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Cher Wim,
Je viens de faire un cauchemar. Lors d'une conférence de presse,
tu
me confiais en grand secret un de ces fameux sachets de pièces,
pour
qu'au journal on puisse jouer à la marchande en euros avant les
autres. C'est alors qu'une entreprise se mettait à bombarder Libé
d'euros en chocolat pour une folle campagne de pub. C'était affreux,
il
y en avait partout. Alors je donnais mon filet de pièces en chocolat
à
mes filles et rangeais ton sachet dans un tiroir. Peu après, les
garces
m'annonçaient qu'elles avaient balancé les pièces
parce qu'il y avait
«zéro chocolat» dedans. Je comprenais soudain que je
m'étais
emmêlé les pinceaux.
Ce n'était qu'un rêve, mais tes sachets de marchande, ça
ne fait pas
sérieux. Déjà, les billets grotesques avec des arches
et des ponts,
c'est limite. Si je les ramène à la maison, ils finissent
droit dans la boîte
du Monopoly. Et même pas sûr qu'on puisse s'en servir. Je
les
entends déjà: «Tu ne comptes tout de même pas
payer la rue de la
Paix avec ta monnaie de Mickey?»
Non, Wim, il faut vraiment que tu prennes ces histoires de pèze
plus
au sérieux. Regarde les dollars, ça a de la gueule et ça
marche
partout. Tu nous vois refiler des euros à un taxi ouzbek? On finit
à
pied, avec des dents en moins.
Tu sais, il suffirait de pas grand-chose. D'abord, euro et dollar, c'est
kif-kif à une grosse décimale près, non? Ensuite,
on n'est pas obligé
de repomper complètement leurs billets. On enlève «In
God we
trust», ça fait mauvais genre. Mais on peut laisser les tronches,
puisque désormais «nous sommes tous américains».
Evidemment, ne prends pas tout ça au pied de la lettre. Mais
envisage
au moins la création de cellules de soutien psychologique pour
les
traumatisés de l'euro. Bien à toi.
EDOUARD LAUNET original
en ligne sur le site de Libération
Pour toute réclamation ou témoignage: wim@liberation.fr
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