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Vers des scrutins en peau de chagrin


Le gouvernement planche sur une large réforme électorale
Un des premiers effets sera la bipolarisation de la politique.


Par Pascal VIROT - LIBÉRATION - vendredi 23 août 2002

«Maintenant, il faudra choisir entre Pepsi et Coca.» Olivier Besancenot, LCR

 

Vite et fort. Sur le bureau de Jean-Pierre Raffarin, une rafale de réformes des modes de scrutins, concoctée par son ministre de l'Intérieur, Nicolas Sarkozy, attend le feu vert. Ces projets ont une ligne directrice : «renforcer la cohérence majoritaire». Ainsi, parmi les modifications proposées, l'interdiction des triangulaires aux législatives (seuls les deux candidats arrivés en tête au premier tour pourraient concourir pour le second) ou le relèvement de la prime majoritaire (de 25 à 30 % des sièges à pourvoir) pour la liste gagnante aux régionales. Et, pour ce même scrutin, le relèvement des seuils pour se maintenir au second tour ou pour fusionner avec une autre liste. Enfin, l'élection dans le cadre régional, et non plus national, des députés européens. Au tant de projets qui auront pour conséquence une bipolarisation accrue. Jacques Barrot, président du groupe UMP à l'Assemblée, ne cache d'ailleurs, dans La Croix, qu'il y est «assez favorable».

Marginaliser. C'est dans la logique de la droite chiraquienne, après avoir accouché de l'UMP. Exclure le Front national des triangulaires aux législatives et conforter des majorités régionales, pour éviter les psychodrames du genre alliance - pas alliance avec le parti de Le Pen qui avaient émaillé le scrutin de 1998. Et, incidemment, marginaliser l'UDF de François Bayrou. Dans le Nouvel observateur de cette semaine, Manuel Valls, député-maire d'Evry (Essonne), le seul au PS, à avoir officiellement réagi, explique : «Je ne suis pas sûr que nous - la gauche, les socialistes - soyons les premiers visés par la manoeuvre. Il s'agit d'étouffer toutes dissidences. Bayrou est visé ou ceux qui prendraient sa suite. Quiconque, à droite, cherchera à échapper à la loi d'airain de l'UMP, de Chirac et Juppé, se heurtera aux nouvelles règles.» «Il est très clair que ces réformes sont dirigées contre nous», a abondé le président de l'UDF qui devrait solenniser son hostilité aux projets Raffarin-Sarkozy, à la rentrée.

Laminées. Ces réformes peuvent aussi faire l'affaire du PS, seule force à gauche, implantée nationalement. D'ailleurs, peu ou prou, les projets du gouvernement sont inspirés de ceux de Jospin, y compris celui de refonte des circonscriptions régionales, que l'ancien Premier ministre avait dû abandonner sous la pression des alliés de la «gauche plurielle».

Ce sont donc les petites formations qui sont dans le collimateur, risquant d'être laminées par les rouleaux compresseurs, UMP et PS. Au nom de la LCR, Olivier Besancenot, assure : «C'est dramatique pour tous les petits partis. Maintenant, il faudra choisir entre Pepsi et Coca.» La Ligue mais aussi le Parti communiste, les Verts, LO, le FN, Philippe de Villiers et l'UDF sont montés, comme un seul homme, en première ligne. Dans l'opposition, seuls le PRG par la voix de son président, Jean-Michel Baylet (lire ci-contre) font bonne figure considérant que leurs alliances électorales avec le PS sont suffisamment solides pour leur éviter tout déboire.

Tradition. Le gouvernement veut aussi aller vite. Même si Raffarin se plaît à répéter que «ce n'est pas un texte prioritaire». La tradition veut qu'on ne modifie pas les règles d'organisation d'un scrutin l'année précédente. Or, en 2004, qua tre élections sont prévues : régionales, européennes, sénatoriales et cantonales (qui ne sont pas, a priori, concernées par ce projet). C'est donc dès cet automne que le Parlement devrait examiner les réformes. A moins que la rébellion des «petits» contraigne Raffarin à une volte-face.

 

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