|
Publié le : 20-02-2005
Nous vivons un moment charnière de la construction
européenne.
Le texte soumis à la ratification des Etats membres a une portée
politique supérieure à lActe unique, aux traités
de Maastricht,
Amsterdam ou Nice qui se présentaient seulement comme
ajouts, compléments dun socle déjà posé.
La «constitution»
proposée aujourdhui nest pas un texte de correction
du système
institutionnel. Elle reprend les traités existants, affiche des
valeurs, des objectifs et des principes, définit des politiques
et
des institutions. Cest cet ensemble que son adoption fixerait.
Les Etats membres, leurs parlements, leurs peuples là où
il y
aura référendum, sont appelés à dire si ce
sont là les
fondements et la définition quils souhaitent pour lEurope
à
venir. Car une fois la «constitution» adoptée, il serait
extrêmement difficile, juridiquement mais aussi politiquement,
de la remettre en cause.
Certains affirment quil faut ladopter du
seul fait que doter
lEurope dune constitution constituerait un progrès
considérable.
Il nest pas nécessaire ici de discuter sil faut ou
non une
constitution et si nimporte quelle constitution vaut mieux que
pas de constitution. Parce quen tout état de cause, ce texte
nest
pas une constitution : ni par son mode dadoption, ni par son
mode délaboration, ni par son contenu :
Cest un traité qui devra être ratifié par tous
les Etats
membres et, sil lest, ne pourra être modifié
quavec leur
accord unanime. Cela veut dire quen principe un seul des
25 pourra empêcher toute modification. Certes, ce sont
des relations entre Etats : les «petits» peuvent être
sensibles aux pressions. Mais assurément un Etat grand
ou moyen, en pratique son gouvernement, suffira à figer
les choses. Ceux qui disent : votons «Oui» ; après
on
enlèvera ce qui ne va pas et on ajoutera ce qui manque,
ne répondent pas à cette objection.
Une constitution doit émaner dune assemblée
constituante. Ce nest pas le cas ici. Ajoutons quune
assemblée constituante ne simprovise pas. Elle doit
sappuyer sur la souveraineté populaire pour trouver sa
légitimité. Celle-ci ne se décrète pas, elle
se construit. Vu
lhistoire de la construction européenne, cela suppose un
débat démocratique prolongé, impliquant profondément
les peuples.
Enfin une constitution doit se borner à inscrire
les valeurs
communes, les principes fondateurs et à organiser les
institutions. Le projet de «constitution» adopté par
les
chefs dEtat et de gouvernement nest pas du tout de
cette nature. Il fixe dans le détail toute sorte de choix
politiques, sociaux, économiques. Choix qui devraient
pouvoir être modifiés lors dun changement de majorité
politique et ne pourront plus lêtre.
? Ce texte porte ainsi un vice anti-démocratique
radical qui
affecte déjà les traités actuels et est incorporé
ave eux. Ce vice
constitue un motif fondamental du «Non».
I. La «constitution» impose le neo-libéralisme
Dans la continuité des traités actuels
(cf. Manifeste... chap. 2), le
projet de « constitution » est lensemble juridique libéral
le plus
complet et contraignant de la planète.
1. Le respect du principe de léconomie de
marché ouverte où la
concurrence est libre
Le marché nest pas seulement promu au rang
de valeur
suprême de lUnion, il en est lobjectif central. Il apparaît
dès
larticle 3 : «LUnion offre à ses citoyennes et
à ses citoyens (...)
un marché unique où la concurrence est libre et non faussée».
A
sa suite, larticle 4 réaffirme les libertés fondamentales
du
marché. Cela sajoute à la longue liste des articles
qui stipulent
que lUnion agit «conformément au respect du principe
dune
économie de marché ouverte où la concurrence est
libre» (articles
III-69, 70, 77, 144, 180).
Le principe de léconomie de marché ouverte guide aussi
la
politique extérieure de lUnion. «Dans ses relations
avec le reste
du monde, lUnion (...) contribue au commerce libre» (article
3).
Lajout du commerce équitable nefface pas cette position
de
principe. «Les Etats-membres appliquent à leurs échanges
commerciaux avec les pays et territoires (doutre-mer, associés
à
lUnion) le régime quils saccordent entre eux
en vertu de la
Constitution» :
cest à dire la libre circulation (article
III-187). Sagissant du reste
du monde, «lUnion encourage lintégration de tous
les pays dans
léconomie mondiale, y compris par la suppression progressive
des obstacles au commerce international» (article III-193).
«LUnion entend contribuer, conformément à lintérêt
commun, au
développement harmonieux du commerce mondial, à la
suppression progressive des restrictions aux échanges
internationaux et aux investissements étrangers directs, et à
la
réduction des barrières douanières et autres»
(article III-216).
Lorientation européenne pour les négociations de lOrganisation
Mondiale du Commerce (OMC) et notamment sur les services
(AGCS) est ainsi fixée.
LUnion reste le dernier bastion mondial de lorthodoxie
monétariste interdisant que la monnaie soit utilisée comme
instrument daide à la croissance contre le chômage.
«Le
Système européen de banques centrales (des Etats) est dirigé
par les organes de décision de la Banque centrale européenne
(BCE). Lobjectif principal du Système européen de
banques
centrales est la stabilité des prix» (article 29). «Dans
lexercice de
ses pouvoirs et dans ses finances, (la BCE) est indépendante.
Les institutions et organes de lUnion ainsi que les
gouvernements des Etats membres sengagent à respecter ce
principe» (idem). La BCE est indépendante sans véritable
contre-pouvoir politique et ne sinterdit pas dagir hors de
son
champ de compétence, sur le pouvoir des gouvernements,
comme en témoignent ses interventions pour la rigueur
budgétaire et salariale des Etats membres ou en faveur de la
«flexibilité» des marchés du travail. «Il
est interdit à la BCE et
aux banques centrales des Etats membres (...) daccorder des
découverts ou toute autre type de crédit aux institutions,
organes
ou agences de lUnion, aux administrations centrales, aux
autorités régionales ou locales, aux autres autorités
publiques,
aux autres organismes ou entreprises publics des Etats
membres» (article III-73).
2. Le principe de léconomie de marché
ouverte sapplique jusque dans
les détails.
Tout larsenal des stipulations favorables à
la libre concurrence
est repris. Voici quelques exemples. «Les restrictions tant aux
mouvements de capitaux quaux paiements entre les Etats
membres et entre les Etats membres et les pays tiers sont
interdites» (article III-45). Lunanimité des Etats
est requise pour
« établir des mesures qui constituent un pas en arrière
en ce qui
concerne la libéralisation des mouvements des capitaux à
destination ou en provenance des pays tiers » (A III-46) :
impossibilité de réduire les libertés déjà
accordées.
Dans le même temps laction contre la fraude
fiscale en matière
dimpôt sur les sociétés est doublement entravée
: les mesures
doivent être prises à lunanimité et «être
nécessaires pour
assurer le fonctionnement du marché intérieur et éviter
les
distorsions de concurrence» (article III-63) : lUnion nagit
pas
contre la fraude fiscale qui ne perturbe pas le marché ; peu
importe quelle prive massivement les pouvoirs publics de
moyens financiers. Le MEDEF ne sinquiètera pas des articles
relatifs à la politique économique et sociale. «Laction
des Etats
membres et de lUnion comporte (...) linstauration dune
politique économique (...) conduite conformément au principe
dune économie de marché ouverte où la concurrence
est libre».
Est prohibée toute politique économique en rupture avec
le
principe de léconomie de marché ouverte ou lécornant
seulement.
«LUnion et les Etats membres sattachent (...) en particulier
à
promouvoir une main doeuvre qualifiée, formée et susceptible
de sadapter ainsi que des marchés du travail aptes à
réagir
rapidement à lévolution de léconomie
(article III-97).
Loffensive contre les «rigidités» des marchés
du travail est
inscrite ici. Les politiques de lemploi des Etats membres doivent
contribuer à lobjectif précité et respecter
les grandes orientations
de politique économique (article III-98), elles-mêmes encadrées
par le respect du principe de léconomie de marché
ouverte
(article III- 70). Laction en faveur de lemploi et de
lamélioration des conditions de vie et de travail doit être
menée
«en tenant compte de la nécessité de maintenir la
compétitivité
de léconomie de lUnion» (article III-103). Elle
«évite dimposer
des contraintes administratives, financières et juridiques telles
quelles contrarieraient la création et le développement
des
petites et moyennes entreprises» (article III-104). Elle ne traite
pas en revanche des rémunérations, du droit dassociation,
du
droit de grève et du lock-out (idem).
Les politiques sectorielles sont marquées par
la même
complaisance vis à vis des attentes patronales. Conformément
au souhait des grandes firmes transnationales qui veulent
investir dans ce secteur, lUnion encourage le développement
de
léducation à distance (article III-182). Le transport
terrestre est
marqué par un déséquilibre croissant en faveur du
routier au
détriment du ferroviaire ou de fluvial. Tous les rapports officiels
affirment que ce déséquilibre doit être corrigé,
mais ils se
heurtent immédiatement à larticle III-137 : «Toute
mesure dans
le domaine des prix et conditions de transport, adoptée dans le
cadre de la Constitution, doit tenir compte de la situation
économique des transporteurs». Etc.
Sauf dérogations limitées «sont incompatibles
avec le marché
intérieur (...) les aides accordées par les Etats membres
ou au
moyen de ressources dEtat sous quelque forme que ce soit qui
faussent ou qui menacent de fausser la concurrence en favorisant
certaines entreprises ou certaines productions» (article III-56).
Cette interdiction des aides dEtat nest pas compensée
par
linstitution daides européennes. Est ainsi désarmée
toute
politique industrielle alors que les Etats-Unis soutiennent
puissamment leurs firmes.
Loffensive européenne contre les services
publics a été menée
sur la base dun article repris dans la «constitution»
sous le n°
III-55. Cet article a été interprété et appliqué
par la Cour de
justice européenne à la lumière des références
à léconomie
ouverte de marché et à lobjectif central de construction
du
marché intérieur précisées par les stipulations
sur les ententes et
abus de position dominante et les aides publiques aux
entreprises. Elles sont toutes reprises inchangées (articles III-50,
51 et 56). Une partie spécifique sur les services publics avait
été
demandée ; elle a été refusée.
Est explicitement maintenue la soumission des «services
dintérêt
économique général» aux règles de la
concurrence avec détroites
dérogations. Une politique alternative aux libéralisations
des
services publics se heurterait à ces stipulations. En 1998, le
ministre français des transports a défendu la coopération
entre
grandes entreprises ferroviaires nationales contre louverture du
secteur à la concurrence. Les institutions communautaires lui ont
opposé linterdiction des ententes et des abus de position
dominante.
«Le respect du principe de léconomie de marché
ouverte où la
concurrence est libre et non faussée» soppose aux mesures
contre les délocalisations dentreprises. Il est complété
par
linterdiction des restrictions à la libre circulation des
capitaux
(pour la délocalisation) et à la libre circulation des marchandises
et des services (pour la réexportation de la production vers le
pays où lentreprise était auparavant implantée).
Sajoutent
encore limpossibilité pratique de faire avancer lharmonisation
fiscale en raison de lunanimité des gouvernements requise
pour
la décider (article III-62) et lharmonisation sociale soumise
aussi, partiellement, à lunanimité (article III-104).
Appliquée
dans le détail la primauté du marché lest aussi
jusquà
labsurde. Ainsi «en cas de troubles intérieurs graves,
de guerre
ou de menace de guerre», «les Etats membres se consultent
en
vue de prendre en commun les dispositions nécessaires pour
éviter que les mesures prises par lEtat membre concerné
naffectent (...) le fonctionnement du marché intérieur»
(A III-16)
!
? Tout cela serait dans la «constitution»,
socle réaffirmé de
lEurope « pour les 40 ans à venir », désormais
indiscutable. Ces
quelques extraits indiquent ce qui constitue la colonne vertébrale
du texte. Cest un deuxième motif majeur pour le refuser
puisquil interdit ainsi toute tentative de mener des politiques
européennes non libérales.
II. Le maintien de larchitecture institutionnelle
antidémocratique
Les partisans du «Oui» exagèrent les
avancées institutionnelles,
sans rappeler que larchitecture générale du système
est
conservée.
1. Des avancées surestimées
Ladhésion aux Communauté puis à
lUnion européenne était un
acte sans retour : nexistait ni la possibilité dexclure
un Etat ni
celle de se retirer. Les propositions pour modifier cette situation
(voir mes Propositions pour une autre Europe, 1997) ont été
longtemps écartées. Les articles 58 et 59 de la «constitution»
introduisent la suspension des droits dappartenance à lUnion
et
le retrait volontaire.
Positive également, bien quinsuffisante,
est lévolution sur
lapplication du principe de subsidiarité (selon lequel lUnion
ne
doit intervenir que lorsque laction nationale ne permet pas de
traiter correctement une question). Lappréciation du niveau
pertinent de laction publique nest pas un problème
juridique
mais politique. Les modifications visant à ce quelle soit
portée
par des instances politiques, notamment les parlements (voir
Propositions... p.436s) furent également jugées irréalistes
et
impraticables. Un début de contrôle parlementaire est désormais
introduit par le protocole spécifique selon lequel un tiers des
parlements nationaux peuvent obliger la Commission à
réexaminer une de ses propositions. Cest positif, mais
insuffisant puisque la Commission peut, après réexamen,
maintenir sa position et quen fin de compte cest la Cour de
justice qui tranche. Au contraire, une majorité de parlements
nationaux devrait avoir le dernier mot si elle estime quune
mesure européenne méconnaît le principe de subsidiarité.
«La Commission peut, sur initiative dau moins
un million de
citoyens de lUnion issus dun nombre significatif dEtats
membres, être invitée à soumettre une propositions
appropriée
sur des questions pour lesquelles ces citoyens considèrent quun
acte juridique de lUnion est nécessaire aux fins de lapplication
de la Constitution» (§4 de larticle 46). Cest un
très mince
progrès. Contrairement à ce qui est parfois affirmé,
cet article
nintroduit pas le référendum dinitiative populaire
qui entraîne
ladoption dune décision. La proposition doit être
nécessaire à
lapplication de la Constitution : on retrouve la limitation par
le
contenu de celle-ci. La pétition ne peut déboucher ni sur
un
référendum dans lUnion ni même sur son examen
obligatoire
par le Conseil et le Parlement : elle est une invitation faite à
la
Commission qui peut ne pas donner suite. Et si elle donne suite,
elle est maîtresse du contenu de sa proposition.
La publicité des séances du Conseil des
ministres lorsquil
délibère dune loi ébrèche, sans le supprimer,
le secret des
négociations de sommet.
Certains croient voir dans lapparition dun
ministre des affaires
étrangères, un pas décisif vers lEurope politique.
Il nen sera
rien. Ils oublient quil y avait déjà un Mr. PESC (politique
étrangère et de sécurité commune) qui a disparu
dès que les
décisions sérieuses sur lIrak ont été
à lordre du jour.
Le progrès le plus substantiel est lextension
du pouvoir de
codécision du Parlement européen. Ses limites seront examinées
plus loin.
2. Larchitecture institutionnelle maintenue est
anti-démocratique
Les avancées, mesurées, maintiennent léquilibre
institutionnel
actuel et donc le caractère fondamentalement anti-démocratique
du système. Ce caractère tient à trois éléments
: lencadrement
minutieux des politiques européennes par les traités, le
rôle
central de la négociation des gouvernements (entre eux et avec
la Commission) très largement affranchis de tout contrôle,
la
montée des structures technocratiques devant la difficulté
croissante de lexercice intergouvernemental (voir
Manifeste...p.31s). Ils sont maintenus et même aggravés.
Lexemple de la lutte contre le chômage est
une bonne
illustration. LUnion est incapable, de par sa faiblesse budgétaire,
de mener une politique de relance économique. Les Etats en sont
peu capables sils respectent le pacte de stabilité. Et la
Banque
centrale menace les gouvernements qui voudraient relancer
léconomie au prix dune moindre discipline budgétaire
de contrer
leur politique en augmentant les taux dintérêt (voir
le chantage
de Trichet lan passé). Alors que permet la «constitution»
pour
lutter contre le chômage ? Nous avons cité précédemment
une
partie des multiples interdictions et obligations : compétitivité,
allègement des contraintes pour les entreprises, etc. Il faut aussi
appliquer les grandes orientations économiques, adoptées
par
les ministres, qui doivent respecter le principe dune économie
de
marché ouverte où la concurrence est libre, et qui ne peuvent
décider dentrave aux mouvements de capitaux, etc. Que
reste-t-il ? La flexibilité du marché du travail. Cet exemple
éclaire
le mécanisme interdisant le débat politique. Dune
part, sur le
fond, lencadrement par la «constitution» débouche
sur les
solutions néo-libérales. Dautre part, institutionnellement,
la
négociation européenne des ministres de léconomie
réduit les
capacités parlementaires, déjà faibles, de contrôler
ce quils font.
Ce dernier aspect conduit au coeur du fonctionnement
institutionnel, lintergouvernementalisme. Il est le second
élément clé interdisant lémergence dune
autre Europe et plus
simplement dune démocratie européenne.
Lintergouvernementalisme consiste en ceci : les grandes
décisions européennes sont prises par les représentants
des
Etats. Les lois sont adoptées par les membres des
gouvernements nationaux réunis en Conseil des ministres, sur
proposition de la Commission. Il y a deux possibilité de blocage
: refus de la Commission de faire la proposition et refus dun
gouvernement (dans les cas de vote à lunanimité) ou
dun
groupe (vote à la majorité qualifiée).
Cest un facteur de paralysie croissant avec laugmentation
du
nombre des Etats membres. Lintergouvernementalisme pèse
négativement sur le contenu des politiques européennes parce
quil se trouve le plus souvent, même avec la majorité
qualifiée,
un nombre de gouvernements suffisant pour bloquer les
avancées minimes autorisées par les traités que la
Commission
aurait accepté de proposer : cf. le rôle permanent de la
Grande-Bretagne tatchérienne ou blairiste et de ses alliés
contre
lamélioration des règles sociales.
Lintergouvernementalisme ne constitue pas une protection
contre les politiques libérales européennes. Lexpérience
le
montre.
Les libéralisations avancent. Cest le reste,
ce que nous
souhaiterions, qui stagne.
Il entrave la démocratie dun triple point de vue :
Son fonctionnement (la négociation diplomatique), est
totalement opaque et amplifie lautonomisation des
exécutifs déjà forte dans le cadre des Etats.
Son inadaptation croissante, qui frisera la paralysie
avec
lélargissement à 25, favorise le pouvoir technocratique
(administrations nationales et bruxelloise, banques
centrales, juges) parce que cest une loi institutionnelle :
si les instances politiques ne jouent pas leur rôle, celui-ci
est dérivé vers dautres lieux de décision.
Fondation
Copernic Dire non à la «constitution» pour construire
lEurope
Il masque, derrière lapparence dintérêts
nationaux, les
oppositions dorientations politiques européennes (quelle
politique économique, sociale, démantèlement ou
renforcement des services publics, etc.). Or, faire
apparaître ces oppositions est indispensable pour
lémergence dune vie politique au niveau de lEurope.
Cela suppose que les instances dirigeantes portent
explicitement de telles orientations.
Il ny aura aucun progrès dans le cadre de
lintergouvernementalisme. Les institutions européennes ne
peuvent contourner lexistence des Etats-nations qui restent
aujourdhui le cadre majeur de lexercice de la citoyenneté.
Mais cela ne veut pas dire que la représentation
des Etats doive
être assurée par les gouvernements. Elle peut avoir dautres
traductions institutionnelles (voir Manifeste...chap.6).
Or lintergouvernementalisme reste au coeur de la
«constitution».
Larticle 20 confirme que le Conseil européen (chefs dEtat
et de
gouvernement) définit les orientations et les priorités
politiques
générales de lUnion. La grande innovation est lélection
dun
Président du Conseil européen. Cest un renforcement
de celui-ci,
quil ne faut toutefois pas surestimer : les chefs des grands Etats
ne se laisseront pas diriger par ce président là. Lextension
du
vote à la majorité qualifiée prive, dans les domaines
concernés,
chaque Etat de son droit de veto, sauf en pratique pour les
«grands». Elle nentraîne nullement un dépassement
de la
négociation intergouvernementale. Le champ de la codécision
(Conseil + Parlement européen) est élargi. Lextension
du
pouvoir dintervention du parlement, seule instance élue et
politiquement définie, est positive. Il faut pourtant en mesurer
les limites.
Les Etats sont, avec la Commission, au coeur de la fabrication
de
la loi européenne par les très longues négociations
de leurs
administrations et larbitrage final des ministres, voire des chefs
dEtat et de gouvernement. Dans cette situation déséquilibrée,
le
Parlement dispose en fait seulement dun droit de veto sur les
accords intergouvernementaux. Et un désaccord maintenu entre
Conseil des ministres et Parlement bloque la décision.
Laccroissement, positif, des pouvoirs du Parlement est ainsi
payé dun risque supérieur de paralysie des institutions
politiques
européennes.
Voilà pour le général, reste le
particulier.
Yves Salesse
LIRE
LE TEXTE SUR LE SITE D'ORIGINE
|