas forcément se désoler de cette faiblesse de l'euro. Au contraire puisqu'elle dope les exportations européennes. Mais la leçon est claire. Longtemps, les analystes de tout poil ont doctement expliqué que le dollar triomphait à cause du différentiel de croissance avantageux des Etats-Unis et du loyer élevé de l'argent qui attirait les capitaux outre-Atlantique. L'explication est forcément autre: les taux d'intérêt américains à court terme sont négatifs pour la première fois depuis quarante ans alors qu'ils sont positifs dans l'Eurolande. En outre, la croissance, même anémiée, est toujours là. Enfin, les fondamentaux économiques de l'Union sont sains, à la différence de ceux des Etats-Unis: l'inflation est maîtrisée, les budgets sont en voie d'assainissement, la balance des paiements et la balance commerciale n'accusent aucun déséquilibre, etc. Bref, les capitaux devraient affluer en masse dans la zone euro. Mais, pour les investisseurs, il est clair que «le dollar reste la valeur refuge dans le bordel mondial», comme on l'explique à Bruxelles. C'est la monnaie de la seule hyperpuissance mondiale, et même les terroristes n'ont pas remis ce fait en cause. L'Europe, elle, reste perçue comme un continent à l'intégration politique inachevée. A Francfort, la Banque centrale européenne (BCE) estime depuis longtemps que c'est là la seule explication qui vaille pour expliquer la faiblesse de l'euro. Vu de Hong-kong ou de Singapour, la monnaie unique ne semble pas reposer sur des bases très solides: l'euro est toujours une monnaie virtuelle, les gouvernements de l'Eurolande hésitent à maintenir la rigueur budgétaire, la BCE est continuellement mise en cause pour sa politique monétaire, les gouvernements sont critiqués par la Commission et par la BCE... Bref, tout cela fait désordre. Démonstration. Dernier élément, sans doute le plus important: l'absence de tout projet politique cohérent et la perspective d'un élargissement rapide non maîtrisé laissent dubitatif tout investisseur qui se respecte. L'apparition de la monnaie fiduciaire, en janvier, aidera sans doute à consolider l'euro. Mais cela sera insuffisant pour en faire une valeur refuge. Car, une monnaie forte n'existe pas sans un Etat fort: les marchés en assènent la démonstration. L'euro restera encore longtemps une monnaie régionale. l'article original se trouve sur Libération |