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Les quinze sous l'effet le Pen |
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vendredi 14 juin 2002
Caricatural. Même si le ministre suédois Jan Karlsson clamait hier que «ce n'est pas aux xénophobes de fixer notre calendrier», pour l'instant, le «problème» immigration est donc traité sous son seul angle répressif. De ce point de vue, la proposition anglo-espagnole d'instaurer des sanctions frappant les pays d'émigration qui ne collaboreraient pas suffisamment pour enrayer le départ de leurs ressortissants est caricaturale. Cette idée de conditionner l'aide au développement a été bruyamment approuvée hier par le Danemark avec «des mots tellement violents que c'en était choquant», rapporte un diplomate nordique , un ton en dessous par l'Italie et l'Allemagne. En revanche, la France, la Suède et la plupart des petits pays sont contre : «On ne peut pas sanctionner des pays en voix de développement uniquement parce que des malheureux n'ont aucun espoir de subsistance chez eux et veulent venir chez nous», a plaidé le Français Nicolas Sarkozy. Bien que l'Union démente s'ériger en «forteresse», tous ses membres s'accordent en revanche sur une chose : la né cessité d'une «maîtrise des flux migratoires» (680 000 entrées légales en 2000 et, selon les sources, 125 000 à 500 000 entrées clandestines par an). L'attelage Blair-Aznar est moteur dans cette mobilisation. Le conservateur espagnol parce que la communauté immigrée a presque triplé de volume dans son pays depuis 1999 et que la police continue de refouler 20 000 clandestins par an qui tentent leur chance par la mer. Le néotravailliste Tony Blair parce que la Grande-Bretagne fut en 2001 la première destination des demandeurs d'asile et que son gouvernement sait qu'il ne restera l'un des derniers bastions européens du centre gauche qu'en collant au plus près aux inquiétudes populaires. Dans une lettre ouverte aux dirigeants des Quinze, Amnesty International a reproché mercredi à l'Union de se laisser guider par la «peur» en voulant mener une «guerre totale» à l'immigration et instaurer une «fortification accrue de l'Europe». Comme le rappelle l'organisation de défense des droits de l'homme, le nombre des demandeurs d'asile arrivant dans l'UE a diminué de près d'un tiers entre janvier et avril, par rapport à la même période de 2001. Et, sur les dix dernières années, la décrue a été de moitié. Univoque. A la tête de la Commission européenne, Romano Prodi tire aussi la sonnette d'alarme : «Réguler oui, diaboliser, non», a-t-il averti mercredi à Strasbourg. Le 4 juin, dans une lettre aux Quinze, Prodi a demandé à l'Union de ne «pas seulement s'attaquer à l'immigration illégale, mais aussi de réguler l'entrée des immigrants dont nous avons besoin et de relever ensemble les défis de leur intégration dans nos sociétés». Le sommet de Séville parviendra-t-il à envoyer un tel message un peu moins univoque ? Si l'on en juge par ce qui se passe dans les Etats membres, on n'en prend guère le chemin. Malgré la prise de conscience générale que l'immigration est un problème transnational et que la courbe démographique du Vieux Continent va requérir de plus en plus de main-d'oeuvre étrangère, les Quinze n'ont pas réussi à approuver depuis trois ans cinq directives d'harmonisation soumises par Bruxelles. Au contraire, le spectacle donné ces dernières semaines est celui d'une course dispersée pour durcir les différentes lois nationales, que ce soit en Italie, au Danemark, en Grande-Bretagne, en Espagne, au Portugal et sans doute sous peu aux Pays-Bas.... |